Sonia a empêché un attentat, et pour sa récompense a été plongée dans une existence absurde, l'Obs
> On parle d'une femme disparue...
> Qui, pourtant, est vivante et plus encore, qui a sauvé des vies en empêchant un attentat, mais pour sa récompense a été jetée dans une existence absurde que l'Obs nous révèle. On l'appelle Sonia : le 15 novembre 2015, deux jours après les attentats du Bataclan des terrasses et du stade de France, une jeune femme l'avait emmené à la rencontre d'un homme qui se cachait dans un buisson porte d'Aubervilliers, qui lui avait lancé : "Vous allez voir vos fêtes de Noël, Poum ! Et les quartiers juifs ! Ahah, vous verrez, Poum ! Poum !"... Sonia avait appelé la police, et c'est ainsi qu'Abdelhamid Abaaoud, le leader du commando islamiste, avait été repéré et tué. Sans Sonia il serait allé semer la mort à nouveau, sans doute à la Défense, au centre commercial des Quatre Temps...
> Sonia fut félicitée pour son courage, puis exfiltrée de notre monde, placée dans un programme de protection de témoins créé spécialement pour elle et ses trois enfants, dotée d'une nouvelle identité, une légende, inventée par des experts policiers. Mais nous ne sommes pas dans une série d'espionnage, et dans la vraie vie de Sonia, la légende est bancale, et l'épuisement sans fin.
> Sonia était française, les autorités l'ont transformée en une femme née à l'étranger, la voilà forcée de montrer son acte de naturalisation pour chaque démarche administrative... Elle a perdu son histoire, elle est sans diplômes, ni employeurs qui pourraient la recommander, elle peine à trouver du travail. Son fils lycéen n'a jamais pu intégrer Parcours sup, il n'avait pas passé le brevet et le bac sous le même nom. Sa fille qui souffre d'une maladie chronique, a été déclarée morte, elle l'a découvert dans l'hôpital où on la soignait. Un autre de ses enfants ayant participé à une fête alcoolisée et bruyante, a présenté ses vrais-faux papiers à des policiers, mais un voisin l'a reconnu qui l'avait connu petit, il a dit aux forces de l'ordre que le garçon mentait : il a fallu une intervention de la haute magistrature pour empêcher un procès où on aurait lu ses deux identités...
> Sonia a peur, Sonia n'est plus libre, les autorités lui versent un salaire de compensation qui se réduit comme peau de chagrin, et qui est amputé d'amendes, si elle ou ses enfants se conduisent mal, imprudemment, s'ils parlent à la presse par exemple... C'est donc l'avocate de Sonia qui dit à l'Obs son rêve d'un pavillon à la campagne, loin de tout, on nous dit aussi qu'en dépit de l'absurde, elle est en danger, une inscription "balance de terroriste" a été tracée ans le parking de son immeuble...
> Pensera-t-on à Sonia la semaine prochaine quand le procès des attentats de novembre aura commencé ?
Glaçant.
Terrifiant.
Honteux.
2021-09-03 - permalink -
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https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-du-jeudi-02-septembre-2021