Lu en diagonale, à cause du titre.
> La marchandise, c’est donc comme un truc à deux faces : pile, valeur d’usage, face, valeur d’échange. Et comme ces pièces, les deux faces ne se regardent pas, elles s’ignorent : ce que tu fais avec le truc que tu as acheté une fois que tu l’as acheté, globalement, le capitaliste s’en tape.
[...]
> Parce que, lorsque je m’attaque à la face « usage » du mot « consommation », je formule une critique qui n’a pas grand’chose à voir avec le capitalisme en vérité, ou très très indirectement. Je peux très bien imaginer cet « usage » dans un autre système que le capitalisme. Au hasard, je peux très bien imaginer que dans un système économique de type communiste, la production du produit « Star Wars » continue
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> Sauf qu’au bout d’un moment, le projet politique porté par ce type de critique ressemble à un horrible ascétisme ennuyeux à crever. Un projet où on s’interdit de faire telle ou telle chose (7), et au final un max de choses, parce qu’on fait à tort de l’acte de consommer le centre autour duquel tout le système gravite, alors qu’il est périphérique : c’est un peu comme dire que le soleil tourne autour de la terre. Et ça ressemble beaucoup à la critique écologiste du « superflu » qui détruit la planète… D’ailleurs concernant la critique de la consommation d’un point de vue écologiste, je vous renvoie à ce très bon spot vidéo :
https://invidio.us/QqnC2avyNAk?feature=oembed&dark_mode=true&local=1&nojs=0&player_style=youtube&quality=dash
> Or que des pauvres fassent « de nécessité vertu » et trouvent dans le peu de marge de manœuvre budgétaire qu’ils ont, un moyen de boycotter tel ou tel truc dans le cadre d’une action collective de boycott (8), très bien. Mais il s’agit alors d’un moyen d’action et non d’une fin en soi, ce qui est très différent. La critique de la consommation, en revanche, tend à confondre moyen et fin, parce qu’elle repose elle-même sur une confusion fondamentale.
> Enfin, si j’ai pris l’axe anticapitaliste comme fil conducteur de mon analyse, cette dernière pourrait complètement s’enrichir d’une perspective féministe (la figure par excellence du consommateur méprisé, de la cible aliénée de la publicité, c’est la fameuse “ménagère de plus de 40 ans”, évidemment parce que 80% du travail domestique reste effectué par les femmes, travail qui inclue le fait d’aller faire les courses pour le ménage), queer (le stigmate qui entours le souci de son look, la “vanité” des paillettes, des belles sapes, des strass, volontiers réapproprié et retourné par les luttes LGBTQI+), antiraciste (qu’on pense à la figure de “l’Africain qui se contente de peu” et son exotisation délirante, ou encore une fois au survêtement trop cher pour un Noir ou un Arabe qui endossent volontiers en france le rôle du “mauvais pauvre” et des classes dangereuses), ou même antivalidiste. Si ce texte pouvait inspirer d’autres articles avec ces perspectives pour “axe principal” ce serait génial.
> S’attaquer à la consommation d’un point de vue critique, c’est risquer de se diriger “naturellement” vers une analyse moraliste (c’est-à-dire dénuée de toute considération stratégique) et de lancer ensuite des anathèmes très mal reçus (et à raison) par des gens qui perçoivent aussi le plaisir évident (ou tout simplement l’usage positif) qu’ils tirent de leur pratique « à la con ». Bref, en terme de propagande (diffusion de nos idées), c’est plutôt catastrophique.
> Mais c’est aussi se placer, en termes de perspectives d’actions, bien en deçà de ce qu’il est possible de faire : dans un système capitaliste, la marge de manœuvre du capitaliste (propriétaire des moyens de productions) est infiniment supérieure à celle du simple consommateur, dont la « liberté de choix » en tant que consommateur est bien faible. S’en prendre prioritairement au consommateur, c’est tentant parce qu’on le côtoie directement, on en est un également, là où les bourgeois en réalité sont très inaccessibles (9) ; et aussi parce que c’est se donner l’impression d’une possibilité de subversion « à portée de main » qui permet d’esquiver bon nombre des difficultés de l’organisation collective (de type syndicale par exemple). Mais c’est pourtant bien à la bourgeoisie que l’on veut s’attaquer lorsqu’on entend diffuser nos idées. Or, formuler une critique dont elle n’est pas au centre risque bien plutôt de détourner d’elle les personnes touchées par notre propos (10), plutôt que de les amener à s’attaquer à la bourgeoisie en tant que classe. Et de fait, la critique de la consommation n’est pas l’apanage de l’anticapitalisme, elle est tout autant un outil du fascisme ou du citoyennisme.