Tutafé.
Vous noterez au passage le caractère libéral (au sens économique du terme) qui hiérarchise les droits fondamentaux dans cet ordre 1/ la liberté, 2/ la propriété et seulement en 3/ la possibilité de ne pas aller en prison de manière arbitraire. La résistance à l'oppression, je n'en parle même pas ; telle qu'elle était conçue par les rédacteurs de 1789, elle vaudrait aujourd'hui la qualification d'apologie du terrorisme ou de la sédition armée.
Il faut bien avoir en tête que la DDHC de 1789 a été rédigée par une classe en particulier, la bourgeoisie, et pour assouvir ses besoins propres : elle possédait déjà le pouvoir économique, et rêvait d'accéder au pouvoir politique, détenu -pour faire court- dans les seules mains du roi. Le si vanté De l'esprit des lois de Montesquieu ne dit pas autre chose quand il parle de la "séparation des pouvoirs" : l'idée, c'était d'enlever un peu de pouvoir au roi, pour en donner à *nous*. Certainement pas à la populace.
Le PdR dit des conneries, sachez bien qu'il le fait sciemment et point par ignorance. Lui, comme tous ses prédécesseurs et successeurs. Faudrait voir à pas trop donner des idées de liberté, de résistance à l'oppression et tout ça au bas peuple.
Pas convaincu ?
Sachiez-tu que la Constitution de la Vème République, dans son préambule, ne renvoie pas vers UNE mais DEUX déclarations des droits ? Et qu'elles sont un peu contradictoires ? La première, c'est la fameuse DDHC de 1789, que tout le monde connait mais que personne n'a vraiment lu. La seconde, c'est le [Préambule de la Constitution de 1946][1], auquel il est toujours fait référence dans le Préambule de 1958. Et qui continue donc de s’appliquer. Celui-là, personne ne le connait, mais tout le monde rêverait de l'appliquer.
Jugez plutôt :
- la femme est l'égale de l'homme dans tous les domaines
- les hommes persécutés pour leur action en faveur de la liberté ont droit à l'asile sur le territoire de la République
- chacun a le *devoir* de travailler et le *droit* d'obtenir un emploi ; pas de discrimination dans le travail en raison des opinions, croyances, origines
- droit à l'action syndicale et à la défense de ses droits
- droit de grève
- détermination collective des conditions de travail
- un service public national, un monopole de fait deviennent la propriété de la collectivité (en gros, tout l'inverse de ce que l'on fait au nom de la "modernitay")
- droit à la santé, à la sécurité matérielle et aux moyens convenables d'existence (on reparle du revenu universel ?), au repos et aux loisirs
- solidarité devant les calamités nationales
- égal accès pour tous à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'enseignement public est laïque, gratuit, et c'est un *devoir* de l’État
Les derniers paragraphe ont un fort relent de colonialisme, c'est normal, les guerres d'Indochine et d'Algérie n'ont pas encore eu lieu.
Mais quand même. Allez lire ce texte. Pensez à tout ce qui n'est plus appliqué, à tout ce qui ne l'a jamais été. Faut bien comprendre, là aussi, le contexte : on est à la fin de la guerre, on se monte un peu le bourrichon entre potes de la Résistance, c'est l'euphorie, on va changer le monde... et puis bon, finalement, faudrait pas faire croire qu'on est communistes, on a bien rigolé mais on va mettre ça dans un cadre avec des dorures et ne pas trop en parler.
[1]:
https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/preambule-de-la-constitution-du-27-octobre-1946