Liberté et sécurité sont sur un bateau
> Le 13 novembre 2015, très vite après les attentats parisiens, le conseil des ministres se réunit et décrète l’état d’urgence. Il prend fin deux ans après, le 1er novembre 2017. Une partie des dispositions dérogatoires, qui relèvent de ce régime d’exception qu’est l’urgence, entrent alors dans le droit commun. Pour les défenseurs des libertés publiques, c’est une capitulation : l’impératif de sécurité l’a –une nouvelle fois- emporté sur la préservation de la liberté.
[...]
> La sécurité se définit comme la situation dans laquelle on ne court aucun danger. Le changement climatique est donc bien une atteinte potentielle à celle-ci. La Charte de l’environnement, adossée à la Constitution, y fait d’ailleurs indirectement référence, lorsqu’elle affirme, dans son article 1er, que ‘’chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé’’.
> J’imagine que personne ne conteste ce droit. Mais comment le faire respecter ? C’est là que l’idée de la liberté, ou plutôt de sa limitation, entre en jeu. A quoi devons-nous renoncer pour vivre en sécurité face au danger climatique ?
L'éternel (et vicieux) débat de l'équilibre entre liberté et sécurité, transposé au changement climatique. Malin, et prend le contre-pied du panégyrique casse-pied de l'invité du matin (Bernard Cazeneuve), tout occupé à étaler son émotion post-Bataclan (sans doute réelle), mais que l'on s'est bien gardé de trop bousculer sur la question de la remise en cause des libertés fondamentales à laquelle il a puissamment contribué.
Et là aussi, le même danger nous guette :
> Dans le Transperceneige, une bande dessinée adaptée au cinéma, un train gigantesque roule à vive allure, sans s’arrêter. Ses occupants ont échappé à une catastrophe écologique. A l’arrière, la plèbe, traitée moins bien que du bétail. A l’avant, des wagons capitonnés, réservés aux plus riches. L’étanchéité entre les deux mondes est assurée par l’armée, et dans la violence.
> Moins de sécurité et moins de liberté. Faute de lutter suffisamment contre le réchauffement, nous risquons de perdre sur les deux tableaux.
EDIT : du coup j'ai oublié ce que je voulais dire ^^
Interrogé sur ce qu'il pensait de cette chronique; B. Cazeneuve a répondu les banalités d'usage, avec les mots-clés imposés : écologie-république-transition.
Là où ça m'a agacé, c'est lorsqu'il a dit cette phrase, avec laquelle on ne saurait apparemment que être d'accord : "il faut [être] plus des citoyens que des consommateurs" ou quelque chose d'approchant. Alors oui, l'intérêt collectif, tout ça, tout ça, on est d'accord. Mais là où cette saillie de fin de repas de tonton Cazeneuve est franchement dégueulasse, c'est qu'il s'agit, encore une fois, d'un appel à la **responsabilité individuelle** (aka : "soyez responsables, comportez-vous en citoyens soucieux de l’environnement"), là où il faudrait, je le répète, de l'action collective, voire étatique et/ou à l'échelle des entreprises (pour faire très court : de la décroissance.). Faire pipi sous la douche, d'accord, mais commencez par retirer les camions des routes.
Et on comprend l'étendue du foutage de gueule de ce genre de réponse lorsque l'on réalise que tout, je dis bien tout, dans la vie politique, économique... est conditionné par la sacro-sainte "croissance" (croissance de quoi, on se le demande bien, la novlangue interdisant expressément de parler de "croissance du PIB", ce qui obligerait à parler également à parler de la balance des paiements, du taux d'emploi, et soyons fous, de l'indicateur de développement humain et de l'espérance de vie à la naissance. Les cons (les sans-dents, pardon) risqueraient de se poser des questions. Et qui dit "croissance" dit utilisation des réserves naturelles, destruction de l’environnement... et réchauffement climatique in fine.
Mais continuez à être de bons citoyens consommateurs qui font pipi sous la douche.
2019-11-13 - permalink -
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