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Chronique des réalités virtuelles et des cow-boys du TGV
mardi 10 octobre 2006, par
Ces chroniques traitant des choses les plus diverses, mais privilégiant ce qui est grand et magnifique, je n’hésiterai pas une seconde à parler de jeux vidéo. Car ainsi que je l’évoquai dans ma toute première chronique, alors que ne savais même pas si ce blog survivrait à sa première semaine d’existence (en fait, il n’a pas survécu, mais c’est une histoire que je vous conterai un autre jour), un ordinateur, ça peut aussi servir à jouer. Que le fonctionnaire qui n’a jamais taquiné le démineur me jette la première souris par la tête.
Le monde du jeu vidéo est un univers étrange et déroutant, où les petites filles peuvent faire peur, tandis que les héros prennent l’apparence de vilaines créatures pleines de poils. Ou de tentacules. Certains ont même trois yeux verts. Ne cherchez pas, c’est comme ça. C’est surtout un domaine où la France s’illustre. Halte à la morosité ! On est bon quelque part ! Et la série des Splinter Cell est un exemple de réussite vidéo-ludique. J’ai découvert le premier opus de ce jeu par hasard, en cherchant une boîte de petit pois que jamais je ne trouvai, au rayon jeux de mon Carrefour habituel. C’était en 2004. Depuis, j’ai épuisé les multiples possibilités du jeu en de multiples parties, j’ai acquis les suites dès leur sortie, et je suis devenu modérateur sur le forum officiel. Pour faire simple, le rôle du modérateur est d’empêcher ceux que la passion transporte un peu trop loin de transformer un paisible espace d’échange en champ de bataille virtuel. Je compte sur mon collègue pour donner, dans un commentaire croustillant, son avis éclairé sur la question.
De par cette place importante qui est la notre -des joueurs comme les autres qui prennent sur leur temps de sommeil pour relire les écrits de leurs petits camarades- nous étions tout désignés pour être des invités "VIP" au Festival du jeu vidéo qui se tenait ce week-end à Montreuil. Pour bien faire, nous sommes venus avec une quinzaine de membres du forum dans nos bagages. Et des appareils photos. Et des questions. Et une furieuse envie de jouer avant tout le monde au nouvel épisode de la saga.
Pour les photos, nous avons été servis. Chacun à notre tour, nous avons endossé l’uniforme du prisonnier américain en prenant la pose et un air méchant. Car le héros fera un passage en prison au cours d’une mission, et son image menottes aux poignets, avec la combinaison orange et l’affichette d’identification, est la plus répandue parmi celles de la publicité entourant le jeu. Pour les questions, nous avons séquestré pendant plus d’une heure Thomas, un développeur dont il faut louer la compétence autant que la patience. Il nous en a dit autant qu’il était autorisé à nous en dire, et a un peu calmé la curiosité de cette bande de joueurs avides qui l’entourait. Parce que pour ce qui est de tester le jeu... ça n’a pas été tout à fait ça.
Dans un hall d’exposition surchauffé par l’accumulation de PC mal ventilés, de consoles en détresse et d’une foule compressée, il s’est avéré presque impossible de jouer. Les ordinateurs refusant obstinément de se laisser installer le jeu si longtemps désiré, les consoles lançant une grève tournante en plantant à tour de rôle, et la foule occupant un espace que nous nous estimions dévolu. Les gentils membres de l’équipe d’Ubisoft étaient au bord de la liquéfaction...
Sammy s’avérant un piètre joueur sur console, il se consola en interviewant la chargée de relations presse, qui lui confia que, la veille au soir, tout marchait... Je ne sais que trop bien de quelle manière un événement, aussi soigneusement préparé fut-il, a de fortes chances de ne pas se passer exactement de la façon souhaitée le jour J. C’est ce qui fait le charme des métiers de la communication...
Malgré ce bémol, compensé par quelques brimborions dont les joueurs sont souvent friands (posters, cartables et autres affiches à l’effigie de leur personnage préféré) et surtout par la séance en compagnie du développeur, qui a permis de toucher du doigt la réalité concrète d’un métier, et de donner matière à commentaires à une communauté plus si virtuelle que ça. Car le côté véritablement agréable de cette journée fut quand même de voir "pour de vrai" des gens habituellement cachés derrière un pseudonyme.
J’ai ainsi fait le voyage avec un co-forumeur de Beaune, à qui je racontai les observations rigoureuses et délirantes [1] d’un confrère blogueur dans le TGV, et qui me narra en retour ses expériences de chimie amusante dans son garage. Bref, un échange fructueux.
Et le retour fut des plus épiques. Après avoir failli louper le train que nous avions pourtant attendu une heure (c’est du grand Sammy ça), nous nous sommes retrouvés dans un TGV archi bondé, où même nos places pourtant dûment attribuées, billets à l’appui, étaient occupées. Hésitant un instant à jeter les intrus par une fenêtre, nous nous sommes finalement rabattus sur le compartiment à vélos. Sammy était ravi. La grande aventure pour une poignée d’euros ! Comme de vrais cow-boys de films, assis par terre, près des bêtes (le vélo n’est-il pas le fier destrier des macadam cow-boys des temps modernes ?) et les bottes appuyées sur la cloison vibrant au rythme de la machine.
La réalité au ras du sol ne vaut-elle pas mieux que l’aventure virtuelle ?
[1] Blog disparu depuis, comme tant d’autres hélas...
