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La fascination Dune (Dune : partie 2)

mardi 2 avril 2024, par Sammy

J’ai une histoire particulière avec Dune. Je n’ai lu le premier tome qu’en 2019, puis trois autres en 2021 (sans doute après avoir vu le premier film de Denis Villeneuve d’ailleurs), puis j’ai arrêté mon ascension de ce sommet de la SF avec le tome 4 (L’empereur-Dieu de Dune) : j’ai trouvé qu’il y avait trop de longueurs, trop de phrases sentencieuses et pleines de sous-entendus de Leto II (l’empereur)... et je n’aime pas avoir l’impression d’être le seul à ne pas comprendre les sous-entendus. Et j’ai globalement trouvé ce quatrième livre beaucoup trop long pour ce qu’il racontait. Quand on lit un livre avec l’espoir qu’il soit bientôt fini, c’est que quelque chose ne va pas. J’avais donc plus ou moins décidé à ce moment là que Dune n’était pas pour moi.

Il me revient en tête qu’un collègue m’avait averti qu’il y avait un passage à vide au milieu du cycle, et que ça allait mieux après : je vois maintenant que j’ai passé ce trou d’air. Mais si j’ai envie de reprendre la lecture du cycle de Dune, c’est moins par curiosité qu’à cause des deux films de Denis Villeneuve.

J’ai adoré le premier film (2021), que j’ai immédiatement considéré comme un chef d’œuvre. Et c’est encore le cas. Ce film est contemplatif, poétique, porté par la musique de Hans Zimmer, qui souligne les temps forts, révèle les sentiments, crée l’ambiance, voire aide à comprendre certains concepts sans avoir recours à une voix off. N’allez pas croire pour autant qu’il ne s’y passe rien, 3h de contemplatif, j’aurais pas pu. Mais j’ai le sentiment que les films, c’est le message des livres, sans le gras [1]. Pas d’envolées métaphysiques, juste les faits, soulignés, sublimés par la mise en scène, la musique et les effets sonores.

Contrairement à de nombreux contre-exemples, je n’ai pas eu l’impression qu’il fallait avoir lu les livres pour comprendre le film ; au contraire : ce premier film m’a poussé à lire la suite, jusqu’à mon.. essoufflement.

Même si, dans une certaine mesure, l’effet de sidération a été moins fort dans ce second film, d’ailleurs davantage orienté sur l’action que le premier, je suis resté émerveillé tout du long. Je ne suis pas très doué pour parler des films. Je n’ai pas le vocabulaire, le recul, l’habitude. Pour faire court : c’est beau. Il y a des moments où j’ai réellement pensé "c’est beau" pendant que je regardais le film. Tout est juste : les acteurices, l’éclairage, la musique, les bruitages... Je m’attendais à ce que j’allais voir, du moins je l’espérais. Et je n’ai pas été déçu.

Je ne vais pas être très original en faisant l’éloge de la façon dont les Harkonnens sont représentés ; il y a une scène en particulier, sur leur planète, qui a du marquer tous ceux qui ont vu le film. Tout est en noir et blanc, mais un noir et blanc brillant et froid, qui semble à l’image de leur cruauté. Esthétiquement, on pense à Giger [2], à Métropolis, voire aux méta-barons de Jodorowski.

Si le Dune était poétique, Dune : partie 2 met en place les premiers mécanismes d’un engrenage fatal. De fait, la forme rejoint le fond : le premier devait présenter un univers et quelques personnages ; le second comment cet univers bascule inexorablement dans la guerre.

Par effet miroir, le film me fait me ressouvenir du nombre de thématiques embrassées par les livres, mais encore une fois en plus clair, plus simplifié.

Au premier chef, de mon point de vue, c’est une histoire sur le fanatisme religieux, sur la façon dont se construit une croyance. C’est littéralement comment un type sorti de nul part devient le messie parce qu’une bande d’illuminés a décidé que ça collait avec une prophétie vieille de plusieurs siècles.

C’est une histoire sur le pouvoir, sur la contamination du pouvoir : on commence par vouloir s’intégrer à une petite bande de guerriers du désert, et on finit par basculer complètement. J’essaie de ne pas trop en dire pour les rares personnes qui n’auraient jamais entendu parler de Dune...

C’est une histoire sur l’exploitation d’une ressource rare, et par extension, sur l’écologie, sur les enjeux de la pénurie d’eau, sur la survie dans un monde hostile et sur l’accaparement des richesses par quelques puissants.

Dites, ce ne serait pas une histoire qui parle de nous, un peu ?

Oui, décidément, il faut que je (re)lise les livres.


P.S. : je ne prétends absolument pas être exhaustif, je voulais juste partager mes impressions sur ce film vu dimanche, avant qu’elles ne soient moins nettes dans mon esprit.

Il y a tellement de choses à dire sur ces livres et ces films : les précédents projets soi-disant "cultes" car avortés ou bidesques (je dis bidesque si j’veux) ; le travail de création littéraire de fou de l’auteur, ses inspirations puisées dans l’arabe ou l’Islam, ou dans l’histoire de Lawrence d’Arabie... les débats pour savoir si Georges Lucas n’a pas un peu-beaucoup-passionnément plagié Dune dans ses petites histoires à lui...

J’ai un peu l’impression que ces histoires sont comme l’auberge espagnole : chacun y voit ce qu’il veut y voir, chacun y apporte ce qu’il a en lui.


[1rien de personnel baron

[2Et ce n’est absolument pas fortuit