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Le Seigneur des Anneaux et ses illustrateurs
vendredi 28 août 2015, par
Article initialement publié le 13 janvier 2012.
Republié aujourd’hui pour cause de mise à jour.
Tolkien [1] est né le 3 janvier 1892, j’ai positivement laissé passer la célébration de son 120ème anniversaire. Comme il n’est jamais trop tard (et qu’il n’est plus à un jour près), je vais me rattraper aujourd’hui ; plutôt que de disserter sur mon interprétation personnelle du Silmarillion (que je n’ai d’ailleurs pas lu) ou du Seigneur des Anneaux (que j’ai lu deux fois), j’ai envie de parler de ses principaux illustrateurs.
Dans cette chronique, votre participation sera demandée : cliquez sur les vignettes afin d’admirer les illustrations sans avoir besoin de faire du JMMPP 😄 .
Le plus connu, et pour moi le plus doué, est bien sûr Alan Lee. Il est indissociable du gros et beau Seigneur des anneaux -mon préciiieux volume- édité par Christian Bourgois. De belles illustrations à l’aquarelle, en pleine page, pas forcément en rapport avec le chapitre en cours -elles sont groupées par paquet de 5 ou 6- mais que l’on prend plaisir à regarder, comme autant de fenêtres ouvertes sur une certaine manière de voir l’histoire. Sous son pinceau, le merveilleux devient naturel ; il a aussi la grande qualité de ne pas pratiquer un style trop ostensiblement moyenâgeux, contrairement à d’autres. D’ailleurs, une majorité de ses images s’attardent volontiers sur le spectacle de la nature, aspect de l’œuvre de Tolkien que les fans d’héroïc fantasy occultent un peu trop souvent à mon sens.
Il a travaillé sur les films de Peter Jackson. Ça se voit, il suffit de comparer :
John Howe est également assez connu et, ah tiens, il a lui aussi travaillé sur la trilogie jacksonienne. Ses images ont largement contribué aux décors des films, à tel point que certaines scènes ou personnages lui doivent leur "postérité visuelle", il n’est que de voir les montures des nazguls, ou l’apparence générale de Gandalf.
A ce propos, il est intéressant de voir de quelles différentes façons cette scène du combat d’Eowyn et du roi sorcier a été traitée par les différents artistes :
Ted Nasmith justement. C’est le troisième compagnon de cette communauté du pot à eau, mais il n’est pas mon préféré. Je trouve que sa fidélité au récit se mue parfois en une transcription trop littérale, avec des outrances dans les effets.
Mais ne boudons pas notre plaisir, il excelle lui aussi à rendre de beaux paysages, et des scènes du roman bien souvent délaissées par ses pairs : la chute de Saroumane, la bataille de la Comté, les hommes sauvages guidant les cavaliers du Rohan... Seulement, je n’accroche pas toujours avec son style. Ça doit venir de la couleur sans doute trop vive.
De Barbara Remington, je n’ai trouvé que ce triptyque de couvertures très "60’s" et psychédélique, qu’elle dessina pour la première édition américaine de l’œuvre en livre de poche. La légende veut qu’elle n’avait pas lu le livre lorsqu’elle s’attaqua à son projet de couverture, ce qui explique sans doute bien des choses...
Viennent ensuite Anke Katrin Eissmann ;
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Pauline Baynes qui, si elle reste associée à l’illustration des Chroniques de Narnia, a aussi collaboré avec Tolkien, qui appréciait la pertinence de son travail. C’est une grande dame de l’illustration, même si son style parait un peu désuet aujourd’hui ;
et Philippe Munch, le français de l’étape que je cite pour l’anecdote. Son travail s’est limité aux couvertures des Folio junior, dans un style très "ado". Pas sûr que cela lui assure une renommée éternelle dans le monde des fans de Tolkien !
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J’ai gardé Cor Blok pour la fin car il ne ressemble à aucun des autres ; il a son style propre, identifiable au premier coup d’œil. Même si son talent ne s’exerce pas dans les lettres, mais à travers la peinture, il débute sa carrière par une démarche similaire à celle de Tolkien : inventer l’histoire de l’art et l’architecture d’un pays imaginaire, la Barbarusie. Entre 1958 et 1962, il réalise 140 illustrations pour le Seigneur des anneaux, qu’il vient de découvrir. Je fais court : Tolkien adore et lui achète même certains de ses tableaux.
Il tire en partie son inspiration de la fameuse Tapisserie de Bayeux, d’où le titre de l’ouvrage regroupant ces œuvres qui vient de paraître : Une tapisserie pour Tolkien. Quand je l’ai vu pour la première fois dans une librairie, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un livre pour enfants...
Il est vrai que son style minimaliste n’a rien de commun avec les illustrateurs férus de détails évoqués précédemment. Mais c’est à lui que les hollandais pensent lorsqu’ils évoquent leur Seigneur des Anneaux - un peu comme Alan Lee pour moi.
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Même si je déplore souvent les images qu’on nous impose (à travers les adaptations cinématographiques le plus souvent), il en va différemment pour les illustrateurs ; comme leur nom l’indique... ils illustrent. Avec plus ou moins de bonheur, avec plus ou moins de succès, mais leur travail ne vient jamais dissimuler celui de l’auteur. Et c’est aussi la grande force d’une œuvre comme celle de Tolkien que d’avoir su inspirer des artistes aussi divers que ceux que je viens d’évoquer.
Mise à jour de cet article en 2015
J’ai récemment découvert le travail de Donato Giancola, et je me devais de faire une mise à jour de cet article pour vous le faire partager.
Giancola donne une dimension jusqu’alors inédite à l’univers de Tolkien. Ses toiles -car c’est de la peinture à l’huile- font référence à la peinture "classique" ; certains dessins et sanguines m’évoquent Rembrandt. Certaines composition sont directement inspirées de la peinture religieuse, d’autres mettent en scène les personnages dans des tenues de combattants antiques. [2] Ce type n’est pas né à la bonne époque, pour notre ravissement. La série d’images ci-dessous lui est entièrement consacrée.
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Sans rien retirer de l’affection que je porte à "mon" Alan Lee, j’aimerais bien maintenant lire une édition du Seigneur des anneaux illustrée par Giancola. A priori, on est sur la bonne voie.
Le Seigneur des oubliés ?
Un lecteur [3] me rappelle un oubli assez étonnant : Tolkien en personne. C’est tellement évident qu’on y prête pas forcément attention, mais le Seigneur des anneaux est illustré, de la main même de Tolkien : la porte de la Moria, la tombe de Balin... ont été dessinées par lui.
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Il est également l’auteur de la première carte de la Terre du Milieu, ainsi que d’une carte générale de son monde, exercice géographique qui sera par la suite repris par des générations de passionnés...
à commencer par son fils, qui est l’auteur de cette carte assez fameuse, qu’il créa à l’occasion d’une édition de l’œuvre de son père.
Il a aussi produit quelques peintures illustrant ses descriptions, j’ignore si elles étaient destinées à être publiées, ou si c’était pour son plaisir, ou pour ses amis et sa famille [4]
L’avouerai-je ? De toutes les illustrations, ce ne sont pas celles qui me plaisent le plus. La tombe de Balin et les portes de la Moria font partie du récit, aussi les considère-je presque comme des éléments de texte. Les peintures et dessins de Tolkien ne sont pas, quant à eux, de celles que je qualifierais d’inoubliables.
Ce paragraphe a été écrit à l’arrache, il est susceptible d’évoluer
[1] Caricature de David Levine, caricaturiste américain
[2] Ce qui, à bien y réfléchir, n’est pas dénué de bon sens si on s’intéresse un peu à la chronologie de l’univers de Tolkien. Et ça change de ces armures soi-disant "elfiques" toutes un peu pareilles...





































