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Lectures 2025 : deuxième voiture-balai : des histoires de femmes et de violence

mardi 13 janvier 2026, par Sammy

Nouvelle voiture-balai des lectures 2025 !
Dans cet article, j’ai tenté un rapprochement que j’espère pas trop malheureux entre 4 livres.

Lidia Yuknavitch : La mécanique des fluides

Ce texte appartient au genre du récit autobiographique ; ce qu’il a d’intéressant, c’est que la forme rejoint le fond. La narratrice a eu une vie compliquée. Un père abusif auquel elle échappe d’abord par la natation à haut niveau, puis à travers les études de Lettres. Une grosse tendance aux conduites addictives et à l’autodestruction. L’apaisement, enfin, dans les derniers chapitres.

Là où j’ai trouvé ça très fort, c’est que le chapitrage est désordonné, l’écriture heurtée, avec des moments de flamboyance. Vous saurez tout sur elle, sa vie, ses plongées dans l’abîme. Mais la forme et le style s’assagissent au fur et à mesure qu’elle parvient à trouver la sérénité.

Attention, c’est du brutal. C’est brutal dès l’incipit. Mais c’est peut-être ça qui m’a happé et poussé à le lire. C’est pas compliqué, vous lisez les deux premières pages, en retenant votre souffle, et vous savez tout de suite si vous avez envie de lire la suite ou pas.

Adèle Yon : Mon vrai nom est Élisabeth

Vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler de ce livre. C’est le carton de 2025, il est resté plusieurs dizaines de semaines en tête des ventes, et il toujours dans le top 20 en ce début d’année.

La narratrice retrace l’histoire de son arrière-grand-mère, lobotomisée et internée.

Elle entrecroise son récit avec le présent (l’histoire débute par le suicide de son oncle, on verra par la suite le lien que ce drame entretient avec le drame principal), les réactions, ouvertes ou franchement hostiles, contrites ou apaisées, des membres de sa famille ; mais aussi avec le passé (les terrifiantes lettres du mari d’Élisabeth, catholique intégriste, qui fera interner une femme qu’il n’a pas réussi à faire plier à ses névroses) et le replacement dans le contexte historique : oui, il y a eu une "mode" des lobotomies.

Et les principales victimes de cette oppression médicale, la plupart du temps dispensées avec la bénédiction des familles ont été les femmes, bien entendu. Toutes celles qui sortaient de la norme, qui étaient trop libres, pas assez soumises. Comme Élisabeth.

Maria Stepanova : En mémoire de la mémoire

Je ne peux pas m’empêcher de rapprocher ce livre des deux précédents, même si ce n’est pas du tout la même chose. On est plutôt dans le registre de l’autobiographie familiale, un long récit saturé de digressions, mêlant pêle-mêle Walter Benjamin, Francesca Woodman, W. G. Sebald, Susan Sontag la Russie tsariste et les pogroms, la bataille de Stalingrad, des portraits, des lettres, des souvenirs, et dessinant en creux une tentative de définition de la mémoire, notion protéiforme s’il en est, mêlant événements historiques et souvenirs de famille.

Claire Alet : Matrice - Aux origines de la domination masculine

J’ai vu sur livre sur un présentoir à la bibliothèque, je l’ai tout de suite pris.
Il y est question des origines de la domination masculine, celle-ci n’étant ni "naturelle" ni "évidente". Il ressort de l’ouvrage que celle-ci commence au Néolithique, lorsque la notion de capital est apparue (je schématise) et qu’il y a eu des richesses à transmettre. C’est un moment de bascule, au cours duquel on peut supposer que le pouvoir est passé des femmes aux hommes, ceux-ci tenant leur revanche sur les femmes et leur insupportable pouvoir de transmettre la vie. Et c’est bien là le cœur du problème : lorsque la transmission de la vie va de pair avec la transmission du capital, on envisage les choses différemment que lorsqu’on est de simples chasseurs-cueilleurs. A ce titre, je trouve que ce livre résonne en moi avec La théorie de la fiction-panier d’Ursula K. Le Guin.

Ce livre écrit par une journaliste, constitue une très bonne entrée en matière sur le sujet, c’est un travail de synthèse citant moult références à d’autres autrices pour celleux qui veulent aller plus loin.