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Projet dernière chance : critique-fusée
mardi 7 avril 2026, par
Je ne sais pas trop comment aborder ce livre : si vous avez vu la bande-annonce du film qui vient de sortir, vous connaissez déjà à peu près toute l’histoire, alors que le roman laisse deux chapitres pour découvrir ne serait-ce que le fait que le personnage est dans un vaisseau spatial. Mais à quoi bon ? Si vous avez lu la notice sur Babelio, vous en savez quasiment autant.
Des fois je me demande pourquoi les écrivains s’évertuent à fabriquer du suspens, pour que celui-ci soit ruiné par le marketing. Malgré ces bévues éditoriales [1], lisez quand même ce bouquin : il vous reste encore des choses à découvrir.
Alors on ne va pas jouer à faire semblant : c’est bientôt la fin du monde. Le soleil est en train de s’éteindre comme une grosse ampoule dont on tournerait lentement le variateur. Le temps est compté. Il faut donc prendre des décisions énergiques. Eva Stratt s’en charge [2]. Ryland Grace n’est qu’un professeur de science de collège qui va se retrouver embarqué bien malgré lui : vous voyez bien qu’il vous reste des choses à découvrir.
Ryland Grace est le seul survivant d’une expédition spatiale de la dernière chance. S’il échoue, c’est le sort de l’humanité et la Terre tout entière qui sera en péril.
La construction alternant le passé et le présent à chaque chapitre donne envie de connaître la suite en ne dévoilant les informations que petit à petit. Classique, efficace, recette éprouvée du page-turner. De fait c’est un livre qui se lit très vite pour peu que vous accrochiez à l’histoire, et j’ai bien accroché. Si Seul sur mars du même Andy Weir était davantage un journal de bord, ici nous sommes dans la tête de Grace, ce qui donne lieu a plus d’humour dans ses soliloques.
Waouh. Je suis installé dans un vaisseau stationné dans le système de Tau Ceti à attendre que des extraterrestres intelligents daignent poursuivre notre conversation… et je m’ennuie. Les êtres humains ont une capacité phénoménale à s’habituer à l’anormalité.
Sans spoiler davantage, je pourrais dire que l’idée de base est assez proche de celle développée par Asimov dans Les dieux eux-mêmes : on part d’un point de départ impossible, voire scientifiquement foireux, et on construit le roman en réponse au problème le plus sérieusement possible. Mais pas trop : on sent que ce livre a été écrit en vue du futur blockbuster. J’ai également pensé au Problème à trois corps en cours de lecture : là où Liu Cixin va très, très (très) loin dans la projection (dans l’espace comme dans le temps) en se basant sur les connaissances actuelles sur l’univers, Andy Weir reste plus proche de nous (le roman pourrait avoir lieu à l’instant où j’écris) et s’autorise donc le grand écart entre la hard SF et la SF grand public, entre le "ce serait possible si on s’en donnait les moyens" et la suspension volontaire de l’incrédulité.
On ne va pas bouder notre plaisir, c’est prenant de bout en bout et j’ai passé un bon moment.
[1] qui n’arrive toutefois pas à la cheville du sabotage orchestré à l’encontre du collier rouge de Jean-Christophe Rufin, où un bandeau avec une photo, rajouté par Gallimard, révélait tout bonnement la clé de l’histoire - je m’avise à l’instant que l’édition poche assume totalement en faisant de cette photographie son illustration de couv...
[2] rien que pour Sandra Hüller en Eva Stratt, j’ai envie de voir le film