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Couleurs de l’incendie

vendredi 10 août 2018, par Sammy

J’ai commencé cet article en avril, puis je l’ai oublié. Mais comme il n’est jamais trop tard pour mal faire, voici donc mon avis éclairé sur Couleurs de l’incendie, suite de Au revoir là-haut, dont j’avais pensé le plus grand bien.


D’abord il y a la chute. Puis il y a la chute.

La première chute, c’est celle de Paul, 7 ans, du deuxième étage de l’hôtel Péricourt, le jour de l’enterrement de son grand-père. Elle le laissera paraplégique. La deuxième, c’est lorsque sa mère Madeleine se retrouve totalement ruinée et comprend que tout le monde l’a trahie. Mais je vous en ai sûrement déjà trop dit. Encore qu’à l’instant où j’écrivais ces lignes, je n’en étais qu’à l’orée de la 160ème page sur les 500 et quelques que compte cette suite de Au revoir là-haut, où l’on commence à comprendre que la suite sera l’histoire de la vengeance de Madeleine.

La filiation avec Le Comte de Monte-Cristo est évidente, et même revendiquée par l’auteur, mais n’allez pas croire que ce soit un simple décalque, avec une femme dans le rôle principal. D’abord parce qu’au-delà du thème de la vengeance, l’histoire est malgré tout très différente, ensuite parce qu’on retrouve le style toujours aussi jubilatoire et un peu grinçant de Pierre Lemaitre.

Elles consultèrent chiromanciennes, voyantes, télépathes, numérologues et même un marabout sénégalais qui fouillait les entrailles de poulets de Bresse et qui assura que Paul avait voulu se jeter dans les bras de sa mère ici présente, qu’il l’ait fait du deuxième étage n’ébranla pas sa conviction, la volaille était formelle

Vous en voulez encore ? Dans sa grande bonté (je n’ose imaginer qu’il s’agisse d’une basse manoeuvre destinée à vous faire acheter son livre), l’éditeur vous propose de lire les premières pages de l’ouvrage

Pierre Lemaître est un malin, maniant à la fois le tragique, l’humour, le sordide, qui tient son lecteur captif jusqu’à la dernière page. C’est sans doute facile, mais tout ce que je vous ai dit dans ma critique de Au revoir là-haut est bien encore valable pour cette suite, à ceci près que ce livre ci m’a paru tirer un peu davantage sur le versant tragi-comique, pour le plus grand plaisir un rien sadique du lecteur, cela va de soi.

On se demande parfois si l’auteur, évoquant les « affaires » de l’entre-deux guerres" n’a pas malignement fait quelques petits clins d’oeil à l’actualité de ces deux dernières années... Je vous mettrai une citation si j’en trouve le courage, revenez demain ! :->


L’incendie dont il est question dans le titre, c’est celui de la deuxième guerre mondiale ; il s’agit d’un emprunt à Aragon : Les lilas et les roses.

O mois des floraisons mois des métamorphoses
Mai qui fut sans nuage et Juin poignardé
Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses
Ni ceux que le printemps dans les plis a gardés
 
Je n’oublierai jamais l’illusion tragique
Le cortège les cris la foule et le soleil
Les chars chargés d’amour les dons de la Belgique
L’air qui tremble et la route à ce bourdon d’abeilles
Le triomphe imprudent qui prime la querelle
Le sang que préfigure en carmin le baiser
Et ceux qui vont mourir debout dans les tourelles
Entourés de lilas par un peuple grisé
 
Je n’oublierai jamais les jardins de la France
Semblables aux missels des siècles disparus
Ni le trouble des soirs l’énigme du silence
Les roses tout le long du chemin parcouru
 
Le démenti des fleurs au vent de la panique
Aux soldats qui passaient sur l’aile de la peur
Aux vélos délirants aux canons ironiques
Au pitoyable accoutrement des faux campeurs
 
Mais je ne sais pourquoi ce tourbillon d’images
Me ramène toujours au même point d’arrêt
A Sainte-Marthe Un général De noirs ramages
Une villa normande au bord de la forêt
Tout se tait L’ennemi dans l’ombre se repose
On nous a dit ce soir que Paris s’est rendu
Je n’oublierai jamais les lilas ni les roses
Et ni les deux amours que nous avons perdus
 
Bouquets du premier jour lilas lilas des Flandres
Douceur de l’ombre dont la mort farde les joues
Et vous bouquets de la retraite roses tendres
Couleur de l’incendie au loin roses d’Anjou

via La République des livres