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Mémoires d’Hadrien

jeudi 21 juin 2018, par Sammy

Je me suis plu à faire et à refaire le portrait de cet homme presque sage.

Cette phrase, qui figure dans le « Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien », quelques dizaines de pages prolongeant la lecture de l’oeuvre, est finalement celle qui résume le mieux le propos du livre, ces Mémoires prétendument écrites par l’empereur Hadrien à la fin de sa vie. Dès les premières lignes, j’ai été conquis par ce livre. C’est un chef d’œuvre absolu. J’ai très vite pensé que c’était une œuvre de longue haleine, je me rends compte en lisant le « Carnet de notes » que c’est l’œuvre d’une vie, où le temps passé à ne pas l’écrire est presque aussi important dans la genèse de l’œuvre que les années d’écriture proprement dite. Marguerite Yourcenar constate en-effet que si elle n’a pas écrite cette œuvre à vingt-cinq ans, c’est qu’elle ne le pouvait pas ; l’eut-elle fait que le résultat eut été très différent et probablement moins bon.

C’est le propre des grandes œuvres que d’être intemporelles tout en restant captivantes. Comment croire en-effet, que la vie d’un homme, certes empereur, mais qui vécut au IIème siècle après J.-C., pourrait avoir quelque chose à nous dire, comment imaginer que cela pouvait faire mieux que m’intéresser, mais me passionner, me captiver au point de me faire d’emblée hisser ce livre parmi le top 10 de mes livres préférés ?

C’est la magie du style. Ces Mémoires d’Hadrien se lisent comme un roman d’aventures (un jeune noble obscur devient empereur), un traité de philosophie (qu’avons-nous fait du temps qui nous est imparti avant de mourir ?), un livre d’Histoire (tout est vrai) et une tragique histoire d’amour. Et je précise qu’on « y croit » dès les premières lignes : on est dedans, on a vraiment le sentiment de lire un texte qui aurait pu être traduit du latin, sans pour autant tomber dans les facilités d’un archaïsme pompeux. Et cet homme qui voulait être heureux, puissant et utile, a sans doute encore beaucoup de choses en commun avec nous.

Antinoüs

Après avoir lu ce livre, je trouve incroyablement émouvantes ces statues d’Antinoüs commandées par un Hadrien fou de douleur après la mort de son amant, et qui sont parvenues nombreuses jusqu’à nous malgré les vicissitudes des siècles : l’Empire romain s’est effondré, 25 générations humaines se sont succédé, mais on parle encore d’Hadrien et d’Antinoüs ; il a atteint à son but, il lui a conféré l’immortalité.

Avec l’aide de Marguerite Yourcenar, qui a atteint grâce à ce livre à une autre forme d’immortalité.