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Et quand je ne joue pas... Magasin Général, de Loisel et Tripp

vendredi 7 février 2020, par Sammy

Je n’ai pas beaucoup de temps pour vous parler des 9 tomes du Magasin Général de Loisel et Tripp, et ce n’est peut-être pas plus mal, ça me permet de revenir aux fondamentaux de cette rubrique : parler vite de quelque chose que j’ai fait récemment.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette série. J’avais emprunté les 2 ou 3 premiers albums un peu par hasard, sans doute le nom me disait-il quelque chose, ou alors c’est Loisel qui m’a donné confiance, ou bien les couvertures qui m’ont plu : je ne sais pas. Toujours est-il que l’on rentre tout de suite dans l’univers de cette chronique rurale du Québec des années 20, qui commence, un peu à la façon de Desperate housewives, par l’enterrement d’un des membres de la communauté, Félix Ducharme, le propriétaire du « magasin général » (autrement dit l’épicerie, centre névralgique de cette micro-commune coupée du monde), et dont la « voix off » servira de fil conducteur tout au long de la série. Il laisse une jeune et jolie veuve, Marie, qui va s’attacher à maintenir l’épicerie ouverte... et l’histoire aurait pu s’arrêter là, mais la routine prévisible est bousculée par l’arrivée inopinée de Serge, un soir d’hiver, sur sa moto. Il est en panne, il demande à passer la nuit avant de réparer son engin. Marie l’héberge, il ne repartira plus jamais.

Ce n’est pas ce que vous croyez. Enfin si, mais pas comme ça. Il y a une histoire d’amour. Il y a même plusieurs histoires d’amour. Mais la relation entre Marie et Serge restera pour toujours platonique, et c’est pourtant l’une des plus belles histoires d’amour qu’il m’ait été donné de lire en BD.

Vous êtes sans doute un bon nombre à avoir déjà lu les 9 albums du Magasin Général, je viens pour ma part d’en terminer les 4 derniers tomes à la suite, et je suis encore un peu dans le souvenir de ces personnages extraordinairement attachants. Marie, Serge, Gaëtan, Jacinthe, Noël, Réjean, Alcide, Adèle, les dames Gladu... voici quelques uns des habitants de ce village, joliment nommé Notre-Dame-des-lacs. Au-delà du devenir de quelques protagonistes principaux, la série nous montre la vie d’une collectivité, avec ses événements petits ou grands, ses naissances et ses morts, et les petits et grands bouleversements du train-train d’un milieu relativement fermé dans lequel les auteurs -le constat n’est pas de moi, je l’ai lu par ailleurs- ont supprimé dès le début toutes les figures patriarcales : l’épicier, le maire, l’instituteur ; il reste bien le curé, mais ce n’est pas un curé ordinaire... Ainsi, Serge va-t-il ouvrir un restaurant à la mode de Paris au sein même de l’épicerie de Marie, et le curé va devenir le meilleur ami du mécréant de service et va l’aider à construire son bateau... Il y a ainsi toute une série de petits fils conducteurs que l’on prend plaisir à suivre, à voir vivre et évoluer, avec l’envie d’en connaître le dénouement dans le dernier tome.

L’histoire aussi, est belle. Sans rien vous dévoiler, je dirai juste qu’il y a beaucoup d’humanité dans ces pages, au risque parfois d’être un peu utopique, mais ça fait tellement de bien... Il sera question d’amour, d’acceptation de la différence, au travers du personnage de Gaétan par exemple (en le disant vite, c’est l’idiot du village, mais il est accepté par tout le monde est traité avec infiniment de respect) ; on verra aussi une mère célibataire, et une histoire d’amour homosexuelle.

La série nous donne aussi à voir, souvent, les travaux et les jours d’une petite communauté rurale, du milieu des années 20, avec truculence (les deux auteurs ont fait appel à un troisième larron pour donner à l’ensemble la note québécoise qui-va-bien, tout en restant compréhensible par les non-initiés), beaucoup de tendresse et un travail minutieux de miniaturiste. Il arrive qu’il y ait des planches entières où aucune parole n’est échangée, on voit juste les habitants vaquer à leurs occupations, exercer leurs métiers, ou se rendre d’un point à un autre dans des vignettes que l’on aimerait pouvoir agrandir, découper, et coller dans un cadre.