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Et quand je ne joue pas... The Witcher (série Netflix)

vendredi 31 janvier 2020, par Sammy

Cet article a été conditionné sur une chaîne qui peut éventuellement contenir des traces de spoiler. :-x

J’ai fini The Witcher sur Netflix dimanche soir. Je suis un très mauvais critique pour les séries, je me laisse bien trop emporter par les images et la musique, surtout si l’ensemble a un petit côté épique. Mais mon premier sentiment, une fois passée l’excitation d’un dernier épisode haletant, a tout de même été de me dire que j’avais regardé un gros prologue en 8 épisodes. Au final, je ne sais pas si j’ai pris plaisir à regarder cette série pour elle-même, ou si juste aimé voir les livres mis en images.

J’ai en-effet beaucoup de mal à me détacher des livres, et force est d’admettre qu’il ne s’est pas passé grand chose en 8 épisodes [1]. De ce point de vue, cette première saison [2] joue à peu près le même rôle que les 2 premiers livres de l’œuvre de Sapkowski : poser le cadre d’une saga, qui sera développée dans les 5 volumes suivant. Dans ces recueils de nouvelles, l’auteur s’est en outre amusé à parodier des contes populaires tels que Blanche-Neige, La Belle et la Bête, le djinn qui exauce trois vœux... alors que la série se prend beaucoup trop au sérieux. Il parait d’ailleurs qu’un nouveau public commence à lire les livres, c’est cool. Je plains d’ailleurs celles et ceux qui auront regardé la série sans jamais les avoir lus, ils ont du en baver pour suivre la chronologie. Tant que nous y sommes, voici leur ordre de lecture :

  1. Le dernier vœu
  2. L’épée de la providence
  3. Le sang des elfes
  4. Le temps du mépris
  5. L’épreuve du feu
  6. La tour de l’hirondelle
  7. La Dame du lac
    La saison des orages, écrite après-coup, est censée être contemporaine du Dernier vœu, mais se passe avant le désenvoutement de la fille du roi Foltest

Mais connaissez-vous le monde de The Witcher ? Il s’agit d’un univers médieval-fantastique, qui a connu un cataclysme magique (la conjonction des sphères) 1500 ans plus tôt, lequel a fait apparaître dans le monde les monstres... et les humains. Les elfes, premiers habitants du monde, ont appris la magie aux humains, qui se sont empressés de les massacrer en guise de remerciement [3]. Et les sorceleurs sont des humains mutants, créés pour tuer les monstres. Et ce ne sont pas des super-héros : Geralt s’en prend plein la tronche dans les livres, et je gage qu’il va en aller de même dans les saisons à venir ; il a aussi des doutes sur son état de sorceleur ; les nouveaux venus dans l’univers du Witcher auront néanmoins dû attendre les derniers épisodes pour s’en rendre compte.

Sur le plan scénaristique, j’ai l’impression que la série s’est attachée à être très fidèle à des détails ou des éléments de récit annexes des livres, pour ensuite mieux se détacher de ceux-ci sur des éléments majeurs de l’intrigue principale. Ainsi, les événements ci-dessous se retrouvent-ils à peu près tel quel dans Le dernier vœu et L’épée de la providence :

  • Épisode 1 (le boucher de Blaviken) => Le moindre mal (dernier vœu)
  • Épisode 2 (le sylvain et les elfes) => Le bout du monde (dernier vœu) - A signaler que la nouvelle est bien plus subtile que l’épisode.
  • Épisode 3 (la strige) => Le sorceleur (dernier vœu)
  • Épisode 4 : (Duny et Pavetta) => Une question de prix (dernier vœu)
  • Épisode 5 (le djinn) => Le dernier vœu (dernier vœu)
  • Episode 6 (les dragons) => Les Limites du possible (Épée de la providence)
  • Episode 8 (Geralt mordu par une saleté) => Quelque chose en plus (Épée de la providence)

Globalement, plus la saison avance dans le temps, plus on s’éloigne du simple copié-collé des livres, ce qui est plutôt une bonne chose : chaque création sur un nouveau média (BD, jeu vidéo, série) est nécessairement une adaptation, qui impose ses codes ; par ailleurs Sapkowski ne semble pas très à cheval sur le respect total de son univers [4]. Au final, cette saison 1 est l’assemblage d’éléments de deux livres habilement tricotés ensemble et de personnages secondaires plus développés que dans l’œuvre originale, quitte à s’en éloigner ou à faire des raccourcis. Je pense bien évidemment à Yennefer, dont le passé n’est quasiment jamais évoqué dans les livres, mais aussi à Cahir, Istredd [5] et dans une moindre mesure Vilgefortz.

Invocation de spoil majeur

Le personnage de Cahir Mawr Dyffryn aep Ceallach est dévoilé beaucoup plus tardivement dans la saga, après avoir longtemps été connu sous le seul surnom du « chevalier noir », désignant celui qui a tenté d’enlever Ciri lors du sac de Cintra ; ce qui sera longtemps l’objet d’un quiproquo, la suite de l’œuvre révélant ses intentions véritables, alors qu’il aura longtemps été perçu par Ciri et partant, le lecteur, comme le pire ennemi qu’elle avait à redouter.

Vilgefortz aussi apparait beaucoup plus tardivement dans le récit ; de la même manière la bataille de Sodden [6] n’est pas décrite dans les livres, mais seulement évoquée a posteriori, par Triss Merigold notamment. Et Vilgefortz n’est pas sympathique. Du tout. En fait, il est même complétement barré, je pense que son pétage de plomb à la fin de l’épisode 8 est une façon de commencer à introduire la véritable nature du personnage.

Fin de l’invocation

Au point où nous sommes rendus, il serait peut-être temps de parler du principal protagoniste : Ablette Geralt de Riv, sorceleur bougon. Avant même de commencer à regarder la série, j’avais du mal avec Henry Cavill. Rien de personnel, mais il est trop lisse, trop beau : Geralt n’est pas censé être joli à regarder, et il est en outre couvert de cicatrices, y compris sur le visage. Et ils ont oublié les yeux ! C’est quoi ces yeux jaunes à la noix ? C’est ça que vous appelez des yeux de chat vous ? [7] [8] Geralt est un mutant, ça veut dire que... il n’est pas fait comme nous, merci à la personne au fond de la salle.

Si ce n’était que ça, on pourrait encore passer outre, pour tout un tas de raisons tenant vraisemblablement à la logique commerciale ou à l’ego de l’acteur principal. Mais il n’est pas bon ! D’accord, il n’est pas vraiment servi par un scénario qui ne lui donne que des réparties monosyllabiques, ce qui a d’ailleurs donné naissance à un nouveau mème. Par-contre, son jeu d’acteur ne couvrant qu’une palette de deux expressions faciales. [9], on ne peut pas dire que ce soit la faute de Lauren Schmidt Hissrich.

J’ai aussi été chagriné par le traitement réservé à ce pauvre Jaskier, en permanence rabroué et humilié par Geralt : non, ce n’est pas un bouffon auquel on lance des trognons de pomme ; et même s’il est passablement agaçant, Geralt n’hésite jamais à tout risquer pour le sauver. Je vois bien ce que les scénaristes ont tenté de faire : une sorte de duo à la Terence Hill / Bud Spencer, avec le sorceleur mutique et le barde volubile. Sauf que ça ne marche tout simplement pas, et réduit Jaskier au stade de simple bouffon. Mais ce n’est pas le seul élément où la série s’est plantée : pour être vraiment sûrs d’attirer le chaland, les scénaristes n’ont pas lésiné sur les trois ingrédients magiques : du sang, du cul, et des famàpoil (TM). La famàpoil (TM), étant l’assurance tout risque de la série qui ne sait pas trop si elle tient toute seule sur ses petites jambes. Et pis c’est cool The Witcher, parce qu’ils ont fait ceinture et bretelles, avec des famàpoil et des zomàpoil, tout le monde y va être content ! Ben non. De même que je n’ai pas trouvé les passages sanglants (l’opération de Yennefer par exemple) utiles à l’économie générale du récit, mais juste inutilement gore et pour tout dire grand-guignol [10], les scènes d’orgie, de sexe ou de nichons en balade n’apportent rien du tout à l’ensemble.

Tant que je suis dans les récriminations : les nains sont ratés. Autant les elfes sont parfaits, dépenaillés mais dignes, partagés entre les résignés et les prêts à en découdre, autant les nains, tels qu’ils apparaissent dans l’épisode 6, sont ridicules. Même dans Willow ils ne sont pas aussi petits. C’est bien simple, j’ai cru qu’ils allaient se mettre à chanter « Heigh-ho, heigh-ho, On rentre du boulot ! » après avoir récupéré leurs dents de dragon !

Enfin, la notion de « destinée » telle qu’elle est mise en avant dans la série est très exagérée, à la fois sur la forme, en mode « la destinée, c’est pas comme les antibiotiques, c’est automatique », où les personnes liées par le destin sont attirées comme des aimants, et sur le fond, avec une simplification à outrance là où les livres font se croiser les personnages à de multiples reprises avant qu’ils ne réalisent leur « destin » (et même dit comme ça c’est encore réducteur).

Bon. C’est bien joli tout ça, mais je ne sais pas comment finir. Regardez la série quand même, vous passerez un bon moment et vous ne serez pas à la ramasse dans les conversations avec vos collègues. Mais lisez les livres, avant, après ou en même temps, à votre guise. Vous me remercierez plus tard.


[1résumé de l’intrigue : Geralt doit trouver Ciri, Geralt trouve Ciri

[3Et depuis ils célèbrent tous les ans cet événement sous le nom de Thanksgiving je suppose ?

[4je me demande quand même combien il a été payé pour être aussi cool...

[5qui n’apparait que dans la nouvelle Éclats de glace dans L’Épée de la providence

[6au passage, ce n’est pas Cahir qui dirige cette bataille du côté des nilfgaardiens, mais le maréchal Coehoorn

[7Source

[8Autre image déportée en note, pour ne pas alourdir la page. Saurez-vous trouver l’intrus dans cette galerie de sorceleurs ?
Superman et sa perruque

[9au choix : inexpressif ou pas content. A 400K $ de cachet par épisode, ça fait cher payé

[10ce qui est une façon gentille de dire ringard