Extrait de "La lettre pour tous·tes" (Mediapart) du 03/04/2025
« Cantat parle. » Le 23 octobre 2013, les Inrockuptibles inondent les kiosques d'un numéro spécial avec une grande photo en Une, barrée de ces deux mots. Je venais tout juste de débuter mon premier stage de journalisme dans ce magazine culturel très en vogue.
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Beaucoup ont oublié cette première couverture. C'est celle imprimée quatre ans plus tard qui a provoqué la plus grosse levée de boucliers. Une nouvelle « interview fleuve » du chanteur meurtrier qui, cette fois en 2017, ne passe plus, alors que les États-Unis sont secoués par l'affaire Weinstein et que le mouvement #MeToo se propage en France.
C'est cette bascule et cette prise de conscience que documente en trois épisodes la mini-série De rockstar à tueur : le cas Cantat, sortie sur Netflix le 27 mars 2025, et déjà dans le top des programmes les plus visionnées en France.
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Le travail d'archives appuie là où ça fait mal, en puisant dans nos proches souvenirs. Il fait le même effet que Shame on You, le podcast des journalistes Anne-Cécile Genre et Marine Pradel, qui sont revenues en 2023 sur le traitement de l'affaire DSK, accusé en 2011 d'avoir violé Nafissatou Diallo dans un hôtel Sofitel. Il donne la même nausée, à constater ce que l'on se permettait à l'époque, ce que les médias mettaient en avant (les risques encourus par ces hommes dans la tourmente) et ce qui était minimisé (la souffrance des femmes).
Ce choix de casting agace d’autant plus qu’il est devenu systématique et ce même après #MeToo et les plaintes des actrices de plus 40 ans sur leur manque d'opportunités. On continue de donner des rôles de compagnes d’hommes de 50 ou 60 ans à des comédiennes de 20 ou 30 ans, comme si passé la ménopause, les femmes n’intéressaient plus personne. Si on s’attarde sur les sorties cinématographiques récentes, James Bond (Daniel Craig, 53 ans) craque pour Léa Seydoux (36 ans) dans les dernières aventures de l’agent 007. La même Léa Seydoux sera à l’affiche, le 29 décembre prochain, d’une adaptation de Philip Roth par Arnaud Desplechin, Tromperie. Et, quelle chance, l’actrice y entretiendra une relation avec Denis Podalydès, fringant jeune homme de 58 ans.
Vous en voulez encore ? On pourra bientôt, en 2023, se délecter d’un nouveau film de Ridley Scott, Kitbag, dans lequel Jodie Comer (Killing Eve) incarnera Joséphine de Beauharnais, la compagne de Napoléon (interprété par Joaquin Phoenix). Historiquement, l'Impératrice avait 6 ans de plus que son illustre époux alors que Jodie Comer a presque 20 ans de moins que le héros du Joker (2019). Les producteurs, les casteurs et les cinéastes n’ont donc absolument aucune justification, autre que leur propres "daddy issues", pour continuer à nous abreuver de leurs remakes à peine déguisés et peu inspirés de Lolita qui n’excitent plus personne à part eux.
À la fin du mois d'août, une nouvelle série de témoignages de harcèlement et d'agressions sexuelles a jeté une lumière crue sur le climat sexiste largement répandu dans l'industrie du jeu vidéo. De plus, des hordes de joueurs particulièrement virulents ont enseveli les victimes sous les menaces de mort et les insultes. De toute évidence, les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc ont échoué à faire bouger les lignes dans ce secteur où les femmes demeurent ultra minoritaires.
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A lire. Vraiment.
Dans le même temps, un ouvrage sur le corps expliqué aux enfants du médecin et animateur télé Michel Cymes était attaqué pour son manque de parité. Seulement 5 lignes sur les zézettes alors que les zizis avaient droit à 12 lignes ! Enfin le livre « On a chopé la puberté » était retiré de la vente par les éditions Milan après la mise en ligne d’une pétition recueillant 148 000 signatures en 48H. En pleine vague #METOO la représentation des jeunes filles y était jugée caricaturale et nocive.
A une censure « conservatrice » se combine donc une censure au nom du changement. Le regard sur le livre jeunesse porte en lui toute les contradictions affolées de l’époque. Et ce d’autant plus que le fantasme de « pureté » et la fonction édifiante qu’on assigne à ces livres s’est exacerbée par rapport aux autres contenus sur écran.
J'ai bien aimé l'analyse de la chroniqueuse (les crispations d'une époque peuvent aussi se mesurer dans la façon dont elle traite la littérature jeunesse - tiens, encore une classification, on n'en sort pas), mais j'ai été déconcerté -le mot est faible- par la conclusion renvoyant dos à dos et comme sur un pied d'égalité, la censure pudiquement désignée sous le vocable de "conservatrice" là où il eut fallu dire "réac" (je précise que l'invité du matin était Finkielkraut... CQFD ?) et une fort improbable "censure" qui serait exercée "au nom du changement", là où eut été de meilleur goût de dire, au choix, progressisme, lutte pour l'égalité des droits, etc.
Très très agaçant, inquiétant aussi. Mais je n'ai jamais caché qu'au delà des émissions scientifiques et littéraires je considérais France Culture comme une radio réac, ce qui en soit est problématique : en se drapant dans sa légitimité culturelle, France Cul légitimise du même coup les thèses les plus réactionnaires.
J'ai une impression de déjà lu / déjà écrit... c'est vertigineusement navrant, hein ?