Le fait d’être écrivain « tout court » (sans étiquette) reste pour elle, en France, l’apanage d’écrivains français blancs et de sexe masculin. « Dans ce qui reste un bastion masculin », la qualité littéraire est jugée, « l’universel » est pensé à partir de représentations masculines.
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Beaucoup d’encre a coulé, notamment autour de la parution du Manifeste pour une littérature monde en français, sur la distinction problématique entre « littérature française » et « littérature francophone » : la littérature française est généralement pensée comme ne faisant pas partie de la littérature francophone, ce deuxième ensemble regroupant la littérature en français produite hors de France mais aussi par des écrivains de nationalité française mais pas de l’hexagone, voire des écrivains « hexagonaux » perçus comme ayant des appartenances multiples. L’œuvre d’auteurs d’origine antillaise, d’autrices ou auteurs noirs comme Marie NDiaye, ou la littérature « beur » ou ¡« de banlieue », ont ainsi pu être rangées dans la catégorie « francophone » plutôt que « française ».
Toutefois s'attacher à vouloir faire cesser le racisme, le sexisme, l'homophobie, etc. c'est bien beau mais ce sont des minorités qui se battent chacune de leur coté pour leurs propres intérêts.
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Le problème de la lutte pour les droits des noirs, des femmes, des homosexuels ou tout autre groupe est à chaque fois le même: fondamentalement ces combats divisent et opposent au lieu de rassembler et fédérer. Quand on parle des noirs, ça oppose les blancs; quand on parle des femmes, ça oppose les hommes, quand on parle des homos, ça oppose les hétéros, etc. comme l'expose la chanson "Camps" de Jehan Jonas.
Et tout ça à partir d'une citation probablement apocryphe, et dans tous les cas hors contexte, de Morgan Freeman, le permaculteur bien connu.
Alors... hmm, non. Ça ne va pas du tout.
On va jouer ensemble : je ne vois pas un noir, je vois un homme ; je ne vois pas un musulman, je vois un homme ; je ne vois pas une femme, je vois... ah oui, merde, ça coince là.
Tellement de bons sentiments en quelques lignes, et tellement d'erreurs. Je crains de n'être pas assez compétent pour répondre.
1/ "Des minorités qui se battent chacune de leur côté"
Rien que cette phrase révèle l'ampleur de l'aveuglement de son auteur.
2/ "pour leurs propres intérêts"
Parce que quand je suis blanc, cisgenre, hétéro, valide (je rajouterais même chrétien, pour l’Occident), et aussi homme, je ne me bats pas pour mes propres intérêts ?
Attention, il y a un piège.
Eh bien non. Quand je suis blanc, cisgenre, hétéro, valide, je n'ai pas à me "battre pour mes propres intérêts", tout simplement parce que -on reste dans une vision occidentale de la chose, n'oublions pas que l'auteur considère les non-blancs comme une minorité- la société a été faite pour les gens comme moi. La société dans laquelle je nais, j'étudie, cherche un travail, me marie... perçois comme "normal" le fait d'être blanc, le fait d'être valide, le fait d'être hétéro ET cisgenre. Et perçois tout le reste comme des "minorités", avec la meilleure bonne foi du monde, et souvent avec de bonnes intentions. Sauf que les bonnes intentions, ça ne suffit pas.
3/ "Diviser pour mieux régner"
J'aimerais bien que ce soit ça, que ce soit une stratégie des possédants/dominants pour diviser leurs adversaires. Seulement, t'as écouté Manu hier soir ? Dans son passage sur l'actualité hors-Covid, il a dit à peu près : le racisme c'est caca, mais celles et ceux qui se battent contre sont d'affreux communautaristes (avant d'ajouter : la police française fait un excellent travail, hashtag cœur, hashtag amour). Ce ne sont pas les opprimés qui "divisent pour mieux régner", mais les dominants. Mais l'emploi de cette expression est assez révélateur de tout l'informulé de la pensée de son auteur. Le refoulé même.
4/ Orienter la lutte vers les causes premières. (Il dit qu'il voit pas le rapport)
A la base, j'aurais dû être d'accord. Mais au vu de tout ce qui précède, j'ai du mal. Oui, il faut en finir avec le capitalisme. Mais je ne suis pas certain que le sexisme soit une maladie de capitalisme. Je n'ai pas vraiment l'impression que les communistes soient moins sujets au racisme que la classe propriétaire des moyens de production. J'ai un gros doute sur le lien de causalité entre la transphobie et un système économique prônant l'accumulation du capital.
Je le recopie ici tellement c'est fascinant de bêtise et d'égoïsme :
Si une pensée humaniste nous amène à considérer comme une amélioration que les noirs soient moins tués et harcelés dans nos sociétés, on peut se demander à quoi ça va servir quand dans quelques décénnies les conditions propices à la vie telle qu'on la connait auront disparu de la planète.
5/ Conclusion
Une fois encore, on se trouve devant de la pensée, prête à mâcher, prête à servir, en mode réponse à tout. De la vraie saloperie, où l'auteur, du haut de sa bien-pensance, balaie d'un revers de main les petites luttes mesquines des femmes, des personnes racisées, des dominé·e·s de toute espèce d'un "argument" massue : "ah ah, quand la planète sera détruite, vous serez bien avancé·e·s avec vos petits combats égoïstes, qui ont divisés au lieu de fédérer."
Comme si on ne pouvait pas se battre POUR l'écologie, POUR l'égalité des droits (femmes, personnes racisées, personnes en situation de handicap, religions minoritaires, LGBTQ etc.), et CONTRE le capitalisme, tout ça EN MÊME TEMPS. Nan, nan, faut choisir ton combat, choisir ton "camp", et "plus moyen d'en sortir".
(c'est le préfet Lallement qui a écrit les paroles ? Ça ne m'étonne pas qu'il soit poète, un homme d'une telle sensibilité)
Allez, encore une couche parce que bon. Et puis j'ai faim.
J'ai été lire la post d'origine du HV. Je passe sur les citations hautement philosophiques tirées de Harry Potter ou des Pokémons, j'ai faim j'te dis. Mais je pense que la philosophie a perdu un maître, jdçjdr. Non, ce qui me pousse à réagir, c'est cette phrase :
Heureusement, rien de tout ça n’interdit d’être simplement gentil avec les autres ou ne constitue ni une excuse ni une raison à se comporter comme un connard.
Je me suis déjà exprimé sur le fait d'être "gentil" ICI, je ne vais pas recommencer. Ou alors juste pour dire que ça va encore dans le sens de ce que je viens d'écrire : tout le monde doit être gentil, mais bizarrement, surtout ceux à qui la vie chie dans la bouche et auxquels la société refuse une brosse à dents. Merde, manquerait plus qu'ils mordent ces cons là.
Bon, j'ai perdu beaucoup trop de temps pour cette connerie moi. Mais fallait que ça sorte.
Albert Camus disait :
"Un homme, ça s’empêche."
Eh bien ça s’éduque aussi. Et ce n’est plus aux femmes de s’en charger. Elles ont assez donné. Elles ont assez payé.
Vous ai-je déjà dit que j'aimais beaucoup Baptiste Beaulieu ?
via chaipuki
Sur une feuille, deux enfants sont dessinés. L’un dans une posture de domination, l’autre représentant la subordination. Aucun des deux personnages n’offre le moindre indice sur son genre et pourtant, ”à partir de quatre ans, une large majorité d’enfants considère que le personnage dominant est un garçon”, rapportent les chercheurs dans un communiqué du CNRS.
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“On a, au niveau global, une tendance à associer masculinité et pouvoir mais avec des variations selon le genre des participants dans certaines expériences”, résume-t-il.
via Tommy
Géniale, comme toujours.
Elle [Benoîte Groult] ressentait, à travers des mots et des gestes, qu’elle n’avait plus tout à fait sa place dans des événements ordinaires de la vie sociale dont elle prenait conscience qu’ils étaient régis par des limites d’âge implicites. Dans son milieu, celui du monde littéraire, du spectacle et de la politique, où beaucoup d’hommes de son âge étaient en couple avec des femmes bien plus jeunes, elle avait également commencé à ressentir le vieillissement de son apparence comme une forme de stigmate — une expérience à laquelle, au même âge, son mari pouvait encore échapper. Se sentant impuissante à changer les règles du jeu, elle assumait d’avoir eu recours à un lifting
Coucou Yann Moix. Un commentaire ?
Depuis l’âge de 9 ans, on m’a expliqué que j’étais noir et que j’étais inférieur
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En tant que personne noire, on vous demande d'accepter. Si jamais vous revendiquez et vous dénoncez, on n e vous comprend pas.
Mais le fait de penser de façon aussi abstraite n’est pas une simple erreur. C’est un choix philosophique.
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Peut-on réellement penser hors de soi-même? Personnellement, j’ai un gros doute. Et c’est d’autant plus difficile quand on jouit de privilèges parce que le privilégié croit toujours que son regard sur le monde est universel, la preuve: c’est sa vision du monde qui domine partout. Il se voit donc légitimé en permanence. Il peut traverser la vie et penser sans réfléchir à sa position dominante parce qu'il ne la ressent pas.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un article de Titiou Lecoq. C'est un tort.
Retrouvé suite à une discussion sur Mastodon (merci Riff) :
Il faudra pourtant, à mon avis, étudier la sexualité pour comprendre les violences sexuelles. Nous avons longtemps dit – et c’était sans doute une étape nécessaire pour faire comprendre la gravité de ces violences – que le viol n’était pas du sexe comme si le sexe était par essence, non violent et exempt de rapports de dominations. Pourtant tout nous prouve, dans la construction de la sexualité occidentale, que le sexe entre hommes et femmes est traversé de rapports de pouvoir, de violence, de domination et d’abus. « Baiser quelqu’un » désigne à la fois le fait de pénétrer une femme (une femme ne baise pas les hommes dans le langage courant, elle est baisée) et le fait de piéger quelqu’un. Dans une société où le sexe ne serait que source de plaisirs et de joies, « se faire baiser » devrait être synonyme d’une situation très agréable. On dirait alors : « ah je suis allée au restaurant, j’ai très bien mangé, j’ai bien été baisée » pour qualifier son contentement. Or, non « se faire baiser » est synonyme d’une situation où l’on s’est fait avoir, où l’on se sent un peu ridicule, d’où rien de positif ne ressort. Le langage familier autour du sexe est lui aussi synonyme de violences, blessures, chasse, meurtre : baiser, défoncer, percer, trouer, casser les pattes arrières, bourriner, défoncer, déglinguer, etc. Les métaphores autour de la sodomie sont l’archétype de moments très désagréables ; ainsi les syndicats persistent, à chaque manifestation, à les employer pour qualifier des mesures jugées mauvaises. Encore une fois, si vraiment la sexualité était une pratique dénuée de rapports de pouvoir et de violence, pourquoi la pénétration qui en constitue une part importante, est-elle systématiquement synonyme d’événements négatifs ?
Guillaume Erner, hier sur France Inter, s’émouvait du fait qu’on puisse établir un continuum entre violences sexuelles et drague lourde. J’irai plus loin. Il y a un continuum entre la sexualité, au moins hétérosexuelle, et les violences sexuelles. Les réactions négatives aux témoignages de violences sexuelles en sont d’ailleurs un bon indice. Beaucoup d’hommes et de femmes sont totalement incapables de percevoir que ce qui pose problème dans les violences sexuelles est le non consentement de la victime. Comment le pourraient-ils ? Est-il tellement pris en compte dans ce qu’on appelle le sexe consenti ? Regardez des séries, regardez des films, lisez ! Constatez le nombre de fois où l’on sent les femmes totalement consentantes aux actes sexuels. Ils sont peu nombreux. Constatez les fois où leur non consentement nous est présenté comme excitant et prélude à une sacrée bonne baise.
Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser. Je revendique ma liberté à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi.
Je ne suis pas une petite chose fragile. Je ne réclame pas d’être protégée mais de faire valoir mes droits à la sécurité et au respect.
Dans un précédent article de notre série sur le traitement médiatique de l’affaire Weinstein et du hashtag « BalanceTonPorc », nous évoquions la manière dont certains commentateurs et éditocrates ont occulté la question de la libération de la parole de femmes victimes de violences. À ce sujet de fond, ils ont substitué de vaines polémiques sur les termes employés, qui renverraient à la délation ou seraient trop insultants pour la gent masculine… voire pour les porcs.
Dans ce nouvel article, nous revenons plus particulièrement sur des formes plus radicales de détournement voire de déni du phénomène, et sur la large audience médiatique dont elles ont bénéficié. Un nombre significatif d’éditocrates et de polémistes réactionnaires aux positions parfois édifiantes ont en effet joui d’une exposition médiatique considérable, au-delà des médias de parti-pris dans lesquels ils interviennent quotidiennement.
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On l’a compris : le féminisme ne devrait être bon qu’à se focaliser sur les agresseurs musulmans ou les migrants, mais certainement pas à remettre en cause la domination masculine.
Ce qui me fait le plus peur, à la lecture de cet article, c'est la façon dont il met en lumière à quel point nous vivons dans un pays, une société, une époque hyper-réactionnaire... pour ne pas dire dominée par la pensée conservatrice, pour ne pas dire d'extrême-droite.
O.J. Simpson, Oscar Pistorius, Bertrand Cantat... Ce n'est pas la première fois qu'en France, le traitement médiatique d'affaires de violences conjugales prend des allures de feuilleton romanesque. D'où vient cette tradition, très française, de romantiser les fémicides, de tenter de polir les contours d'une réalité terrible (rappelons que 123 femmes sont mortes de violences conjugales en 2016), avec des expressions vides de sens juridique, comme "crime passionnel" ?
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Qu’est ce que ça dit du rapport de notre société aux femmes ?
Ça veut dire qu’il reste beaucoup à faire. C’est un symptôme de l’inégalité des sexes, en terme de domination. Cantat a toujours été présenté dans cette affaire comme le pauvre homme. Il y a eu beaucoup d’articles, même dans Le Monde, qui disaient : “Bertrand Cantat est notre frère.” On n’a jamais vu ça pour une femme qui aurait violenté un homme. Quand les femmes tuent leur conjoint - avec le cas récent de Jacqueline Sauvage par exemple -, il n'est pas question de “crime passionnel”. Le mot "fémicide" n’est toujours pas reconnu en France. Il a été inscrit dans des lois en Amérique latine, curieusement, mais toujours pas en France. La presse est assez épouvantable, parce qu’elle traite tout ce qui va concerner les hommes et les femmes, de façon inégale. On doute de la parole des femmes. Et les hommes sont dominés par leurs passions, c’est-à-dire par leur sexualité en fait. C’est la même chose pour les histoires de harcèlement sexuel. Toute la presse véhicule sans arrêt des stéréotypes sur la famille, le couple, avec des schémas sous-jacents extrêmement traditionnels.
via Riff
Ce sont deux des mille exemples de symétrie que l’on rencontre partout dans les discours sociaux : toute opposition binaire entre deux éléments quels qu’ils soient (des gens, des genres, des peuples, des races, des classes, des religions, des belligérant.e.s, des mort.e.s, de simples opinions ou positions) est susceptible d’amener l’argument de la symétrisation, c’est-à-dire la mise en équivalence des éléments en cause.
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La dénonciation d’un « racisme antiblanc » est un excellent exemple, le meilleur peut-être, de symétrisation idéologique (la question se pose différemment selon les aires géographiques et culturelles et je parle ici plutôt de la situation française ; et je parle de l’opposition blanc/noir mais le « racisme antiblanc » concerne également les arabes et l’ensemble des non-blanc.he.s). L’affirmation de l’existence d’un racisme antiblanc repose sur une analogie : les attaques des noir.e.s fondées sur la couleur des blanc.he.s seraient équivalentes aux attaques des blanc.he.s fondées sur la couleur des noir.e.s, et relèveraient donc du racisme. Je n’ai pas fait de recherche étymologique sur l’origine de l’expression dont l’emploi courant semble daté des années 1980, émanant du Front national pour certains ; aux États-Unis, on parle de « reverse racism« , la notion d’inversion manifestant bien la dimension symétrique. Mais cette symétrie fondée sur l’analogie gomme l’essentiel, c’est-à-dire l’histoire, le point d’énonciation et le contexte.
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La misandrie est également, et surtout, un argument : elle est au cœur du discours masculiniste qui fait des hommes les victimes des féministes, comme si le combat féministe constituait une violence structurelle envers les hommes. Elle sert aussi d’arme courante contre le féminisme en soi (les revendications féministes seraient plus motivées par la haine des hommes que par un véritable désir de changement des rapports homme-femme), ou contre une forme de féminisme (la misandrie serait un des risques du féminisme, selon Élisabeth Badinter dans Fausse route par exemple).
Je regarde le chiffre effarant, affolant des violences sexuelles, dont les hommes ne cessent de me dire que cela devrait être mon unique et seul combat et je le vois s’éloigner car je suis trop occupée à chercher mes mots pour ne pas blesser les hommes.
Je sais qu’ils sont blessés lorsque je parle des violences sexuelles. Blessés que je puisse les en croire auteurs. Blessés que je puisse les comparer avec ceux qui violent et que je ne définis pas plus précisément ce qui entretient un doute insupportable entre les hommes qui ne violent pas et les hommes qui violent. Blessés que tout mon discours ne soit pas mieux choisi, mieux construit, mieux écrit afin de ne pas les stigmatiser.
Il se joue alors un jeu étrange entre eux et moi, dont on feint de ne pas connaître les règles mais dont on connaît l’issue.
Ces hommes vont me presser de questions, de demandes de références, de leur expliquer la totalité du féminisme, des violences sexuelles aux tâches ménagères en passant par l’inégalité salariale. J’aurais droit à la mauvaise foi, aux arguments homme de paille. Tout mon défi sera de chercher les bons mots, la bonne phrase, la bonne tournure. Toute mon attention sera concentrée sur le fait de ne pas leur déplaire, et que peut-être ils deviennent moins des ennemis de classe, des dangers directs ou indirects, des participants actifs ou passifs au sexisme. Tout leur discours sera sous-tendu par la menace suivante : « SI tu n’es pas gentille, SI tu ne réponds pas à toutes mes questions, SI tu t’énerves, alors je serai un ennemi du féminisme et cela sera ta faute ».
Les femmes sont en général vues comme responsables des violences sexuelles qu’elles subissent. La boucle se boucle. Si nous n’expliquons pas gentiment aux hommes qu’il faut pas violer, alors ils le feront.
Les féministes deviennent alors responsables des violences faites aux femmes. Si les féministes étaient plus pédagogues, plus gentilles, moins agressives, alors les hommes s’énerveraient moins en réaction. Je ne travaillerais plus à lutter contre les violences faites aux femmes mais concentrerais toute mon attention à ce que les hommes ne violent pas davantage à cause de moi, ne soient pas plus sexistes à cause de moi, ne soient pas des ennemis du féminisme à cause de moi. Toutes les violences faites aux femmes pourraient s'estomper, d'un coup, si les féministes faisaient un peu plus d'efforts et comprenaient un peu mieux le mal-être des hommes.Les hommes m’expliquent qu’ils sont prêts à m’écouter. M’écouter comme si ce dont je parlais concernait la lecture du dernier polar de l’été ou de la dernière recette de cuisine testée. Comme si au fond ce ce que je disais n’avait que peu d’importance alors que cela implique des dizaines de milliers de victimes par an. M’écouter comme si c’étaient des mots de plus, sur un sujet aussi intéressant ou inintéressant que le jardinage ou les jeux videos. Pas un discours qui implique ma vie, ma liberté, la libre disposition de mon corps. M'écouter avant de prendre leur café ou après avoir pris leur dessert. "Ils ont quelque minutes à me consacrer" me disent-ils.
Ils m’écouteront, auront cette grandeur d’âme si je fais quelques efforts. Si j’adapte mon vocabulaire. Si je choisis mes mots. Bannir le mot « homme » de mon vocabulaire peut-être. Dire « ils ». Dire « les monstres ». Bannir le mot « viol » peut-être aussi. Dire « abus ».
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Pourquoi vous sentez vous plus mal de mes mots que des violences sexuelles ? C’est une chose assez extraordinaire que de constater que vos egos priment sur la lutte contre les violences sexuelles. C’est une chose assez incroyable de vous voir subordonner votre aide relative aux luttes des femmes à la façon dont nous allons vous caresser dans le sens du poil, en prenant soin de ne pas vous déranger.
Je regarde les chiffres des violences sexuelles et je me dis qu’une femme est violée toutes les 7 minutes en France. Ce sont des mots, souvent un peu abstraits. Je sais qu’il suffirait d’un peu de bonne volonté masculine pour que ces chiffres diminuent drastiquement. Cela parait étrange de parler de "bonne volonté" en matière de violences sexuelles non ? Et pourtant.
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Il faudra admettre que les hommes n'ont pas le droit de disposer du corps des femmes, du corps des enfants et du corps d'autres hommes. Cela les rend très malheureux je le sais, on me parlera de leur misère sexuelle pendant que je parlerais de viol. On comparera le fait de ne pas pouvoir baiser alors que je parle du fait de ne pas violer.
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Pendant ce temps, les hommes se demandent pourquoi les féministes disent "les hommes" au lieu "des hommes".
Pendant ce temps, des hommes me disent que lire ce que j'écris, lire des récits de violence sexuelle est "dur mais qu'ils arrivent à ne plus se sentir mis en cause". C'est tout ce que ce que cela suscite. Ils ne se sentent plus accusés (alors qu'ils le sont), ils ne se sentent plus visés (alors qu'ils le sont), ils ne sentent plus ma colère (alors qu'elle est là, intacte, entière, brûlante). Ils sont tranquillisés ; je ne les visais pas eux et c'est bien tout ce qui importe n'est ce pas. Je dois continuer à "être pédagogue" me disent-ils en me tapotant sur la tête pour me féliciter de mes efforts à les rassurer, à ce qu'ils ne se sentent pas impliqués, touchés, blessés. Ce n'est pas la violence sexuelle commise par les hommes qui est dure, ce sont les mots des féministes qui en parlent. Ce ne sont pas les hommes violeurs qui sont durs - et la masse bêlante des hommes occupés à pinailler sur le "bon mot" pour parler - mais mes mots mis sur les violences sexuelles commises SUR les femmes PAR les hommes
Diana était aussi grande que Charles, mais elle parait toujours plus petite sur les photos.
"Ainsi les femmes sont attachées à ce trait de domination physique et symbolique de l'homme."
Pas étonnant, après des siècles passés à leur expliquer que c'est important.
Excellente métaphore sur, une fois encore la "violence" et "l'agressivité" des opprimé·e·s.
Nettie Maria Stevens est une généticienne américaine, née le 7 juillet 1861 à Cavendish (Vermont) et décédée à Baltimore (Maryland) le 4 mai 1912 d’un cancer du sein. Ses travaux ont donné lieu à l'une des découvertes biologiques fondamentales du XXe siècle en permettant d'affirmer que le sexe de chaque individu est déterminé par ses caractères chromosomiques. Exclue de toute reconnaissance à une époque où les femmes étaient encore écartées du savoir scientifique, elle resta dans l'ombre de ses collègues masculins1.
Merci au Doodle du jour.
Merci Mydjey d'avoir lié cet excellent article, qui me confirme qu'Asimov est toujours aussi digne d'admiration.
Quoique juif, et pauvre de surcroît, j’ai pu bénéficier du système éducatif américain dans ce qu’il a de meilleur et fréquenter une de ses meilleures universités ; je me demandais, à l’époque, combien d’Afro-Américains se verraient offrir la même chance. Dénoncer l’antisémitisme sans dénoncer la cruauté humaine en général, voilà qui me tourmentait en permanence. L’aveuglement général est tel que j’ai entendu des Juifs se désoler sans retenue devant le phénomène de l’antisémitisme pour aborder sans se démonter la question afro-américaine et en parler en petits Hitler. Si je le leur faisais remarquer en protestant énergiquement, ils se retournaient contre moi. Ils ne se rendaient pas du tout compte de ce qu’ils faisaient.
Cependant, je ne comprends pas ta digression sur "certains Shaarlistes quand ils abordent des sujets telles que la défense des LGBT ou le féminisme de manière virulente et haineuse". (je me demande pourquoi j'écris ceci, étant donné que tu as déjà averti que tu étais fermé à la discussion).
Juste pour reprendre les termes de ton argumentation : à quel moment les défenseur.e.s (oulalala, sutout ne pas citer de noms) des causes LGBT et/ou féministes se sont-illes conduits en bourreaux ? J'aimerais beaucoup avoir des noms et des faits, juste pour ma gouverne.
Et pour la défense des "minorités", je te renvoie à ça : http://www.mypersonnaldata.eu/shaarli/?yKsbPw
C'est un problème de domination et de rapport de force : quand, comme le dit Asimov, on est en haut de la pyramide, c'est forcément au détriment de ceux qui sont en-dessous. A rapprocher de ce que j'ai déjà lié par ailleurs : de même que "ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent", le meilleur des homme doté d'un pouvoir immense ne fera pas forcément des choses immensément généreuses
Avertissement liminaire
J'ai commencé d'écrire ça dimanche soir, mais comme j'ai été un peu beaucoup occupé cette semaine, je n'ai pas eu le temps de terminer. Je suppose que depuis, Kevin a répondu, d'autres ont suivi, le principal intéressé a menacé de se suicider en sautant du rez-de-chaussée, ses supporters ont hurlé à l'ado Eminem ou je ne sais quoi, et s'en est suivi une spirale de fun. Je regrette d'avoir loupé ça. Il est vendredi après-midi, j'ai 10 minutes de libres, je me lance. Essentiellement pour me débarrasser de ce brouillon. Alors du coup ça va être un peu décousu, j'ai perdu la hargne qui m'animait quand j'avais décidé de répondre, mais tant pis.
Je viens de tomber là dessus. Ce dessin est consternant. J'aurais pu laisser filer, mais j'ai envie de répondre pour une fois.
ll est bien entendu que je ne réponds pas à la personne à l'origine de ce lien, reposté sur Open News ; je réponds pour tous ceux qui, ayant vu ce dessin, auront pensé "ben oui, c'est évident" ou, plus prosaïquement "+ 1".
Ah, si seulement c'était une question de gentillesse. Si seulement il suffisait d'être tous gentils les uns envers les autres pour que tous les problèmes du monde se règlent magiquement. Parce que oui, là on est carrément dans la pensée magique. "Je vais dire bonjour en souriant aux femmes, aux handicapé.e.s, aux noir.e.s... et tout ira mieux dans le monde." Comme dirait l'autre avec son histoire de colibri à la con, "je fais ma part" Hein ? Ce serait bien n'est ce pas ?
J'ai pensé comme ça moi aussi. Puis j'ai lu, j'ai appris des choses. Surtout via certains shaarlistes. Et j'ai appris à reconsidérer ce qui me semblait évident et simple.
Parce que ça ne marche pas comme ça. Ça n'a jamais marché comme ça. Ce n'est pas une histoire de méchants et de gentils. Quel est le problème au fond ? Attention, je vais faire une révélation qui va en stupéfier certain : c'est une histoire de domination et de privilèges. Ah ben ça alors. Ouate ze phoque. On m'aurait menti ?
La société est faite/pensée par/pour des blancs / hétéros / cisgenres / valides. De sexe masculin. Pas la peine d'être raciste, misogyne, ou juste "méchant" pour jouir de privilèges que les "autres" n'ont pas. Il suffit juste d'être né dans la bonne case. Du bon côté de la barrière. Au passage, merci de m'apprendre que les femmes et les personnes noires sont des êtres humains. Contrairement à l’Église catholique, cette découverte n'est pas récente me concernant.
Le problème n'est pas toutes les personnes noir.e.s à qui un bonhomme en allumettes aurait pu dire "you're worthless". Le problème est le système qui conduit les noir.e.s, les femmes, les handicapé.e.s, les homosexuel.le.s, les gros.ses, les bi, les arabes, les musulman.e.s et les pas-comme-tout-le-monde (c'est à dire pas mâle, blanc, hétéro, cisgenre, valide) à être victimes de discrimination. Parce que noir, homo, femme, handicapé... et parfois plusieurs choses à la fois. Au grand loto de la vie, y'en a qui ont eu plus de bol que d'autres.
Toutes les catégories sus-citées ne se plaignent pas que l'on soit "méchants" avec elles. Non, c'est pire que ça : elles veulent les mêmes privilèges.
Ah mais non. Ah mais ça va pas être possible. Si tous ces gens que le milieu dans lequel j'ai grandi m'a appris à considérer comme des inférieurs ont les mêmes droits que moi, que va t-il me rester ? Non. Je propose que l'on soit "gentils" avec eux. Tiens, soyons fous, on va même dire qu'on les considère comme des êtres humains. On va leur parler avec respect, comme on exige que l'on nous parle à nous. Mais on ne va pas faire en sorte qu'ils aient les mêmes droits. Ça va pas la tête ? Si, avec un peu de chance, ils pouvaient se satisfaire de ce subterfuge, pourquoi ferions-nous un effort supplémentaire ?
pasconlegars
Bref. Dire qu"il suffit de considérer les femmes et les noir.e.s comme des êtres humains et d'être gentil avec eux, c'est non seulement inutile, mais c'est complétement con.
Après, il y a ceux qui comprennent :
Mes amitiés à tous ceux qui ne sont pas homme-blanc-cis-hétéro-aisé-valide. La vie n'est pas facile.
http://sebsauvage.net/links/?iy2zzg
Et il y a les autres.
Interview de Dominique Dupagne.
"Le problème majeur de ce film est qu’il repose sur la même idée que 50 Shades of Grey et de nombreux films pornographiques : si on pousse une femme à faire des actes sexuels contre son consentement/son désir, elle finira par aimer ça, voire par tomber amoureuse."
Le mansplaining, c'est quoi ?
"En fait, ce qu'il défends derrière ça, c'est la culture "légitime", la "grande culture"... Et là c'est plus une question de position sociale dominant dans un champs particulier : en tapant sur les littératures populaires (parce qu'à travers Pratchett, c'est ça qu'il vise), monsieur le professeur Jones rappelle que c'est lui, et sa classe sociale à travers lui, qui a le privilège de définir ce qui constitue une "véritable" œuvre de littérature, ce qui est légitime ou pas, ce qui est "de bon goût" ou pas."
Oui ! C'est ça. C'est exactement ça. Pourquoi n'y ai-je pas pensé ? :/
P.S. : c'est moi qui l'ai ironiquement surnommé "professeur Jones", je ne crois pas qu'il soit professeur IRL ^^
Très bonne métaphore ; je ne suis pas certain qu'elle prenne en compte toutes les données du problème (domination, fait d'entretenir des schémas inconscient en propageant le "message" sous couvert d'humour...) mais elle a le mérite d'expliquer en quoi ces "blagues" peuvent être blessantes.
Et sans l'image, je ne l'aurais sans doute pas lu (j'arrive via https://shaarlimages.net, où je n'avais pas été trainer depuis un moment)
"Et puis, on a parlé odd-ratio (en fait, tous les outils techniques les passionnent, ne me demandez pas pourquoi) et elles ont réalisé que les Blancs étaient le groupe de référence. C’est-à-dire qu’on calcule la probabilité qu’a un non-Blanc, par rapport à un Blanc, de se faire contrôler par les forces de l’ordre sur les lieux de l’enquête. En inscrivant leur découverte au tableau, j’ai lâché, en rigolant, que les Blancs étaient toujours le groupe de référence, tout le temps. En me retournant, j’ai cru lire de l’incompréhension sur certains visages. Je sais, quand je dis ça, je suis un peu hors cadre, peut-être trop dans le militantisme, je ne sais pas, surement. En tous cas, j’ai décidé d’illustrer avec l’exemple des collants – un des avantages d’une classe composée uniquement de filles c’est qu’on peut aborder le sexisme, les règles, le fond de teint, sans craindre de se faire reprendre par un mansplainer poilu. Au final, les collants « chair », c’est la chair de qui ? Les fonds de teint « naturels », c’est la nature de qui ?"
"Quand un photographe, homme, blanc et hétérosexuel (au demeurant très marrant et sympa, là n’est pas la question) prend une photo, il prend une photo d’homme blanc hétérosexuel. Ce n’est pas un statut neutre, c’est un statut dominant. Et quand ce même photographe dit qu’il est neutre, il oublie qu’il a inondé le monde, et d’autres avant lui, de production masculine, blanche et hétérosexuelle."
Oh putain. Dur.
Pas de combats justes sans violence ?
5 techniques de domination :
EDIT : la fin de l'article liste 5 techniques de défense
ainsi que 5 techniques de valorisation :
C'est juste dommage qu'elles ne soient pas détaillées.
"groupe de chercheurs de l'université de Stockholm", c'est un peu mince pour commencer à chercher. Mais je vais trouver :)
J'arrête de suivre le Shaarli de Neuromancien. Quand la mauvaise foi se transforme en méchanceté, puis la méchanceté en acharnement, on obtient un mélange de bêtise et de haine que je ne peux pas supporter. (-> http://deleurme.net/liens/index.php5?FeyKJA)
Dont acte.
//Sammy traîne son violoncelle géant en céramique et commence à uriner joyeusement à l'intérieur//
Je précise quand même, pour faire bonne mesure, que je me suis pris la tête avec Alda à plusieurs reprises, lui reprochant notamment son manque de pédagogie dirons-nous, voire de patience et de tact -mais je commence à comprendre que l'on perde patience après un certain temps de militantisme, à être toujours confronté aux mêmes réactions. Mais je l'ai toujours suivi car j'ai récolté ma part d'informations intéressantes en le lisant, même si j'ai parfois dû faire l'effort de me décentrer de ce qui me paraissait évident, normal, acquis. Je ne suis pas d'accord avec tout, mais je ne me focalise pas sur un détail, en y revenant sans cesse, pour considérer que, n'étant pas capable d'accepter cette chose là, elle disqualifie tout le reste du discours. Oui, je parle du ...é-e-s qui, contrairement à ce que Neuromancien fait semblant de croire, n'est une pratique imposée à personne. C'est à chacun de voir s'il juge bon de s'en saisir ou pas, voire de l'adapter à sa pratique d'écriture. Pour ma part, toutes ces considérations m'ont amenées à réfléchir à deux fois avant d'utiliser un terme genré, et parfois à mettre un discret (e), qui est ma modeste pierre à un effort qui serait tellement plus simple s'il était collectif.
Et non, je ne reposterai pas le guide posté par Kevin, marre (et je l'ai déjà fait hier).
//Secouage de la petite goutte//
Pour ce qui est des gestes et opinions de Mme Carrère d'encaustique, comment dire : https://www.bakchich.info/france/2008/03/31/carrere-d-encausse-legionnaire-libre-52173
Ça y est, j'ai enfin lu ce texte. Que dire sans faire de redite ?
Que dire tout en résistant à la tentation de prendre la tête -dans les deux sens du terme- de certains, et de la plonger dans leur caca, plaisir inutile puisque celui-ci recouvre déjà leurs yeux ?
Contrairement aux apparences, je suis plutôt de bonne humeur. Mais à force de lire certaines choses, le côté obscur de la discussion me menace.
"Un truc rentré en moi, et, puisque je n’avais jamais laissé les mots entrer, forcément rentré en moi par syllabes, par lettres, par atomes. Un truc glissé en intraveineuse au goutte-à-goutte.
C’était la télé, c’était les films, les clichés un peu trop vus mais tellement faciles et presque rassurants, c’était le discours ambiant, c’était les préjugés idiots qu’on entend en n’étant pas d’accord au fond en théorie mais qu’on entend quand même huit fois, dix fois, quatre-vingt-seize fois par jour et qui filtrent, petit à petit, et qui laissent une humidité à peine visible mais qui se transforme quand même en moisissure."
Voilà. Tout est dit. Et c'est essentiel, parce que ce n'est pas de sexisme qu'il s'agit, ni de "trucs ridicules" où l'on met é-e-s à la fin de tous les mots (juste pour mémoire : il y a d'autres solutions http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?vcNfEQ après on est libre d'adhérer ou pas ; ce qui est important, ce n'est pas le résultat, c'est la démarche. Mais c'est p'têt ben trop philosophique pour certains)
Bon, je reviens à Jaddo. Que dit-elle ? Ce qui a déjà été dit plein de fois dans quelques Shaarlis, à propos de racisme, de sexisme, d'humour, en un mot, de domination : le discours ambiant, les clichés, la langue, tout cela participe d'un système qui maintient un état de fait. On a beau ne pas être d'accord, être "gentil", ce n'est pas de gentillesse dont il est ici question, mais de réflexes conditionnés. Je cite : "Et bin c’est vachement facile d’être pas d’accord avec un mec qui dit « Les Arabes c’est rien que tous des voleurs », et vachement plus dur de se révolter contre des images subliminales dans un film ou des habitudes innocentes de langage."
"J’ai touché du doigt à quel point ce sont les putains de petits cailloux qui font les putains de grandes rivières.
J’ai avalé la pilule rouge, sans préavis."
Voilà. Çà peut venir n'importe quand. Il n'y a pas de honte à réaliser certaines choses à 30 ans, à 40 ans, plus tard... Ce n'est pas grave de se tromper toute sa vie, quand c'est tout le décor autour de soi qui incite à se tromper. Le mythe de la caverne, vous connaissez ? Ce n'est pas grave de se tromper. Ce n'est pas grave de se moquer -c'est juste pas très gentil et pas très empathique. C'est déjà plus embêtant de refuser d'écouter, de refuser de voir, de refuser d'essayer de faire un pas, juste un pas pour essayer de comprendre ce qu'il ou elle raconte, l'autre là, l'allumé(e), l'enragé(e), qui fait chier son monde avec ses trucs ridicules.
C'est vrai quoi. Il y a des trucs plus grave que madame ou mademoiselle sur un formulaire et les jouets roses pour les filles et le foot pour les garçons. Les femmes battues ça, c'est grave. Et les écarts de salaires, c'est vachement injuste.
Ben justement, lisez ce qu'en dit Jaddo : "Que peut-être, quand on dit que le vrai truc important c’est l’égalité des salaires, et qu’il faut commencer par ça, peut-être que justement il faut commencer par l’autre bout des choses. Peut-être que le jour où on arrêtera d’apprendre à nos gosses qu’il y a des couleurs, des jeux, des métiers pour filles et des pour garçons, peut-être que quand on commencera à accepter les féminins de mots traditionnellement masculins, peut-être que quand on arrêtera de rire grassement à la blague d’un pote qui commente pas méchamment pour rire les cuisses d’une fille qui passe dans la rue, peut-être que quand on aura mené ces combats ô combien dérisoires, d’eux-mêmes, sans révolution, les gens se mettront à payer les femmes du même salaire que les hommes."
Je vais vous dire ça à ma façon : il y a des gros problèmes énormes, et de petits problèmes irritants. On voudrait tous se débarrasser des gros problèmes énormes. La guerre, c'est mal. Le racisme, c'est pas bien. Les femmes battues, c'est scandaleux. Le viol, ça devrait pas exister. La pollution, ça m'inquiète.
Et on (il s'agit ici d'un "on" de généralisation, parce que nous sommes tous concernés sur l'un ou l'autre de ces sujets) ne bouge pas le petit doigt. La guerre ? Je ne peux rien faire pour l'arrêter. La pollution ? Tu crois peut-être que c'est en triant tes poubelles que tu vas sauver la planète ? T'as vu comment elles polluent les grosses entreprises ? Le racisme ? J'suis pas racistes, mais je raconte des blagues sur des noirs paresseux et/ou avec une grosse bite, des blondes idiotes, des juifs cupides et des arabes voleurs. Mais c'est de l'humour, en vrai, j'ai même un pote voleu... euh arabe, pardon. Violer une femme, ouhlala, je comprends même pas qu'une telle chose soit possible, moi qui les respecte tant. Enfin, je respecte les femmes, pas les salopes qui s'habillent comme ceci ou comme cela...
Vous voyez le topo ou je continue ?
Pour simplifier, on se place soit dans la position de l'irréprochable, soit dans celle de l'impuissant. C'est pas ma faute / Je ne peux rien faire.
Il y a des gros problèmes énormes, et de petits problèmes irritants. On ne peut pas, tout seul, s'attaquer aux gros problèmes énormes. C'est vrai. Mais les gros problèmes énormes et les petits problèmes irritants, écoutez bien c'est un secret, ils sont liés. Ce sont les petits problèmes irritants qui irriguent les gros problèmes énormes. Les cases madame/mademoiselle, les cuisines pour les filles et le foot pour les garçons, les clichés sur les garçons forts et les filles sensibles, les expressions sur le rôle des couilles dans le courage... tout ça, comme Jaddo l'a très bien dit, vient nourrir les gros problèmes énormes. A force
de faire rentrer les choses dans les têtes "par syllabes, par lettres, par atomes [...] en intraveineuse au goutte-à-goutte", on arrive imperceptiblement au fait que les femmes soient moins bien payées que les hommes. Entre autres choses. Personne ne l'a explicitement décidées, aucune loi n'a été votée disant "les gonzesses ça vaut pas tripettes, on va les payer moins et avec un peu de chance elles resteront à la maison, non mais". Non. Ça s'est fait tout seul. C'est le produit de siècles de préjugés.
Et ça tombera tout seul également. Quand on aura asséché tous les petits problèmes irritant. Vous comprenez maintenant pourquoi c'est important ? On ne peut pas faire une loi disant il faut arrêter le sexisme, le racisme, de payer les femmes moins que les hommes et de vendre des jouets roses aux filles". Déjà parce que des lois pour ça, il y en a déjà beaucoup ; et parce que ça ne marche pas. On ne peut pas interdire l'inconscient collectif. On décrète pas les idées. Elles viennent un peu par l'éducation et beaucoup par capillarité. Par immersion dans un univers qui fait que les femmes sont réellement égales aux hommes, les arabes et les noirs aux blancs etc. Et cela on l'obtient par des petites choses de tous les jours.
Je viens de l'imprimer pour lire tranquilou.
Merci Kevin d'avoir ressortit ce lien.
Tommy, Alda et Kevin, que je soupçonne d'utiliser 350Kg de Kleenex par personne et par an, apprécieront. Oui, à cause de leur dépression. Personellement, j'en suis à 15 anxyolitiques par jour, et ça ne me suffit plus, je vais me faire prescrire des anti-dépresseur, avant de faire ma 14ème tentative de suicide de la semaine.
Ben oui : on essaie de prendre la défense des opprimé-es, DONC on ne peut plus rigoler de rien, DONC c'est forcément qu'on est un peu déprimés, voire dépressifs, ou carrément masos, ou peut-être bien un peu cons.
Ou alors c'est qu'il y a autre chose ? ...allez, courage, la route n'est pas facile mais tu peux le faire, padawan.
Énorme +1.
Pour tenter de répondre -peut-être un peu maladroitement- à GamerZone, je donnerais juste un exemple me concernant. Il y a quelques années, je trouvais très drôles les blagues sur les blondes. J'en connaissais des tas, et on s'en racontait entre collègues. Puis j'ai compris que ce n'étaient pas des blagues sur les blondes, c'étaient des blagues sur les femmes. Et même si des collègues femmes en riaient, je participais malgré tout à propager des préjugés tels que :
Et tout ça bien sûr en me considérant comme le plus drôle ET le moins sexiste des hommes ; ni raciste, ni homophobe, etc. car on peut décliner le principe à toutes les oppressions.
Et puis un jour -ça peut être plus ou moins long- tu comprends. Tu réalises qu'une blague sur une blonde qui fait 30 fois le tour du rond-point après avoir vu le panneau "30" contribue à propager l'idée que les femmes sont globalement moins bonnes conductrices que les hommes, que globalement, la bagnole est plutôt une affaire de mecs. Et pourtant, tu sais pertinemment que les femmes ont moins d'accidents graves que les hommes. Mais c'est pas grave, à l'époque tu trouvais ça"drôle". Tu sais bien que ce n'est pas vrai, mais c'est "drôle".
Ce n'est pas le fait de rire qui doit être remis en cause, c'est la façon de rire. La blague sur la personne qui fait 30 fois le tour du rond-point est très drôle en elle-même, mais ça apporte quoi de mettre en scène une femme, si ce n'est dans un objectif (collectif, inconscient et intégré par tous) de dévaloriser "la femme qui conduit" ? Tu peux raconter la même blague avec un homme, en se mettant en scène soi-même façon stand-up ou en posant la question de façon faussement ingénue : "à quoi ça sert le panneau 30 ? est-ce que ça veut dire qu'il faut faire 30 fois le tour ?"
Les mots sont une arme. L'humour est un fusil de sniper.
"On croit qu’elle est consentante mais elle ne l’est pas. Fifty Shades of Grey, c’est comme la société. Celle dans laquelle on remet toujours en question la parole de la personne soumise, dominée, violée. [...]Fifty Shades of Grey ne fait pas que dépeindre une relation abusive, il installe un tel flou qu’il perpétue la culture du viol."
Euh... Timo ?
T'as RIEN compris.
EDIT merci à... euh... "Mes liens" pour ce shaare http://fspot.org/lnk/?HePrcA qui dit exactement ce que je pense, sans avoir eu le courage de l'écrire.
"Il ne s'agit pas de dire que tous les jeunes oppressent activement leurs aînés, ou que les hétérosexuels oppressent activement les homosexuels. Il s'agit de constater que notre société dans son ensemble favorise certains traits, et que ne pas en être doté est donc défavorisant.
En tant que privilégiés, on n'a rien de particulier à faire pour bénéficier positivement de tout ça. Il suffit de "faire comme on a toujours fait", de suivre les chemins tracés. En tant que défavorisé, on est en revanche forcés de mener une lutte active et difficile (d'autant plus qu'on nous met des bâtons dans les roues). D'où les mots "oppression" et "résistance" qui peuvent paraître forts quand on est dans la partie supérieure du graphique, mais qui traduisent un vécu bien concret pour d'autres."
Je cite Alda : "Une liste non exhaustive mais assez complète d'oppressions mises face à leur privilège opposé.
Notez comme il est possible d'être un homme blanc hétérosexuel pauvre et donc être oppressé par la bourgeoisie tout en oppressant les femmes // racisé⋅e // homo⋅bisexuel⋅les"
http://tools.aldarone.fr/share/?1NETWg
Ce que ne dit pas notre bovin préféré, c'est qu'il s'en est pris plein la tronche pour une question de principes (je peux me permettre de dire ça, je n'ai pas participé à la curée). Je comprends parfaitement les positions des seenthisiens, je comprends parfaitement également son attitude (ne pas retirer l'image sinon on s'en sort plus, mais ne pas le refaire) ; au-delà de ça, les uns et les autres peuvent lire ce fil de discussion très intéressant où il est question de sexisme, des rapports hommes-femmes et d'humour dominant. Rien n'est simple, et les choses les plus évidentes peuvent être remises en cause...
http://seenthis.net/messages/187529
Pour prolonger le débat, un billet à lire, qui répond aux principaux "arguments" anti-féministes : http://soupe-a-l-herbe.blogspot.fr/2013/07/troller-les-trolls.html