Attention, je vais saloper vos souvenirs d'enfance.
La petite maison dans la prairie, c'est politique.
Déjà parce que les romans co-écrits par Laura Ingalls et sa fille ont des biais racistes (envers les noirs mais surtout le peuple osage), que ladite fille est une pionnière du libertarianisme, et qu'elle a pas mal guidée la main de sa mère dans ce sens :
Mais Rose n’a pas seulement apporté au duo mère-fille son réseau littéraire et son expérience du monde de l’édition : elle y a aussi apporté ses convictions politiques.
Rose fut l’une des figures de proue des débuts du mouvement libertarien aux États-Unis. Avec Ayn Rand et Isabel Paterson, elle fut qualifiée par William F. Buckley de l’une des « trois furies » du libertarianisme. Sous son influence, les souvenirs d’enfance de Laura furent remodelés en récits exaltant la résilience, l’ingéniosité et l’autonomie américaines, en accord avec ses propres convictions politiques.
Le résultat a consacré une vision de la Frontière – et, par extension, de l’Amérique – comme un espace de liberté exceptionnelle… mais réservée aux colons blancs. Les critiques suscitées par la représentation des personnages autochtones et noirs dans l’œuvre de Wilder n’ont cessé de s’intensifier au fil des décennies. En 2018, cette contestation a conduit l’American Library Association à retirer le nom de Laura Ingalls Wilder de son prestigieux prix de littérature jeunesse.
Ensuite parce que les Ingalls, ben, c'étaient des colons qui ont participé comme les autres à l’accaparement es terres des peuples autochtones et à leur déplacement forcés.
Si la série de Michael Landon s'éloigne quand même pas mal des préjugés racistes de la vraie famille Ingalls, je ne me souviens pas (mais je suis un vieux monsieur qui perd la mémoire) d'y avoir vu beaucoup de natifs américains... Cela dit, comme dit dans l'article, la série des 70's était "ce qui se faisait de plus woke pour l'époque" (ce qui est vrai : place accordé aux femmes, aux violences sexuelles... ouais, on maté des trucs durs quand on étaient gosses).
Et, scandale ! La nouvelle PMDLP qui sort sur Netflix promeut des personnages noirs et des osages... mais tout ça dans un décor "instagrammable" mettant en valeur les grands espaces américains.
Rares sont les œuvres qui incarnent à ce point le récit national américain. Pour le meilleur comme pour le pire, la Petite Maison dans la prairie raconte l’histoire de l’Amérique.
Au chapitre culture, voici une longue enquête sur Emma Becker [à qui Libération a récemment commandé un portrait pour une série d’été, ndlr], jeune écrivaine française, révélée par la Maison (Flammarion, 2019), le récit autobiographique de ses deux ans de séjour dans un bordel de Berlin, et qui a ensuite persévéré dans la veine du dévoilement de la sexualité familiale. Le Monde a eu la bonne idée d’interroger son entourage sur sa réception de ces confidences. Bonne nouvelle pour l’autrice : globalement, l’entourage n’y trouve rien à redire, du moment que les livres soient bons. Un modèle d’entourage pour écrivaine d’autofiction. Et c’est seulement incidemment, que l’on apprend que Becker fraie désormais avec l’extrême droite (invitation à Radio courtoisie, colloque sur le féminisme avec le gratin de la droite radicale, participation au «jury littéraire» du magazine l’Incorrect). Comme si ce n’était pas l’information essentielle de l’article.
Je pose ça là.
On nous donne à bouffer l'extrême-droite à la petite cuillère, j'en peux plus.
Tu peux plus lire un livre, regarder un truc à la télé (c'est rhétorique, je ne regarde pas la télé ; disons : la radio) sans te retrouver potentiellement dans la situation d'apporter ton accord tacite à une personne d'extrême-droite, ou à l'un de ses soutiens, ce qui est pour moi exactement la même chose.
Allez, je mets en ligne mon article un peu trop long sur The Expanse, sinon je le ferai jamais.
Un essai, De grandes dents, dans lequel elle effectue une relecture du Petit Chaperon rouge à dessiller des paupières cousues au fil de fer : le loup déguisé en mère-grand est un mirage et l’âpre voix qui intime à l’enfant de la rejoindre dans le lit est bien celle de l’aïeule, nouvelle preuve que le danger rôde avant tout à l’intérieur des chaumières familiales.
Oui, alors, euh, comment dire ? C'est exactement ce que le conte raconte. Voir ici et là.
Pour en revenir à Lucile Novat, la portraiturée de l'article, on sent que c'est un truc qui la travaille depuis longtemps :
Elle sonde les monstres dans l’œuvre de Hugo ou les enfants chez Perec et «l’étoile» Duras, «ce qui pose déjà des trucs». Novat a toujours aimé les univers à la fois croque-mitaine et «Polly Pocket» des contes de Perrault, de Grimm ou d’Andersen.
Et, comme il fallait s'y attendre :
Elle jette simplement : «La grand-mère du Petit Chaperon rouge, c’était mon grand-père.» Et la victime, sa mère.
Elle me parait infiniment sympathique cette nana :
En 2017, Novat devient professeure de français, prend très tôt le chemin du 93, un choix, «militant», qui n’a rien «d’héroïque». «Je ne sais pas comment le dire sans être un peu bateau, mais c’est de ces enfants-là dont je veux être l’alliée. Je suis atterrée, enragée par la vie qu’on leur fait. On est dans un pays où, quand un policier tue un adolescent de 17 ans, la cagnotte de soutien à sa femme récolte 1,6 million d’euros.» Comme le rappelle son frangin : «Lucile préfère être du côté des oppressés que des harceleurs.» La militante Sud Education, qui vote à gauche, porte une demi-pastèque en collier, les couleurs de la Palestine. Le premier cours de sa vie d’enseignante a porté sur un poème de Darwich, le Dernier Discours de l’homme rouge.
Novat adore les films d’épouvante, a l’impression de ressortir «très courageuse» d’une séance de frissons avec pouls qui tambourine. Elle mentionne le classique Suspiria de Dario Argento ou le récent Backrooms de Kane Parsons, mais le flip qui semble hanter la prof est une scène authentique. Aucun fantôme, esprit, truc bizarre, mais des dizaines de lycéens agenouillés, les mains collées à la nuque ou dans le dos, face au béton nu d’un mur ; une scène survenue à Mantes-la-Jolie en 2018. Dans une vidéo, on entend l’un des policiers (relaxés en 2025) se gargariser : «Voilà une classe qui se tient sage.»
Je viens de tomber là dessus, et je trouve ça chouette : Margaux Motin a illustré Jane Austen (Orgueil et préjugés dans l'image que j'ai choisie) ; le décalage ironique entre le texte et l'illustration est délicieux, n'est-il pas ?
Allez, un avis rapide (comme une fusée... c'est bon, vous l'avez ?) sur Projet dernière chance, d'Andy Weir (le gars qui avait déjà fait Seul sur Mars ; alors je ne dis pas que tous ses livres deviennent des films, mais ça fait quand même deux sur trois)
Auto-promo n°2 : Rebecca, LE chef-d'oeuvre de Du Maurier. Et pour le coup, ce n'est pas usurpé.
Auto-promo : ma critique de l'auberge de la Jamaïque de Daphne Du Maurier. Bien, un jeu sympa avec le fantastique, mais ce ne sera pas mon préféré.
Je suis persuadée que des personnages de fiction peuvent avoir plus de poids dans nos vies que des gens qu’on fréquente de façon très superficielle pendant des années. Les personnages de fiction peuvent nous accompagner avec une intimité extraordinaire.
Waouh. Waouh. Waouh. J'ai très très envie de lire ce livre - et je vais le lire, mais je viens de débuter The Expanse, ça va prendre quelques jours ^^
J'adore la façon dont elle parle de la littérature, des écrivains et des lecteurs, je ne vous fais pas le coup du recopiage, allez l'interview.
Retenez juste qu'elle dit -et c'est assez bouleversant de se rendre compte qu'elle a raison- que la mort de Milady est un féminicide, c'est une femme accusée de tous les maux assassinée par un groupe d'hommes sûrs de leur bon droit. C'est juste horrible quand on prend le temps d'y repenser. Pour autant, elle adore Dumas et ne veut pas que ce livre soit son procès, faisant remarquer que lui et ses personnages avaient fait évoluer leur point de vue en vieillissant.
En quoi la vengeance est-elle perçue différemment quand elle est entreprise par Milady plutôt que par les personnages masculins ?
Cet aspect m’a beaucoup intéressée.
Les Trois Mousquetaires paraissent quelques mois avant Le Comte de Monte-Cristo. Quand c’est Edmond Dantès qui cherche vengeance, on est tous avec lui et on trouve cela absolument noble et légitime.Et quand c’est Milady ?
Lorsque c’est elle qui cherche vengeance, elle est affublée de tous les maux dont on accuse ce genre de femme.
C’est intéressant quand même.
La bande-annonce a l'air sympa, et semble donner une bonne idée du genre du film ; du coup, je vais me dépêcher de lire le livre des fois que... En même temps c'est con, ça m'a complètement spoilé le bouquin !
Allez, retour aux affaires avec une bonne grosse biographie de Romain Gary.
En vieillissant, on devient aigri. La preuve : pour mon premier article post-20ème anniversaire, j'écris des méchancetés sur un livre qui ne m'a rien fait de mal, à part perdre 1 ou 2 heures. Appelez moi Sammy Danielle.
Titres des séries à lire dans cet ordre :
1) L’Assassin royal – cycle 1 (tomes 1 à 6)
2) Les Aventuriers de la mer
3) L’assassin royal – cycle 2 (tomes 7 à 13)
4) Les Cités des Anciens
5) Le Fou et l’assassin
Quoâ ? L'assassin royalet Les aventuriers de la mer font partie du même univers et on m'avait rien dit ?!?
Nouvelle voiture-balai des lectures de 2025. Au menu : des histoires de femmes, écrites par des femmes.
L'écriture et l'édition ont beaucoup changé depuis Proust. Pour avoir produit une oeuvre aussi importante que La Recherche, il a fallu qu'il écrive vraiment tout le temps... Et il n'a jamais complètement terminé son travail ! Qui sait ce qu'il aurait été capable d'accomplir s'il avait eu un ordinateur...
Je me suis souvent posé la question.
Proust est né un siècle trop tôt.
Mort à l’âge de 70 ans, le grand écrivain de science-fiction français et auteur d’une cinquantaine de titres aura marqué les imaginaires pendant plus de trente ans.
Oh, Pierre Bordage est mort.
Chien 51, comme toutes les dystopie, est un miroir grossissant tendu sur notre monde au bord de l'abîme. Et ça fait peur. Très chouette roman, mais qui ne vous donnera pas le sourire.
Pour la troisième année consécutive, voici ce qui est désormais mon traditionnel article sur la braderie du Secours pop. Comme j'ai bien l'intention de lire tous mes livres avant de mourir, je viens d'allonger mon espérance de vie de 4 ou 5 ans.
Un article pour parler d'Emily St. John Mandel, parce que j'aime beaucoup Emily St. John Mandel. Plus précisément : ses trois premiers romans, Dernière nuit à Montréal, On ne joue pas avec la mort et Les variations Sebastian, que je n'avais pas encore lus.
Un site qui, comme son nom l'indique, recense les suites, plagiats, pastiches, hommages et bandes dessinées inspirées de l’œuvre d'Alexandre Dumas (père).
C'est moche, mais hyper-complet.