Très explicitement, les autorités allemandes disent qu’on ne combat pas la violence par la violence, quand bien même on l'appellerait "légitime". En Allemagne, le flashball et autres armes non-létales du même type sont ainsi strictement prohibées, car jugées trop dangereuses. Les grenades aussi. Cette doctrine en vigueur porte un nom : la “désescalade”. Elle n’est pas particulièrement le fruit d’une conviction anti-policière mais elle est basée sur l’idée d’une dissuasion préventive - empêcher les troubles de se former. Qui implique souvent des déploiements considérables en nombre de policiers, ou encore des fouilles conséquentes, ou encore un service de renseignement acéré. Le sociologue Fabien Jobard, qui travaille de longue date sur la police et a enquêté dans les deux pays, l'explicite notamment par deux doxas du maintien de l'ordre :
"Pour les policiers français, la foule est une et indivisible, elle a des pulsions animales et n’obéit qu’à son meneur ; c’est ce que l’on enseigne en école de police, poursuit le chercheur. Les Allemands, eux, considèrent que la foule est composée d’individus et que tous les individus sont accessibles à la raison. On essaie donc de se centrer sur les petits foyers qui sont susceptibles de faire basculer les manifestations."
Ah, heureusement que les CRS et les gendarmes sont là pour nous protéger de toute cette violence.
Même si ça nous coûte un œil.
Ou la moitié du visage.
Ou une main.
Ou les couilles.
Ou la vie.
Attention, le lien contient des photos de blessures.
Depuis plusieurs jours des politiques et médias tournent en boucle sur la "violence". Pourtant on n'en parle que dans un sens. Beaucoup (trop) minimisent et ne réalisent pas la violence et les séquelles irréversibles que provoquent un tir de flash-ball au visage.
L’État et les médias dominants se cachent un peu trop facilement derrière la fable des armes "non létales", alors que ce qu'il fallait retenir, c'est "armes" et "dégâts irréversibles".
Et c'est même de pire en pire :
Le gouvernement est complice puisque les CRS auraient reçu la consigne de procéder à des tirs tendus de lacrymogène à hauteur d'homme. Il va falloir dire les choses clairement: quand on vise la tête de civils, qui plus est mineurs, il y'a volonté de tuer et non de disperser.
Juste un rappel hein...
L’homme peut s’estimer heureux, il aurait reçu la balle en caoutchouc quelques centimètres plus haut, le résultat aurait pu être beaucoup plus funeste. Ces images montrent la réalité de la violence d’Etat. La répression ce n’est pas que contre les casseurs comme l’explique la police à longueur d’antenne sur les chaînes d’info mais ce sont l’ensemble des manifestants qui reçoivent balles de flashball, gaz, grenades et coups de matraque. La répression ne fait pas de distinction.
Dans la foulée, le fait que les journalistes soient ciblés par un tir de grenade de désencerclement n’est pas anodin. Les forces de répression nourrissent une haine contre ces journalistes de terrain qui prennent en vidéo ou en photo la véritable image de la répression policière. Plus tôt dans la journée, deux photoreporters du Parisien ont été blessés par des tirs de flash-ball à bout portant. L’un d’eux a reçu une balle en caoutchouc dans la nuque et a été évacué par les pompiers.
EDIT du 14/12 : https://twitter.com/EnvoyeSpecial/status/1073322969911439366
"C’est une faute à partir du moment où il n’y a pas de menace avérée sur les forces de l’ordre, on n’a pas la nécessité d’employer le lanceur de balle de défense" selon le colonel Stéphane Bras (Centre d’entraînement des forces de Gendarmerie).
C'était la première manifestation d'Antonin. Elle s'est achevée par une double fracture de la mandibule, ce samedi 9 décembre 2018, dans les rues de Dijon. Il aurait été touché par une balle de défense tirée par les forces de l'ordre.
L'adolescent, âgé de 15 ans, avait décidé de de se joindre au cortège des gilets jaunes avec deux amis, par curiosité, alors que leurs parents leur avaient interdit de s'y rendre. Lorsque les manifestants se sont mis à courir vers 16 heures, pris de panique, le trio de copains s'est trouvé séparé. C'est en essayant de rejoindre l'un de ses amis esseulé qu'Antonin aurait reçu un projectile dans la mâchoire.
La mère d'Antonin a porté plainte, ce mardi 11 décembre 20018, pour la prise en charge des frais médicaux. Une enquête judiciaire va être ouverte. "Je ne blâme pas les forces de l'ordre. Je voudrais essayer calmer tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Mon fils n'avait rien à faire là, je lui avais dit de ne pas aller à cette manifestation. Si je témoigne aujourd'hui, c'est pour mettre en garde les autres adolescents sur la dangerosité. Ce sont des manifestations d'adultes. Ce n'est pas la place des adolescents", précise Stéphanie Hosdez, la mère d'Antonin.
Je comprends la colère de cette maman, mais je tique lorsqu'elle dit "Ce sont des manifestations d'adultes". A partir de quel âge a t-on le droit de se faire légalement mutiler par les forces de l'ordre d'après elle ?
Et encore, je ne passe pas mon temps à toutes les relever. Mais celles-ci méritent la grosse honte.
Raphaël Enthoven :
J'appelle connard celui qui s'agenouille sans qu'on l'y contraigne. Et qui prend ça pour de la subversion, alors qu'il offre l'image d'une servitude volontaire.
https://twitter.com/Enthoven_R/status/1072513100820217857Honteuse comparaison des lycéens élevés en République, qui s'agenouillent aux cris de "tout le monde déteste la police", et des militants noirs, élevés sous la ségrégation, qui mettent symboliquement un genou à terre pour l'égalité des droits. N'est pas victime qui veut.
https://twitter.com/Enthoven_R/status/1072744744621498368
Philippe Bilger :
Le terrorisme est revenu à Strasbourg. Les Gj seraient irresponsables en ne s’apaisant pas et en maintenant leur projet de 5 ème manifestation pour samedi prochain. La France ne pourrait pas assumer efficacement 1 double front dont l’un est gravissime et l’autre a été entendu.
https://twitter.com/BilgerPhilippe/status/1072610428474277890
Maxime Nicolle :
N.B. : Maxime Nicolle est un "leader" autoproclamé des gilets jaunes, qui a connu son heure de gloire la semaine dernière en faisant enfler une rumeur selon laquelle il était en contact avec un mystérieux "Monsieur X", détenteur de secrets capables de "faire plier le gouvernement" et susceptibles de "déclencher la 3ème guerre mondiale" => un lien vers l'hallucinante "conférence de presse"
Dites-vous bien que le mec qui veut faire un attentat vraiment, il attend pas qu'il y ait 3 personnes dans la rue le soir à 20h00"...
https://twitter.com/conspiration/status/1072618237505007618
Des flics en train de tirer des balles de caoutchouc
"- Ouais ! Dans ta gueule !"
"- Bouyaka ! Bouyaka !"
"- Fils de pute !"
"- A voté !"
https://twitter.com/Nantes_Revoltee/status/1072616260523970560
Vu sur Twitter à l'instant :
des ados à genoux, tête baissée, encadrés par des CRS en arme, devant un tableau noir où est écrit : "Leçon N° 1 : démocratie"

via Laurence de Cock https://twitter.com/laurencedecock1/status/1072528940055576577
via Perseus sur Mastodon :
Ce qu'est l'impunité policière :
La police tire une grenade et éborgne une passante en 2007: 11 ans plus tard, la justice rend son verdict.
Un commissaire a été condamné à 5 mois de prison avec sursis et un policier à 3 mois avec sursis. Cette décision ne sera pas inscrite à leurs casiers judiciaires. Alors étudiante en médecine, la victime a dû subir une dizaine d'opérations, a perdu un œil, l'odorat et le goût.
Les premières images vidéo viennent d'un policier qui a filmé la scène avec comme commentaire « en voila une classe bien sage ». ll l'a fait supprimer ensuite, apparemment sur ordre de la préfecture, mais les réseaux sociaux avaient déjà capté le film qui témoigne d'une véritable volonté d'humilier et d'un sentiment d'impunité incompatibles avec la simple gestion d'un regroupement violent.
Les jeunes ont dû rester deux heures dans la position où on les voit.
Des jeunes se sont pris des tirs de flash ball.
De nombreux jeunes arrêtés juste devant la grille du lycée n'étaient que de simples badauds qui n'avaient pas participé au cortège sauvage. L'information est confirmée par des profs qui étaient à la grille et leur demandaient, trop tard, de rentrer.
Des jeunes ont vu leur garde à vue prolongée au motif qu'il fallait voir toutes les vidéos avant de les libérer. On a donc franchi les 36 heures de GAV.
Sur les 50 arrêté-es, la police a trié ceux qui avaient des objets suspects dans leur sac et d'autres non, mais ont arrêté tout le monde. Ils ont libéré d'abord les jeunes filles, les plus jeunes après vérification d'identité. Le reste a été en GAV avec libération de certain-es selon des critères qui sont obscurs.
Certains arrêtés sont dans de lointains commissariats : Trappes, Plaisir. Certains parents n'ont pas de véhicule pour aller les chercher.
- Tous les jeunes et les parents avec qui j'ai discuté m'ont indiqué venir à Paris demain samedi pour la manif des gilets jaunes, ce qu'ils n'auraient pas fait sans cette arrestation
via Tommy et LLM
J'dis ça, j'dis rien, mais cette phrase, ça me fait penser à "Qu'ils mangent de la brioche". Et on sait comment ça a fini.
L'honneur est sauf : les flics belges ne sont pas beaucoup plus futés que leurs collègues français.
On y voit le patron de la police de La Courneuve, de Dugny et du Bourget débouler en direction du patron du restaurant. Tandis que ses hommes plaquent des consommateurs au mur, un policier prend place sur la terrasse, ainsi que le restaurateur. Selon la plainte de ce dernier, le commissaire de police aurait reproché à son hôte de l'avoir insulté dans son dos. Pour se faire pardonner, il doit lui embrasser les pieds. Sur la vidéo, on distingue en effet le jeune homme en train de se prosterner. À côté de lui, un policier monte la garde, arme à la ceinture bien visible.
via LLM
La barbarie que nos livres sont censés combattre est là, devant nos yeux. Nous, auteurs et autrices, avons beau jeu de clamer sur tous les toits que l’empathie est notre première arme, que nous luttons à travers nos mots contre les inégalités et la violence, quand nous ne sommes pas capables de nous intéresser de près à ce qui constitue aujourd’hui la véritable barbarie – celle qu’on inflige aux plus pauvres, aux moins favorisés, aux moins blancs aussi. Pleurer sur ces bibliothèques qu’on brûle n’arrangera rien, au contraire : on ne fera que passer le message à ces gens déjà en colère qu’une poignée de livres vaudra toujours davantage que leur vie.
Le seul moyen que connaît l’État pour contrôler ces quartiers c’est l’occupation militaire. Une présence omniprésente et de plus en plus grande de policiers, de baqueux, de CRS. Alors fatalement, ce qu’on appelle pudiquement une « bavure » arrive régulièrement. Mais ce terme ne sert qu’à couvrir ce racisme systémique et la répression systématique de la jeunesse des quartiers populaires. Les forces de répression ont le droit de vie ou de mort. Lorsqu’il y a « bavure », il y a rarement procès car la justice s’acharne sur les familles qui osent relever la tête et réclamer la vérité et la justice. La famille Traoré qui est littéralement persécuté par la justice en est malheureusement l’incarnation.
La très forte hausse du recours aux armes à feu s’est ainsi traduite par quelque 394 utilisations, entre 2016 et 2017, selon l’IGPN. Ces tirs ont été essentiellement le fait de l’usage du pistolet dont les policiers sont porteurs en service, et beaucoup dans un cadre très particulier d’intervention, selon Mme Monéger-Guyomarc’h : le refus d’obtempérer des véhicules en mouvement.
[...]
Ce chiffre de 394 n’est en effet pas étranger à une nouvelle loi entrée en vigueur en février 2017. Celle-ci a élargi les règles de la légitime défense notamment dans un but de meilleure prévention du terrorisme.
[...]
il n’y a qu’un seul cas où la nouvelle loi a été utilisée stricto sensu durant l’année écoulée
What else ? Tout est dit.
via Riff et Tommy
"Car les violences policières ne sont pas un dysfonctionnement. « Il ne s’agit pas de bavure ou de dérive, affirme Robin, mais d’un système de domination qui fonctionne grâce aux œillères que la majorité des individus ont du mal à faire tomber et à la censure médiatique qui court du massacre d’octobre 1961 à aujourd’hui en passant par des milliers de crimes policiers impunis. » On tire un fil qui nous mène aux racines du pouvoir et à son autoritarisme.
via Tommy
J'aurais juste une remarque sur un point de détail : la violence étatique ne remonte pas à 1961, même si cette date est évidemment un symbole fort. Mais, au risque de replonger certains dans leurs souvenirs de lycée, juste une phrase :
un Etat est une communauté humaine qui revendique le monopole de l’usage légitime de la force physique sur un territoire donné.
Max Weber, Le savant et le politique, 1919.
C'est pessimiste hein ? Pour Max Weber, l'exercice de la violence (y compris à l'encontre de ses propres citoyens) est constitutive de la définition de l''Etat. A l'aune de cette définition, non, les violences policières ne sont pas un dysfonctionnement. Elles sont, si vous me permettez ce rapprochement intempestif avec une phrase que les développeurs aiment bien,(it's not a bug...) une fonctionnalité.
C’est en visionnant ces images que le parquet de Bobigny – qui avait dans un premier temps placé les policiers en garde à vue pour viol en réunion – avait demandé leur mise en examen pour violences volontaires. Il avait ainsi considéré que le policier auteur du coup n’avait pas eu l’intention de pénétrer l’anus. « Depuis le départ, mon client dit qu’il n’y a pas d’intentionnalité », insiste son avocat, Frédéric Gabet.
Ok. Ben c'est déjà pas reluisant.Il n'y avait pas intentionnalité de perpétrer un viol, admettons. Mais il y avait une intention réelle et absolument indiscutable de blesser : une matraque, ça ne s'utilise pas pour frapper d'estoc, mais de taille (on tape avec le bâton, pas avec la pointe : c'est censé faire mal, mais pas entrer dans les chairs ou défoncer des organes).
Pourquoi est-ce que je vous parle de ça ? Parce que j'ai été il y a quelques jours en formation avec une collègue dont je crois vous avoir déjà parlé, celle dont le mari est flic. J'en viens à ne plus savoir si cette personne, sympathique au demeurant, est intoxiquée par les thèses de son mari (au risque de passer pour un gros sexiste), ou bien si, dès que l'on parle police, violence et immigration, cela lui donne l'occasion d'exposer au grand jour toute la merde qu'elle a dans le cigare.
Bref, je ne sais plus pourquoi on en vient à aborder ce sujet, mais elle m'explique doctement qu'une vidéo démontre que les blessures infligées à Théo sont de son propre fait (moi, goguenard : mais tout à fait, il s'agissait d'une relation sexuelle librement consentie avec une matraque, rien de choquant là dedans) et que de toute façon, il avait été mis en examen pour fraudes. Je viens également de vérifier : si ce n'est lui, c'est donc son frère... (admirez au passage la causalité induite par cette confusion, qu'elle soit volontaire ou pas : c'est un fraudeur, donc il méritait bien de se faire défoncer l'anus par une matraque télescopique).
Tout ceci me laisse songeur.
Bon désolé pour ce pavé, c'est un peu du vrac, du comme ça vient...
Le gouvernement vient d’attribuer un marché de plus de 17 millions d’euros de fourniture de grenades et de fusils de lancement.
Bref, l'interdiction n'est pas à l'autre du jour. Au contraire, faut REN-TA-BI-LI-SER.
Inutile que je vous raconte comment le torchon local a rendu compte de la chose, en quelques lignes stigmatisant la violence des émeutiers ?
Les passages en gras sont de moi.
Hospitalisé à l'hôpital de Beaujon, à Clichy (Hauts-de-Seine), il reste dans le coma pendant plusieurs semaines, lui laissant de lourdes séquelles. Des lésions au crâne, à une vertèbre, et au cerveau ont été diagnostiquées. Il vit désormais dans un fauteuil roulant, avec une incapacité partielle permanente, estimée à 85%.
>Lors de l'enquête, des contradictions apparaissent à propos du déroulé de l'interpellation. Les agents de la Suge avaient affirmé avoir procédé à une interpellation modèle