> « Qui voudra demain être fouillé et palpé pour accéder aux cortèges ? »,« qui prendra le risque d’une garde à vue pour s’être protégé de gaz lacrymogènes avec une écharpe ou des lunettes de piscine » ou de « rembourser collectivement des dégâts causés par d’autres ? » s’interroge le Syndicat de la magistrature, évoquant « de nouveaux reculs massifs pour les droits fondamentaux » : « En fait de “loi anti-casseurs”, il s’agit plutôt d’un projet” anti-manifestants »… Le premier ministre a quelques réflexes, ces propositions ayant été portées par la droite sénatoriale en octobre… « Les Républicains » réclamaient d’interdire de manifestation « toute personne à l’égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public », mais pas ce fichier.
> En attendant ce sombre futur à la Minority Report (1), le présent des manifestants n’est pas tout rose. Depuis le début du mouvement, le 17 novembre, on compte 5 339 gardes à vue sur le territoire national, et 815 comparutions immédiates, pour 152 mandats de dépôt au final, selon un décompte effectué par le Monde. Mais si, en province, les interpellations semblent ciblées (88,3 % donnent lieu à des poursuites judiciaires), à Paris, sans doute parce que les yeux de la nation s’y braquent à chaque mobilisation, la police ratisse plus large : sur les 1 628 gardes à vue, 798 ont été classées sans suite, soit 49 % ! Ce qui accrédite l’idée que l’exécutif veut « faire des exemples ».
[...]
> Pas sûr que le chiffre d’une soixantaine d’enquêtes pour violences menées par l’Inspection générale de la Police nationale depuis novembre 2018 ne grimpe pas…
> D'après le syndicaliste, cette cagoule peut aussi être un moyen de dissuasion. «Plus on fera peur, moins les gens oseront passer à l'acte», abonde une source policière.
Je pose ça là, en passant.
EDIT : Bien sûr, ce n'est qu'un [cas isolé][1]... Bien sûr.
> Le ministère public n'a pas été tendre lors de son réquisitoire : "Votre mission était de tenir le terrain. Vous n'êtes pas auteur d'un acte d'imprudence, ce n'est pas par inattention que vous avez jeté la grenade. Vous avez commis un acte de violence. Vous avez pris le parti de pouvoir porter atteinte à l'intégrité. Ces violences ne sont pas justifiées. C'est un usage délictuel de cette arme. Vous êtes sorti des clous de votre métier".
De biens belles paroles qu'on aimerait lire plus souvent.
> Ils sont cadre, ouvrier ou auto-entrepreneur et ont fait leur première manif avec les gilets jaunes. A cause de la grenade GLI-F4, cela aurait pu être leur dernière. Ils racontent leurs blessures et leur détermination.
> En lisant le reportage que consacre le New York Times aux événements de Tijuana, on comprend que c'est la deuxième fois seulement qu'est utilisé à la frontière ce moyen de maintien de l'ordre, devenu tristement banal en France, mais loin de l'être Amérique du Nord. La dernière fois c'était en novembre quand des milliers de personnes fuyant le Guatemala et le Honduras, avaient, déjà, tenté d'entrer aux Etats-Unis pour y déposer leur demande d'asile. Et déjà cela avait créé un tollé.
> Cette fois, les gardes-frontière expliquent qu'ils ont du faire usage des "gaz chimiques non-létaux" car les migrants leur lançaient des pierres, et avançaient vers les barbelés avec des enfants en bas âge, qu'ils ont voulu "protéger". Mais la pratique en elle-même continue de questionner les médias américains qui, comme CNN en novembre, citent des médecins pour lister les effets, loin d'être négligeables et passagers, que les gaz lacrymogènes ont sur le corps humain... en partie celui des enfants qui hier encore ont été visés.
[...]
> Quant à l'industrie américaine du gaz lacrymogène, elle se porte à merveille, nous apprend l'hebdo The Week. Il consacre une enquête à cette arme chimique, née en France pendant la première guerre mondiale, et adaptée ensuite pour un usage civil en temps de paix. "Il est ridicule de dire que c'est une arme non-létale", insiste dans The Week l'auteure d'un livre sur le sujet : selon elle, "des morts, il y en a, à court ou plus long terme, c'est juste que les gouvernements ne cherchent pas à le savoir".
> Très explicitement, les autorités allemandes disent qu’on ne combat pas la violence par la violence, quand bien même on l'appellerait "légitime". En Allemagne, le flashball et autres armes non-létales du même type sont ainsi strictement prohibées, car jugées trop dangereuses. Les grenades aussi. Cette doctrine en vigueur porte un nom : la “désescalade”. Elle n’est pas particulièrement le fruit d’une conviction anti-policière mais elle est basée sur l’idée d’une dissuasion préventive - empêcher les troubles de se former. Qui implique souvent des déploiements considérables en nombre de policiers, ou encore des fouilles conséquentes, ou encore un service de renseignement acéré. Le sociologue Fabien Jobard, qui travaille de longue date sur la police et a enquêté dans les deux pays, l'explicite notamment par deux doxas du maintien de l'ordre :
> "Pour les policiers français, la foule est une et indivisible, elle a des pulsions animales et n’obéit qu’à son meneur ; c’est ce que l’on enseigne en école de police, poursuit le chercheur. Les Allemands, eux, considèrent que la foule est composée d’individus et que tous les individus sont accessibles à la raison. On essaie donc de se centrer sur les petits foyers qui sont susceptibles de faire basculer les manifestations."
Ah, heureusement que les CRS et les gendarmes sont là pour nous protéger de toute cette violence.
Même si ça nous coûte un œil.
Ou la moitié du visage.
Ou une main.
Ou les couilles.
Ou la vie.
Attention, le lien contient des photos de blessures.
> Depuis plusieurs jours des politiques et médias tournent en boucle sur la "violence". Pourtant on n'en parle que dans un sens. Beaucoup (trop) minimisent et ne réalisent pas la violence et les séquelles irréversibles que provoquent un tir de flash-ball au visage.
L’État et les médias dominants se cachent un peu trop facilement derrière la fable des armes "non létales", alors que ce qu'il fallait retenir, c'est "armes" et "dégâts irréversibles".
Et c'est même de pire en pire :
> Le gouvernement est complice puisque les CRS auraient reçu la consigne de procéder à des tirs tendus de lacrymogène à hauteur d'homme. Il va falloir dire les choses clairement: quand on vise la tête de civils, qui plus est mineurs, il y'a volonté de tuer et non de disperser.
> L’homme peut s’estimer heureux, il aurait reçu la balle en caoutchouc quelques centimètres plus haut, le résultat aurait pu être beaucoup plus funeste. Ces images montrent la réalité de la violence d’Etat. La répression ce n’est pas que contre les casseurs comme l’explique la police à longueur d’antenne sur les chaînes d’info mais ce sont l’ensemble des manifestants qui reçoivent balles de flashball, gaz, grenades et coups de matraque. La répression ne fait pas de distinction.
> Dans la foulée, le fait que les journalistes soient ciblés par un tir de grenade de désencerclement n’est pas anodin. Les forces de répression nourrissent une haine contre ces journalistes de terrain qui prennent en vidéo ou en photo la véritable image de la répression policière. Plus tôt dans la journée, deux photoreporters du Parisien ont été blessés par des tirs de flash-ball à bout portant. L’un d’eux a reçu une balle en caoutchouc dans la nuque et a été évacué par les pompiers.
EDIT du 14/12 : https://twitter.com/EnvoyeSpecial/status/1073322969911439366
> "C’est une faute à partir du moment où il n’y a pas de menace avérée sur les forces de l’ordre, on n’a pas la nécessité d’employer le lanceur de balle de défense" selon le colonel Stéphane Bras (Centre d’entraînement des forces de Gendarmerie).
> C'était la première manifestation d'Antonin. Elle s'est achevée par une double fracture de la mandibule, ce samedi 9 décembre 2018, dans les rues de Dijon. Il aurait été touché par une balle de défense tirée par les forces de l'ordre.
> L'adolescent, âgé de 15 ans, avait décidé de de se joindre au cortège des gilets jaunes avec deux amis, par curiosité, alors que leurs parents leur avaient interdit de s'y rendre. Lorsque les manifestants se sont mis à courir vers 16 heures, pris de panique, le trio de copains s'est trouvé séparé. C'est en essayant de rejoindre l'un de ses amis esseulé qu'Antonin aurait reçu un projectile dans la mâchoire.
> La mère d'Antonin a porté plainte, ce mardi 11 décembre 20018, pour la prise en charge des frais médicaux. Une enquête judiciaire va être ouverte. "Je ne blâme pas les forces de l'ordre. Je voudrais essayer calmer tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Mon fils n'avait rien à faire là, je lui avais dit de ne pas aller à cette manifestation. Si je témoigne aujourd'hui, c'est pour mettre en garde les autres adolescents sur la dangerosité. Ce sont des manifestations d'adultes. Ce n'est pas la place des adolescents", précise Stéphanie Hosdez, la mère d'Antonin.
Je comprends la colère de cette maman, mais je tique lorsqu'elle dit "Ce sont des manifestations d'adultes". A partir de quel âge a t-on le droit de se faire légalement mutiler par les forces de l'ordre d'après elle ?
Et encore, je ne passe pas mon temps à toutes les relever. Mais celles-ci méritent la grosse honte.
**Raphaël Enthoven : **
> J'appelle connard celui qui s'agenouille sans qu'on l'y contraigne. Et qui prend ça pour de la subversion, alors qu'il offre l'image d'une servitude volontaire. https://twitter.com/Enthoven_R/status/1072513100820217857
> Honteuse comparaison des lycéens élevés en République, qui s'agenouillent aux cris de "tout le monde déteste la police", et des militants noirs, élevés sous la ségrégation, qui mettent symboliquement un genou à terre pour l'égalité des droits. N'est pas victime qui veut. https://twitter.com/Enthoven_R/status/1072744744621498368
**Philippe Bilger : **
> Le terrorisme est revenu à Strasbourg. Les Gj seraient irresponsables en ne s’apaisant pas et en maintenant leur projet de 5 ème manifestation pour samedi prochain. La France ne pourrait pas assumer efficacement 1 double front dont l’un est gravissime et l’autre a été entendu. https://twitter.com/BilgerPhilippe/status/1072610428474277890
**Maxime Nicolle :**
N.B. : Maxime Nicolle est un "leader" autoproclamé des gilets jaunes, qui a connu son heure de gloire la semaine dernière en faisant enfler une rumeur selon laquelle il était en contact avec un mystérieux "Monsieur X", détenteur de secrets capables de "faire plier le gouvernement" et susceptibles de "déclencher la 3ème guerre mondiale" => [un lien vers l'hallucinante "conférence de presse"][1]
> Dites-vous bien que le mec qui veut faire un attentat vraiment, il attend pas qu'il y ait 3 personnes dans la rue le soir à 20h00"... https://twitter.com/conspiration/status/1072618237505007618
Vu sur Twitter à l'instant :
des ados à genoux, tête baissée, encadrés par des CRS en arme, devant un tableau noir où est écrit : "Leçon N° 1 : démocratie"
via [Perseus][1] sur Mastodon :
> Ce qu'est l'impunité policière :
> La police tire une grenade et éborgne une passante en 2007: 11 ans plus tard, la justice rend son verdict.
> Un commissaire a été condamné à 5 mois de prison avec sursis et un policier à 3 mois avec sursis. Cette décision ne sera pas inscrite à leurs casiers judiciaires. Alors étudiante en médecine, la victime a dû subir une dizaine d'opérations, a perdu un œil, l'odorat et le goût.
> - Les premières images vidéo viennent d'un policier qui a filmé la scène avec comme commentaire « en voila une classe bien sage ». ll l'a fait supprimer ensuite, apparemment sur ordre de la préfecture, mais les réseaux sociaux avaient déjà capté le film qui témoigne d'une véritable volonté d'humilier et d'un sentiment d'impunité incompatibles avec la simple gestion d'un regroupement violent.
> - Les jeunes ont dû rester deux heures dans la position où on les voit.
> - Des jeunes se sont pris des tirs de flash ball.
> - De nombreux jeunes arrêtés juste devant la grille du lycée n'étaient que de simples badauds qui n'avaient pas participé au cortège sauvage. L'information est confirmée par des profs qui étaient à la grille et leur demandaient, trop tard, de rentrer.
> - Des jeunes ont vu leur garde à vue prolongée au motif qu'il fallait voir toutes les vidéos avant de les libérer. On a donc franchi les 36 heures de GAV.
> - Sur les 50 arrêté-es, la police a trié ceux qui avaient des objets suspects dans leur sac et d'autres non, mais ont arrêté tout le monde. Ils ont libéré d'abord les jeunes filles, les plus jeunes après vérification d'identité. Le reste a été en GAV avec libération de certain-es selon des critères qui sont obscurs.
> - Certains arrêtés sont dans de lointains commissariats : Trappes, Plaisir. Certains parents n'ont pas de véhicule pour aller les chercher.
> - Tous les jeunes et les parents avec qui j'ai discuté m'ont indiqué venir à Paris demain samedi pour la manif des gilets jaunes, ce qu'ils n'auraient pas fait sans cette arrestation
> On y voit le patron de la police de La Courneuve, de Dugny et du Bourget débouler en direction du patron du restaurant. Tandis que ses hommes plaquent des consommateurs au mur, un policier prend place sur la terrasse, ainsi que le restaurateur. Selon la plainte de ce dernier, le commissaire de police aurait reproché à son hôte de l'avoir insulté dans son dos. Pour se faire pardonner, il doit lui embrasser les pieds. Sur la vidéo, on distingue en effet le jeune homme en train de se prosterner. À côté de lui, un policier monte la garde, arme à la ceinture bien visible.
> La barbarie que nos livres sont censés combattre est là, devant nos yeux. Nous, auteurs et autrices, avons beau jeu de clamer sur tous les toits que l’empathie est notre première arme, que nous luttons à travers nos mots contre les inégalités et la violence, quand nous ne sommes pas capables de nous intéresser de près à ce qui constitue aujourd’hui la véritable barbarie – celle qu’on inflige aux plus pauvres, aux moins favorisés, aux moins blancs aussi. Pleurer sur ces bibliothèques qu’on brûle n’arrangera rien, au contraire : on ne fera que passer le message à ces gens déjà en colère qu’une poignée de livres vaudra toujours davantage que leur vie.
> Le seul moyen que connaît l’État pour contrôler ces quartiers c’est l’occupation militaire. Une présence omniprésente et de plus en plus grande de policiers, de baqueux, de CRS. Alors fatalement, ce qu’on appelle pudiquement une « bavure » arrive régulièrement. Mais ce terme ne sert qu’à couvrir ce racisme systémique et la répression systématique de la jeunesse des quartiers populaires. Les forces de répression ont le droit de vie ou de mort. Lorsqu’il y a « bavure », il y a rarement procès car la justice s’acharne sur les familles qui osent relever la tête et réclamer la vérité et la justice. La famille Traoré qui est littéralement persécuté par la justice en est malheureusement l’incarnation.