A la remise du «prix de la laïcité», une journaliste sommée de retirer son voile - Libération
> Qu’est-ce que la laïcité ? On croyait que c’était ce qui garantissait à une femme portant le voile, comme à n’importe qui, le droit de se rendre dans n’importe quel lieu public. Ce n’est pourtant pas ce qu’a entendu la journaliste Suheda Asik, qui travaille pour l’hebdomadaire franco-turc Zaman France, quand elle est venue assister, lundi 26 octobre, à la remise du prix de la laïcité organisée dans un salon de l’Hôtel de ville de Paris. Le Premier ministre, Manuel Valls, et la maire de Paris, Anne Hidalgo, assistaient à cette cérémonie organisée par le Comité Laïcité République (CLR) qui a récompensé Samuel Mayol et Fazil Say, pianiste-compositeur turc – d’où la présence de Zaman France.
> Dans un article publié mardi sur le site de son journal, Suheda Asik raconte comment trois personnes, avant le début de la cérémonie, lui ont demandé, avec insistance, de retirer son voile, justement au nom de la laïcité vantée ce soir-là. Elle écrit ainsi :
> «Arrivée à la salle municipale, un agent d’accueil se dirige vers moi. […] Continuant à marcher à mes côtés, il se rapproche et me demande en "souriant" : "Vous êtes vraiment obligée de garder ça sur votre tête ?" Abasourdie, je pense un instant avoir mal entendu. Je lui demande donc de se répéter. "Non mais vous savez, vous êtes à l’Hôtel de ville ici, il faut respecter. Nous vous avons laissé entrer, vous pourriez l’enlever par égard pour nous, dit-il en désignant mon voile, c’est la moindre des choses".»
> Puis :
> «Un mal ne venant jamais seul, quelques minutes plus tard, je me rends compte que j’ai oublié mon téléphone à la sécurité, ce qui m’oblige à redescendre. A mon retour dans la salle, je me dirige vers ma place quand une femme faisant partie de l’organisation m’arrête. "Bonjour !" me dit-elle en me fusillant du regard, puis sans transition : "Enlevez votre voile !"»
> Cette femme ira ensuite chercher un membre du Comité Laïcité République, qui demandera à la journaliste : «Et vous traitez de la laïcité, vous ?» «A croire que mon voile m’empêche de réfléchir ou de faire mon métier», ironise Suheda Asik.
Et que dit le **Comité Laïcité République**, machin dont je découvre l'existence à l'instant ?
Que les vilains médias ont «transformé un simple et regrettable incident en polémique».
D'autant plus que l'impartialité du Machin n'est pas sujette à caution. Non, pas du tout :
> Au-delà de ce(s) communiqué(s), un petit tour sur le site du CLR donne une idée de sa définition de la laïcité. Ainsi, le voile islamique fait l’objet d’une rubrique à part entière, avec une sélection d’articles de presse très fournie et très peu variée. Y figurent des textes signés Alain Finkielkraut, tout comme les émissions de ce dernier sur France Culture, mais aussi 17 reprises du site de la revue d’Elisabeth Lévy, Causeur. En revanche, la liste ne comprend aucun article du site animé par le collectif Les mots sont importants, qui pointe régulièrement l’utilisation politique du voile comme instrument d’oppression raciste et sexiste.
2016-11-03 - permalink -
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http://www.liberation.fr/france/2015/10/28/a-la-remise-du-prix-de-la-laicite-une-journaliste-sommee-de-retirer-son-voile_1409488