> EXCLUSIF. Pourquoi nous renonçons à défendre Salah Abdeslam
> Vous pensez que sa radicalisation récente est en grande partie liée à ses conditions de détention ?
> Frank Berton – J'en suis convaincu. Ecoutez… Salah Abdeslam n'a jamais été l'organisateur des attentats de Paris. Mais le pouvoir politique a choisi de répondre à une attente populiste en le traitant comme tel, en l'épiant comme un rat dans sa cage. Je vous le dis, la prison est en train de transformer Salah Abdeslam en bête sauvage. Sa fenêtre est obstruée par un plexiglass, il n'a pas accès à l'air. Il voit sa famille derrière une vitre, il n'a plus le moindre contact physique avec quiconque, hormis les fouilles au corps. C'est dégradant. En 25 ans de carrière, je n'ai jamais vu ça. Et pourtant, ça se passe en France, à Fleury-Mérogis. Il n'y a pas de parole sans humanité. Salah Abdeslam ne s'appartient plus. Il ne lui reste plus que son silence. Et, comme il le dit, je le crains, la protection de dieu. Moi, j'aurais rêvé d'autre chose.
> Sven Mary – A l'inverse de Frank, je n'ai pas un sentiment d'échec aujourd'hui, compte-tenu de la puissance à laquelle nous avons dû faire face. Ses conditions de détention relèvent de la torture psychologique. Mais les gens s'en moquent. Qu'on le pende haut et court, est-ce ce qu'ils souhaitent ? En tout cas, c'est triste pour l'Etat de droit.
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> Vous avez le sentiment que les intérêts politiques ne servent pas la recherche de vérité dans la procédure qui vise Salah Abdeslam ?
> Frank Berton – En effet. Je pense même qu'ils sont entrés en contradiction. Les postures politiques ont à mon sens desservi le combat judiciaire. Salah Abdeslam est devenu le symbole de la lutte anti-terroriste, enjeu présidentiel majeur. Depuis sept mois, six magistrats tentent de travailler avec intelligence pour donner un sens à l'instruction qu'ils mènent, en obtenant des réponses aux questions qui demeurent. Toutes les mesures prises pour faire du bruit ne facilitent pas leur tâche. La loi sur-mesure qui autorise sur ce seul détenu la vidéo-surveillance, y compris la nuit avec caméras infra-rouge, n'était pas une nécessité.
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> N'importe quel individu, tout terroriste soit-il, a droit à une défense dans ce pays. C'est toute la noblesse de mon métier.
> cf
http://www.mypersonnaldata.eu/shaarli/?f5miJw et la discussion qui s'en suit