J'aime pas trop tous les trucs du genre conseils de gourous, coaches et autres, mais là, il y a un truc à creuser :
Intensity:
-run a marathon
-write a book in 30 days
-silent meditation retreatConsistency:
-don't miss a workout for 2 years
-write every week
-daily silenceIntensity makes a good story. Consistency makes progress.
Dans la droite ligne de cette idée, j'ai appris l'autre jour, dans le podcast "La compagnie des auteurs" consacré à Jack London, qu'il considérait qu'écrivain était un métier (et, à tout prendre, quand même plus sympa que celui consistant à mettre du charbon à la pelle dans une locomotive), et que le travail de l'écrivain, c'est d'écrire. Aussi s'astreignait-il à produire 2000 signes par jours. Tous. Les. Jours.
En ne perdant pas de vue que ce type est mort à 40 ans, après une vie d'abus, de voyages, d'expériences parfois difficiles (né dans la misère, il a participé à la ruée vers l'or au Klondike, a connu tous les jobs, y compris les plus difficiles), visez un peu tout ce qu'il a écrit dans sa vie : plus de 50 livres en même pas 15 ans.
Il faut s’arrêter un moment sur son essai de 1992, Playing in the Dark, tiré de ses conférences à Harvard, où l’on retrouve la radicalité de ses analyses et de ses observations : « Je parle de la construction de la blancheur en littérature. Comment la littérature devient “nationale”, comment Melville ou Twain avaient l’idée du Blanc qu’ils étaient en imaginant le Noir : son langage, étrange, différent, presque étranger ; la façon d’associer les Noirs avec certains traits : la violence, la sexualité, la colère ou bien, si c’est un bon Noir, la servilité, l’amour. Ce qui n’a rien à voir avec la réalité, mais qui est la façon dont les Blancs imaginent les Noirs. Par exemple, je l’étudie dans Benito Cereno, de Melville, où le Blanc ne peut pas imaginer que le Noir puisse faire quelque chose d’intelligent. Chez Hemingway (dans En avoir ou pas, Le Jardin d’Eden), Saul Bellow, Flannery O’Connor, Willa Cather, Carson McCullers, Faulkner… ils contemplent des corps noirs afin de réfléchir sur eux-mêmes, sur leur propre moralité, leur propre violence, leur propre capacité d’aimer, d’avoir peur, etc. »
[...]
On l’accusait notamment de « ne pas respecter ce qui fonde tout roman véritable, l’unicité de la voix narrative ». « Sans parler de ceux qui me collent l’étiquette “réalisme magique”, évoquant une proximité avec Garcia Marquez, qui n’a aucun sens. “Réalisme magique”, c’est ce qu’on dit quand on ne sait pas quoi dire, pour “littérature non blanche”. »
[...]
Serai-je autorisée, enfin, à écrire sur des Noirs sans avoir à dire qu’ils sont Noirs, comme les Blancs écrivent sur les Blancs ? Serai-je débarrassée, enfin, de ces comparaisons insensées entre plusieurs livres sans aucun rapport entre eux, sauf d’avoir un auteur noir qu’on rassemble dans une même recension pour conclure : “Celui-ci est le meilleur, parce qu’il propose la vision la plus réaliste des Noirs américains.” Que pensez-vous qu’il arriverait si je proposais à des journaux un article se terminant par : “John Updike est un meilleur écrivain que John Cheever parce qu’il propose une vision plus réaliste des Blancs américains” ?
Comme être insultante en faisant mine de rendre un hommage : leçon 1.
Bel exemple d'un racisme tellement intériorisé que son auteure ne s'en rend même pas compte.
Des idées de lecture !
EDIT : dans la foulée de ce shaare, j'ai lu "Mon chien Stupide" de John Fante. Ce n'est pas à proprement parler hilarant, on est plutôt dans le registre du tragi-comique ; ou comment tu fais à 50 ans le bilan de ta vie, ton mariage, tes enfants... des passages sans doute un peu marqués par les préoccupations d'un WASP de la fin des années 70 (l’obsession pour les femmes noires par exemple).
"On ne choisit pas de raconter des récits cauchemardesques, c'est une obligation, une contrainte. J'ai toujours écrit ce qui me faisait peur, ce que je crains, ce que j'aime le moins."
40 ans après la première publication du Monde selon Garp, John Irving se révolte de ce que rien n'a changé.
"Je sentais que la révolution sexuelle n'était pas allée assez loin. Ce livre est un récit d'assassinat sexuel : une femme qui est une bonne mère, qui ne veut rien avoir à faire avec les hommes est assassinée par un homme qui hait les femmes. Et son fils qui a tous les défauts des hommes dans sa façon de traiter les femmes sera assassiné par une femme qui hait les hommes."
"Je pensais que ce serait un roman marqué par le temps, qui serait daté. Garp était donc aussi un roman comique, c'est un hommage au mouvement des femmes mais aussi une satire comique des extrémistes opposés au mouvement des femmes. Mais aujourd’hui cela ne me semble pas comique du tout. Je ne pensais pas cela persisterait."
J'adore cette histoire, borgesienne à souhait : à la fin du XIXème siècle, un érudit chinois "traduit" à sa façon, des livres en langue étrangère qu'il se fait auparavant lire.
Juste une réflexion qui m'est venue ce matin, au croisement de mes écoutes du podcast "Silence on joue" et de ma lecture du livre "Littérature de la pop culture" :
j'entends de plus en plus que la pression des fans sur les réalisateurs et éditeurs de comics, séries et films (Marvel, Star Wars...) serait de plus en plus important, peut-être trop, favorisé par l'instantanéité et l'effet de masse des rézosocios.
Certes.
Mais la prochaine fois que vous entendrez une remarque de ce type (dont je ne remets pas en cause la pertinence, notez bien), pensez également à ceci : après avoir tué son héros dans "Le dernier problème", en 1893, Conan Doyle a été obligé d'inventer quelques années plus tard une pirouette scénaristique pour ressusciter Sherlock Holmes, sous la pression de sa fan-base...
La future BD préférée de Nicolas Sarkozy.
Je n'ai pas encore eu le temps de vous parler du fantastique podcast La poudre ; en attendant, voici déjà les livres sélectionnés par/pour chaque invitée.
Mon grand, 8 ans moins 2 mois, nous explique hier soir qu'ils ont lu à l'école un résumé de l'histoire de Jules Verne, celle avec un sous-marin, sous la mer quelque chose.
Waouh. J'adore ce genre de trucs.
Permet de voir ce que j'ai déjà lu/vu, et du même coup, les œuvres dans la même veine que je pourrais attaquer ensuite.
Lien direct vers l'image : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e6/Organigramme_simplifi%C3%A9_des_th%C3%A8mes_de_la_Science-fiction.pdf
Ainsi, comme pour ses autres romans, Les Furtifs est un roman “polyphonique”: la narration, à la première personne, est partagée entre les personnages principaux. Pour se repérer, chaque protagoniste dispose d’un “code”. Un point, une parenthèse, un “slash”, un tilde étrange.
Mais Alain Damasio a poussé la question de la ponctuation beaucoup plus loin, fruit d’un long travail. Elle s’adapte au personnage, accentue encore la personnalité des protagonistes, qui se ressent jusque dans leurs champs lexicaux, dans la sonorité des mots employés. Surtout, la ponctuation évolue au fur et à mesure du roman, en fonction des situations. Bref, quand il manque un point sur un i dans ce livre, ça n’est pas une erreur.
Ayant adoré La horde du contrevent grande partie pour ce travail sur la langue, ça me donne envie de le lire.
Le roman de Victor Hugo "Notre-Dame de Paris" était numéro un des ventes mardi sur la plate-forme Amazon au lendemain du terrible incendie qui a partiellement détruit la cathédrale parisienne.
Une mode éditoriale s’installe peu à peu en France : la réédition d’auteurs moins connus pour leurs qualités littéraires que pour leur promotion du nationalisme extrême, de la xénophobie absolue, de l’antisémitisme viscéral. Après l’anthologie de Charles Maurras, parue dans la collection « Bouquins » de Robert Laffont en 2018, voici les Écrits d’exil de son ami Léon Daudet, aux éditions Séguier.
[...]
Ce qui frappe en l’occurrence, en plus de l’abjection qu’on trouve dans le corps du volume (« la littérature ou prose de chez nous », la « Sorbonne germanisante », « la femme ne sait pas polémiquer »), c’est le scandale de ce qui n’y est pas écrit. Nulle part, Sébastien Lapaque – qui n’explique pas non plus la nécessité qu’il y aurait à lire Léon Daudet aujourd’hui – ne qualifie clairement ses idées, ni ne fait référence aux travaux qui ont décrit son itinéraire. Ou à peine : Léon Daudet aurait seulement été « généralement associé » à l’antisémitisme, « surtout angoissé par ce qui se passait outre-Rhin », « germanophobe avant tout ». Voilà qui est très rassurant ! Au lieu de cela, nous est promis « un Léon Daudet que nous ne connaissons pas », un « réactionnaire et avant-gardiste », mettant en Belgique « ses pas dans ceux de Victor Hugo et de Charles Baudelaire ». Rien que ça.
[...]
Quel sens ou quels effets peut avoir une telle réhabilitation dans le contexte du moment ? Alors que la parole raciste a pignon sur rue et que les actes antisémites se multiplient en France, ne pas rappeler l’influence idéologique néfaste d’intellectuels comme Léon Daudet ouvre grand la possibilité de la perpétuer. Le danger ne réside plus seulement dans la publication de leurs idées, empêchée par la loi. Il consiste désormais à dénaturer de manière discrète le discours de ceux qui s’en réclament encore, ou qui le portent inconsciemment : ceux qui continuent d’exclure et d’opposer toutes les minorités du monde et voient dans les juifs, les musulmans, les exilés, les femmes, les homosexuels, les Tsiganes, les déviants et les pauvres d’aujourd’hui « l’ennemi intérieur » d’hier.
via Riff
un fossé existerait entre le traitement commercial d’une œuvre [selon] qu’elle soit écrite par un homme ou par une femme.
Rappel : https://www.sammyfisherjr.net/Shaarli/index.php?th6Aqw
Shakespearien convaincu, mais à l’esprit le plus mal tourné possible. C’est ce que nous signale son essai "Shakespeare pornographe" qui parait aux éditions Rue d’Ulm. Hypothèse : sous son théâtre se cacherait de façon délibérée et permanente un sous-texte obscène dont il fait analyse et commentaire en véritable spéléologue. Où l’on apprend donc qu’à bien écouter et bien lire Richard II commencerait par une scène d’éjaculation, qu' « ear » peut évoquer le derrière, que « voice » peut tout aussi bien vouloir dire pénis, ou s’entendre « vice », que « Holy » a vite fait de s’entendre « hole », que cette pornographie a ses principes, ses matériaux, ses techniques et ses effets et que surgit alors un autre théâtre une autre dramaturgie. Un double fond débusqué dans la traduction des Sonnets de Shakespeare par le poète Jacques Darras, par ailleurs traducteur de Feuilles d'herbe de Walt Whitman, poète du corps, de la parole et de la liberté.
Je rappelle le nom de l'émission : "LA compagnie des poètes" xD
Pour vos prochains clashs, pensez grande littérature.
Ce n'est pas que je veuille absolument défendre Harry Potter, mais quelle mauvaise foi ! Quel pédantisme (Tolkien c'est mieux, Dune c'est mieux, môa je lis Julien Gracq...) et surtout, surtout, quel vieux con précoce. Voir un type qui a le même âge que moi, s'enfermer dans le "c'était mieux avant (quand j'étais jeune)", ça me fait un peu mal quand même.
Alors oui, on peut lire, et j'ai lu, Gracq, Harry Potter, Le seigneur des anneaux et la Comtesse de Ségur (même si le délire sado-maso des malheurs de Sophie et le paternalisme bondieusard du reste me saoule grave maintenant), Proust, tiens il ne parle pas de Pratchett, et apprécier tout ça (sauf la vieille de Ségur hein, faut pas déconner). Bon le type se qualifie lui-même de néo-conservateur. Faut peut-être pas chercher plus loin.
[note pour recherches ultérieures : on parle d'Aurélien Bellanger]