Oh, Paul Auster est mort.
J'ai posté il y a deux mois ma critique sur Babel ; @Gaby sur Mastodon m'avait dit ne pas partager du tout mon point de vue. J'attendais donc sa chronique avec une certaine impatience.
Je vous mets les liens de nos deux textes, si vous voulez faire de l'analyse comparative :)
Je vous la fais courte, en reconnaissant toutefois que je peux me fourvoyer : on est d'accord sur le message du roman (le racisme, la colonisation... c'est mal) mais en désaccord sur sa qualité intrinsèque. Personnellement, je le trouve raté car je pense que l'autrice a trop voulu défendre une thèse, oubliant, de mon point de vue, qu'elle écrivait un roman. Du coup je trouve les personnages creux et caricaturaux, et leurs relations uniquement justifiées par les besoins de l'intrigue, indépendamment de leur vie propre en quelque sorte. Comme il l'écrit lui-même, Letty n'est en quelque sorte là que pour incarner le personnage qui cède "face à la pression du système".
Elle nous rappelle que le racisme, ce n’est pas juste le fait de gens méchants dont nous pourrions nous distancer, puis nous satisfaire de notre supériorité morale. Ce n’est pas qu’une question d’individu qui devrait juste apprendre à être tolérant grâce à des exemples édifiants. On parle de lutte contre le racisme, et cette lutte doit être renouvelée à tous les instants, car le système, par ses différentes incarnations, nous rappellera sans cesse ce que nous avons à gagner comme privilège en le perpétuant et ce que nous avons à perdre en nous battant contre.
Je suis à 100% d'accord avec ce passage, et je trouve que ce n'est pas contradictoire avec mon ressenti : c'est un essai romancé contre le racisme et le colonialisme (avec une première partie toute molle).
Mais bon, on va pas refaire le match 15 fois ^^
C’est une annonce qui a fait beaucoup réagir, mais qui est passée assez inaperçue auprès du grand public. Celle d’une taxe sur les livres d’occasion, pour protéger le prix unique sur les ouvrages neufs, qui existe en France depuis 1981.
Mais quelle idée de merde. Dit autrement, ça revient à dire que les gens qui achètent des livres d'occasion c'est du manque à gagner pour les éditeurs. Ou comment appliquer au livre les conneries déjà entendues depuis 30 ans pour la musique.
Si je considère les romans d'un point de vue très simpliste, il n'y a que trois types de romans.
Tout d'abord, il y a "l'œuvre alimentaire" intelligente. Il y en a des milliers - très bien écrits, très intelligents, mais ils ne sont pas nécessairement lus pour la finesse de leur prose. Si l'on vous demande trois semaines après avoir lu un tel livre ce que vous en avez retenu, votre souvenir sera très vague.
Deuxièmement, il y a la "fiction littéraire". Les livres font l'objet d'un grand nombre de préjugés et de snobisme, ce qui ne devrait pas être le cas. Un bon livre est un bon livre. Et cette notion est tellement subjective qu'il serait presque impossible de mettre tout le monde d'accord. Cependant, il existe donc cette classification appelée "fiction littéraire". C'est le genre de livre que l'on critique souvent parce qu'il privilégie le style au détriment de la substance, mais il est magnifiquement écrit. C'est le genre de livres que l'on lit pour apprécier la langue.
Le troisième type de livre est celui qui parvient à faire les deux : raconter une belle histoire, mais la raconter d'une manière qui la rend tout à fait unique.
Quelqu'un a beaucoup aimé Libration, de Becky Chambers (le tome juste après L'espace d'un an) ; je vous les conseille fortement également.
Le fait d’être écrivain « tout court » (sans étiquette) reste pour elle, en France, l’apanage d’écrivains français blancs et de sexe masculin. « Dans ce qui reste un bastion masculin », la qualité littéraire est jugée, « l’universel » est pensé à partir de représentations masculines.
[...]
Beaucoup d’encre a coulé, notamment autour de la parution du Manifeste pour une littérature monde en français, sur la distinction problématique entre « littérature française » et « littérature francophone » : la littérature française est généralement pensée comme ne faisant pas partie de la littérature francophone, ce deuxième ensemble regroupant la littérature en français produite hors de France mais aussi par des écrivains de nationalité française mais pas de l’hexagone, voire des écrivains « hexagonaux » perçus comme ayant des appartenances multiples. L’œuvre d’auteurs d’origine antillaise, d’autrices ou auteurs noirs comme Marie NDiaye, ou la littérature « beur » ou ¡« de banlieue », ont ainsi pu être rangées dans la catégorie « francophone » plutôt que « française ».
Je l'ai partagé sur Mastodon, il n'y a pas de raison que je ne le fasse pas ici : ma chronique sur "Auprès de moi toujours", un roman que je ne suis pas près d'oublier.
Sur le message politique d'Herbert quand même bien brouillé :
(en gros il a des théories de droitard bien sale, mais ses œuvres ne soutiennent pas totalement ses théories - quand ça part pas en portnawak total)
“Attention aux hommes providentiels, ne leur abandonnez pas tout votre esprit critique”, c’est un excellent message. Le truc, c’est qu’il y a deux soucis dans la manière dont est délivrée ce message par Frank Herbert dans Dune.
Le 1er, et le plus gros souci, c’est que Paul et son fils Leto ont une excellente raison d’être des tyrans : ils voient l’avenir, et ils y voient l’extinction de l’humanité s’ils ne font pas leur empire dictatorial. Ce qui est un argument plutôt recevable quand même.
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Du coup, ils [Paul et Leto II] sont moins des acteurs qui font des choix dégueu, que des pions contraints par un dilemme assez cornélien. Ils sont pas des ordures, ils sont des sujets de tragédie qui ne peuvent échapper à leur destin. Ils sont vertueux… Dans le fond… ils ont raison.
S'ensuit tout un passage sur le républicanisme de Herbert, sa détestation de Kennedy et le fait que son œuvre semble paradoxalement le dédouaner.
Rappel également de l'homophobie dégueulasse d'Herbert (il a renié son fils homo), le personnage ouvertement homosexuel (et pédophile, ben voyons) de Dune c'est... le baron Harkonnen.
Surtout, au-delà de la pertinence de son analyse… Ben… Paul, c’est pas un mec qui cherche à conquérir le pouvoir, c’est justement un mec qui cherche à y échapper, et quand il s’y retrouve quand même, il fait des horreurs. L’inverse de ce qu’il voulait dire, lol...
Dans cet article, Herbert dit aussi qu’à part “méfiez vous des messies”, il donnera pas + de réponses à ce qu’il faut lire dans Dune. Et d’ailleurs la fin du tome 6, c’est “ils sont tous resurrected, en fait ils étaient dans une boule à neige, dsl j’ai pas de conclusion oups mdr”
La fin de Lost, quoi. Le genre de fin qu’on fait quand on comprend plus ce qu’on écrit et qu’on sait plus où on va… Certes, il devait y avoir un septième bouquin, mais bon, si vous avez lus les 6, vous savez que ça semblait compliqué de terminer sur un truc cohérent…
[...]
Pas surprenant que ça donne quelque chose de totalement déstructuré. Et si le propos est déjà bancal dans les premiers bouquins, les derniers, c’est quelque chose. A nouveau, si vous les avez lus, vous savez...
Je me sens un peu moins mal à l'aise et imposteur (c'est pas tout à fait le terme que je cherche mais vous voyez l'idée) à ne pas (tout) comprendre de Dune et à trouver qu'il y a quand même beaucoup de charabia. (C'est marrant, je me suis la même remarque hier dans le cadre du travail quand ma cheffe a dit tout haut à propos d'une production de la direction que c'était du charabia ; ouf : ce n'était pas juste moi qui était con. C'est ça le syndrome de l'imposteur ? Mis bout à bout avec le fait que mon travail commence à me sortir par les yeux... Mais j'arrête de digresser)
Mes 2 cents vu le peu que je connais et de Dune et d'Herbert : oui, le pouvoir rend fou (pour dire les choses simplement). Et on le sait au moins depuis Montesquieu. Les films de Villeneuve ne sont peut-être pas "parfaits" mais :
1/ ils sont esthétiquement superbes
2/ déso, mais le message est bien passé : la fin de Dune 2 ne laisse aucune place à l'ambivalence ; on peut même situer le moment précis dans le film où Paulo commence à vriller (avec toutes les ambiguïtés évoquées ci-dessus : est-ce qu'il a vraiment le choix etc.), et la fin est très claire : c'est non seulement la guerre, mais la guerre sainte.
Sympa ce blog, je vais le suivre !
=>littérature, jeux vidéo et trucs culturels divers, par un bibliothécaire à la BNF.
Approchez, venez-voir nos merveilleuses versions de la fin du monde. Choisissez celle qui vous plait !
Cependant, Eric Vuillard a souhaité attirer notre regard sur les financiers qui tirent profit de la guerre. L’Indochine, colonisée au XIXème siècle, dispose d’importantes plantations d’hévéa (ingrédient essentiel du caoutchouc), mais aussi de riz ou de ver à soie. Ainsi, pendant que les soldats français se font massacrer dans la jungle, les investisseurs de la Banque privée française d’Indochine en profitent pour spéculer sur la défaite en rapatriant les avoirs, pour s’enrichir grâce à l’effort de guerre. D’un ton inspirant désillusion, dégoût et ironie, Eric Vuillard raconte les collusions politiques d’une Quatrième République chancelante, mais aussi les sabrages de champagne des investisseurs devant les dividendes qui explosent d’année en année malgré la défaite imminente des armées françaises. Cette situation hallucinante est également mise en scène par Pierre Lemaitre dans son roman Le Grand Monde qui situe une partie de son action en Indochine.
Je n'aurais qu'un reproche à faire cet article : ce livre d'Eric Vuillard, comme la plupart de ses livres d'ailleurs, est plutôt un récit qu'un roman. Il donne à voir, c'est à peine s'il comble certains vides : tout est vrai. J'ai lu celui-ci sur la guerre d'Indochine, et l'article que je cite retranscrit bien le cynisme qui transpire de toute cette catastrophe. Colonialisme et recherche effrénée du profit, racisme, incompétence crasse de militaires qui n'ont pas gagné une seule guerre depuis Napoléon... franchement, c'est à lire si vous ne connaissez rien à la guerre d’Indochine, car c'est un condensé de cette période, qui se lit de fait comme un roman.
Du même genre et du même auteur, je ne saurais trop vous conseiller de lire Congo et L'ordre du jour, le premier sur le Congo du temps ou il était la propriété personnelle du roi des belges -et c'est aussi atroce que ce que vous imaginez- et le second s'articulant en deux parties, juste avant la prise de pouvoir par les nazis et juste après la chute du Troisième Reich ; le récit montre comment le monde des affaires a soutenu Hitler, comment les industriels ont utilisé les déportés comme main d’œuvre (on le voit aussi dans Les Bienveillantes de Littell),comment les autrichiens ont accueillis les nazis à bras ouverts en 1938, comment les européens ont laissé faire... Je crois que c'est dans ce livre qu'il y a une phrase terrible, il me semble que c'est un témoignage lors du procès de Nuremberg, où je ne sais plus quel dignitaire nazi explique qu'ils avaient très peur d'être écrasés à ce moment là car il étaient vulnérables.
J'ai (enfin) lu Annie Ernaux.
Ça vaut le coup (sauf si vous êtes de droite).
Allez, j'ai pondu un truc rapidement sur la trilogie du Problème à trois corps, je vais pouvoir mater la série l'âme en paix.
Je vous en conjure, si vous avez l'intention de regarder cette série, lisez les livres avant.
Déjà parce que vous n'aurez plus envie après, et sans doute aussi parce que si je vois tout à fait comment on peut adapter le 1er livre (et comment ça peut être grandiose si c'est bien fait), si je vois à peu près comment on peut adapter le second (et comment ça peut être très triste si c'est pas taillé au poil de cul parce que ça commence déjà à partir loin), je vois surtout très bien comment on peut se planter pour le 3ème. Oh oui, je vois bien.
Un chouette film qui donne envie de lire !
Si vous n'avez pas encore lu Pierre Lemaître, lisez Le silence et la colère (et peut-être Le grand monde juste avant) : vous me remercierez après.
- Après avoir lu la critique de Daniel Martin dans Le Magazine Littéraire, Michel Deville a lu votre roman et il aimerait en faire son prochain film... Mais je ne sais pas...
Remarques en vrac :
Il y a parmi ces élèves une obsession de la pureté et, de facto, de la souillure qu’ils traquent partout, même où elle n’est pas. On ne doit, selon eux, ni penser le corps ni penser son langage particulier. L’idéal dont ils rêvent : un monde expurgé de tout désir apparent. Les conséquences sont considérables. Pour moi, c’est la censure. Pour eux, c’est bien pire : une négation du corps, un refoulement du désir, une incapacité à se comprendre soi-même. Qu’adviendra-t-il de ces jeunes femmes et jeunes hommes vivant avec un tel impensé de ce qui bouillonne en eux ? La littérature n’est-elle pas tout occupée à fouiller, modeler, éclairer les forces étouffées qui nous travaillent ? N’est-ce pas grâce à elle que nous parvenons à mieux nous comprendre, à mieux nous maîtriser ?
Leur bigoterie est redoutable car elle n’est ni honteuse ni dissimulée. Elle se revendique fièrement, bruyamment. Ce refus de voir et de lire est bavard, il dit : « Je suis pur et vous êtes corrompu. » Il dit : « Je m’élève et vous vous abaissez ». Il opère un retournement : le professeur est sermonné, remis dans le droit chemin, catéchisé par ses élèves qui prennent le pouvoir. « On ne montre pas ça, on n’écrit pas ça, on ne peint pas ça. Tirez le rideau sur ces pulsions. Cachez ! Cachez ! Cachez ! »
Je me sens un peu mal à l'aide en lisant ce témoignage car j'ai l'impression de jouer au jeu "taboo" : il ne fallait pas dire le mot "Islam", il ne l'a pas dit... juste évoquée dans le deuxième paragraphe. Je me sens un peu en porte-à-faux du coup. Témoigne t-il de sa seule expérience, tous les élèves concernés réagissent-ils ainsi, les cathos intégristes ont-ils le même comportement ? Son non-dit jette davantage qu'il ne, si j'ose dire, lève le voile.
Cela étant, les exemples de pudibonderie et de bigoterie autre qu’islamique pullulent, et peut-être son allusion au 2ème paragraphe m'a t-elle induit en erreur. Entre les "parents vigilants" de Zemmour et les Stanislaso-compatibes que j'évoquais hier à travers un billet de blog de Schneidermann, le fond de l'air devient frisquet et la morale un peu trop chatouilleuse. Entre le "tu ne devrais pas dire/montrer ça" et le "je saurais bien t'empêcher de le faire", il y a un pas qui est parfois franchi.
EDIT : je vous remet la citation : "On aurait pu penser que cette principauté n'était qu'une subsistance anachronique, assiégée par l'évolution libérale des mœurs. Mais tout peut aujourd'hui laisser penser que le mouvement s'effectue en sens contraire, et que c'est plutôt le libéralisme économique, qui fait mouvement vers l'illibéralisme sociétal. Cette coïncidence confirme, tout simplement, qu'aucune" "évolution des mœurs"", allant dans le sens d'une plus grande liberté à disposer de son corps, telle qu'on aurait pu l'analyser depuis un demi-siècle, n'est aujourd'hui irréversible."
via SebSauvage sur Mastodon
Je suis très, très dubitatif. Atta, ça sera p'têt bien, France Television ils sont pas loin d'avoir les moyens de réaliser 1/4 d'heure d'une série originale Netflix !
Nan, c'est pas ça le problème.
Ce qui me fait peur, ce que La peste, tu vois, c'est pas vraiment la peste, le sujet du bouquin.
Atta, t'avais vraiment pas compris ?
Et en ce sens, le troll qui parle des élections dans les comm' (non, ce n'est pas moi) a peut-être mieux compris de quoi il était question que le rédacteur de l'article, qui s'était contenté de recopier du communiqué.
J'ai lu Babel.
Je suis un peu déçu.
Je tente d'expliquer pourquoi, pas brièvement.