Zineb Redouane est décédée à 80 ans, à la suite d'un arrêt cardiaque au bloc opératoire à Marseille le 2 décembre 2018, après avoir reçu une grenade lacrymogène au visage, en marge d'une manifestation contre le mal-logement. Alors qu'une information judiciaire est en cours, sa fille s’étonne du « silence médiatique et politique » entourant sa mort.
Pour ne pas oublier.
Exception notable dans les grands médias, France 2 a diffusé le 13 décembre un numéro d’Envoyé spécial consacré à la « surenchère de la violence », qui s’attarde sur les violences policières avec des témoignages édifiants de manifestants blessés lors de précédentes manifestations [4]. Mais en tout état de cause, ce reportage apparaît comme une goutte d’eau dans l’océan de désintérêt médiatique qui a caractérisé la période qui s’étend de fin novembre à début janvier. Dans leur grande majorité, les grands médias ont bien contribué, par leurs choix éditoriaux, à passer sous silence la question des violences policières. Contrairement aux actes de « casse » des manifestants qui ont focalisé l’essentiel de l’attention et des commentaires médiatiques.
On ne saluera jamais assez l'incroyable travail de fond abattu par @davduf aka David Dufresne, et par les journalistes indépendants en général.
Si cet agenda (non exhaustif) témoigne donc d’une prise en compte des questions de violences policières par les grands médias, il nous dit également des choses sur le fonctionnement du système médiatique. Sans imaginer recourir à d’autres chercheurs ou intervenants sur le sujet, les grands médias se sont contentés de solliciter David Dufresne, devenu une figure de proue médiatique. Mais ces nombreuses invitations pallient en réalité l’absence d’un travail systématique et spécialisé tel que celui réalisé par le journaliste indépendant de la part de ses confrères et consœurs dans les grandes rédactions. Et ce malgré l’ampleur du phénomène des violences policières, et malgré la pléthore d’experts « police » et « justice » que ces rédactions comptent...
«Je me suis retrouvé bloqué dans une impasse et roué de coups le 5 décembre. Pourquoi ? Je l'ignore. Je n'ai pas été arrêté», prévient Mickaël, 37 ans qui assure «Je n'étais pas Gilet jaune, je le suis devenu…» Charline, 31 ans, mère d'un enfant montrait Toulouse à sa cousine le 19 janvier quand elle s'est retrouvée prise en tenaille par les forces de l'ordre place Occitane. «Ils m'ont violemment bloquée contre un mur, jetée à terre. Je ne comprends pas. J'étais quoi, à ce moment-là ? Un exutoire pour des policiers en colère ? Je ne représentais aucune menace. Je trouve ça grave et ça ne ressemble pas à l'Etat de droit que doit être la République française !» Le même soir, Yann, 39 ans, a reçu plusieurs coups de matraque sur le bras, l'aisselle et la figure. Résultat, des hématomes et une fracture de la mâchoire avec 11 dents cassées… «En sang, j'ai attendu plus de 90 minutes l'ambulance. Pas un policier n'est venu voir comment j'allais», dénonce cet homme à qui le légiste a octroyé 15 jours d'incapacité totale de travail (ITT). Hier matin, deux autres signataires de l'appel des blessé.e.s de Toulouse ont raconté des blessures, encore plus graves
Quand le ministre de l'intérieur justifie les violences policières à la télévision. A des enfants.
Dans l’émission AuTableau sur C8, le ministre de l’intérieur explique aux enfants les endroits du corps où les forces de l’ordre peuvent tirer avec un LBD40 « On a une dizaine de tirs ou par accident il y a eu des tirs sur le visage »
Intéressant contre-point à mon shaare précédent : les pitoyables tentatives de minimisation des soutiens du gouvernement. Après la panoplie habituelle sur l'air du "il l'a bien cherché", ils osent maintenant le "ce n'est pas la main, c'est seulement 4 doigts"
A suivre : t'es pas aveugle, il te reste un œil, la mâchoire pour manger c'est surfait, ce n'est pas un mort, c'est un regrettable accident, etc.
La liste est impressionnante, horrible, et les photos, font mal, très mal.
Le prévenu, 37 ans, a pu être innocenté grâce au visionnage d’une vidéo réclamé par son avocate dans le cadre d’un supplément d’information.
Pendant les trois à quatre minutes qui précèdent son interpellation, il ne jette aucun projectile, alors que les forces de l’ordre affirmaient avoir lancé l’assaut juste après avoir reçu un palet métallique…
Le palet en question avait par ailleurs été glissé à l’intérieur de son sac à dos, où se trouvaient des protège-tibias, des gants et du sérum physiologique.
Je vais reprendre le leitmotiv d'une BD culte : Who watch for watchmen ? Qui nous protège de nos gardiens ?
Le plus fort, c'est que le type sera tout de même vraisemblablement condamné pour "rébellion". Et qu'à aucun moment, on ne parle d'éventuelles poursuites contre les fonctionnaires de police pour dénonciation calomnieuse et faux témoignage. Elle est pas belle la vie ?
De fait, comme lui, j'ai mis un certain temps avant de me résigner à considérer que les "accidents de lanceur de balles" faisaient système. Si nous avons été, ici, les premiers à relever l'incroyable mutisme des JT sur le sujet tout au long du mois de décembre, reste que notre prise de conscience a aussi été tardive. Cette inconscience se prolonge-t-elle aujourd'hui ? Les éborgnages au LBD, les restrictions au droit de manifester contenues dans le projet de "loi anti-casseur", les manipulations du pouvoir autour de cette vaste blague du "Grand débat", la tentative de perquisition chez Mediapart, et jusqu'à toute l'affaire Benalla elle-même, cette sidérante impunité dans laquelle cet homme de main du pouvoir se promène depuis l'été dernier, peuvent parfaitement être lues comme les pièces d'un sinistre puzzle : un pouvoir des super-riches, prêt à toutes les brutalités pour se préserver.
Le gouvernement français est à nouveau pointé pour la répression du mouvement des gilets jaunes et, cette fois, l'avertissement vient du Conseil de l'Europe, chargé de promouvoir les droits de l'homme dans ses 47 Etats membres. Ce mardi, et avant la publication d'un rapport complet, sa commissaire aux droits de l'homme, Dunja Mijatović, dit ainsi «s'inquiéter en particulier du grand nombre de personnes blessées, certaines très gravement, dans les manifestations ou en marge de celles-ci, notamment par des projectiles d'armes dites de défense intermédiaire telles que le lanceur de balles de défense». Et ce, même si elle «constate certes que les forces de l'ordre, parmi lesquelles de nombreux blessés sont aussi à déplorer, opèrent dans des conditions difficiles, notamment liées à l'hostilité de certains manifestants, mais aussi à une surcharge de travail et, pour certaines unités engagées, à une formation insuffisante aux techniques de maintien de l'ordre et à l'usage de certaines armes.»
Elle pointe également les dangers de la loi «anticasseurs» en discussion à l'Assemblée nationale, se disant «particulièrement préoccupée par la disposition visant à interdire préventivement, par une décision administrative et sans contrôle préalable d'un juge, de prendre part à une manifestation», ainsi que par celle «érigeant en délit la dissimulation volontaire partielle ou totale du visage au sein ou aux abords d'une manifestation».
Et soudain, on a vu des CRS armés de fusils d’assaut. Le 12 janvier, de courtes vidéos postées par les gilets jaunes sur Twitter montrent des policiers empoignant le fusil HKG 36 sur les avenues qui convergent vers l’Arc de triomphe. L’arme de guerre de fabrication allemande, en dotation de plusieurs unités de la police nationale depuis les attentats de 2015, n’a pas lieu d’être employée dans les opérations de maintien de l’ordre. Et pourtant.
Escalade.
L'initiative de David Dufresne commence à faire parler d'elle...
Depuis la mort de Curtis , « les policiers lancent des piques constamment, surtout lorsqu’ils nous contrôlent », raconte Samir. « Fais pas le malin ou tu vas rejoindre ton pote », a-t-il déjà entendu, ou encore « nous, on pleure pas quand l’un de nos collègues meurt ». Les phrases chocs s’enchaînent au fil des contrôles.
La police tue.
Tout est parti d’un coup, sans trop réfléchir, une réaction à l’inaction (globale) des médias (globaux). Tout est parti sur Twitter, là d’où tout part.
Répertorier les vidéos (et quelques témoignages) de manifestants blessés, certains mutilés à vie, des traces de manquements graves (parfois possibles, souvent avérés) à la doctrine légale du maintien de l’ordre dit à la française : l’« absolue nécessité » et la « proportionnalité de l’usage de la force »
« Qui voudra demain être fouillé et palpé pour accéder aux cortèges ? »,« qui prendra le risque d’une garde à vue pour s’être protégé de gaz lacrymogènes avec une écharpe ou des lunettes de piscine » ou de « rembourser collectivement des dégâts causés par d’autres ? » s’interroge le Syndicat de la magistrature, évoquant « de nouveaux reculs massifs pour les droits fondamentaux » : « En fait de “loi anti-casseurs”, il s’agit plutôt d’un projet” anti-manifestants »… Le premier ministre a quelques réflexes, ces propositions ayant été portées par la droite sénatoriale en octobre… « Les Républicains » réclamaient d’interdire de manifestation « toute personne à l’égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public », mais pas ce fichier.
En attendant ce sombre futur à la Minority Report (1), le présent des manifestants n’est pas tout rose. Depuis le début du mouvement, le 17 novembre, on compte 5 339 gardes à vue sur le territoire national, et 815 comparutions immédiates, pour 152 mandats de dépôt au final, selon un décompte effectué par le Monde. Mais si, en province, les interpellations semblent ciblées (88,3 % donnent lieu à des poursuites judiciaires), à Paris, sans doute parce que les yeux de la nation s’y braquent à chaque mobilisation, la police ratisse plus large : sur les 1 628 gardes à vue, 798 ont été classées sans suite, soit 49 % ! Ce qui accrédite l’idée que l’exécutif veut « faire des exemples ».
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Pas sûr que le chiffre d’une soixantaine d’enquêtes pour violences menées par l’Inspection générale de la Police nationale depuis novembre 2018 ne grimpe pas…
D'après le syndicaliste, cette cagoule peut aussi être un moyen de dissuasion. «Plus on fera peur, moins les gens oseront passer à l'acte», abonde une source policière.
Je pose ça là, en passant.
EDIT : Bien sûr, ce n'est qu'un cas isolé... Bien sûr.
Le ministère public n'a pas été tendre lors de son réquisitoire : "Votre mission était de tenir le terrain. Vous n'êtes pas auteur d'un acte d'imprudence, ce n'est pas par inattention que vous avez jeté la grenade. Vous avez commis un acte de violence. Vous avez pris le parti de pouvoir porter atteinte à l'intégrité. Ces violences ne sont pas justifiées. C'est un usage délictuel de cette arme. Vous êtes sorti des clous de votre métier".
De biens belles paroles qu'on aimerait lire plus souvent.
Ils sont cadre, ouvrier ou auto-entrepreneur et ont fait leur première manif avec les gilets jaunes. A cause de la grenade GLI-F4, cela aurait pu être leur dernière. Ils racontent leurs blessures et leur détermination.
Je pose ça là.
En lisant le reportage que consacre le New York Times aux événements de Tijuana, on comprend que c'est la deuxième fois seulement qu'est utilisé à la frontière ce moyen de maintien de l'ordre, devenu tristement banal en France, mais loin de l'être Amérique du Nord. La dernière fois c'était en novembre quand des milliers de personnes fuyant le Guatemala et le Honduras, avaient, déjà, tenté d'entrer aux Etats-Unis pour y déposer leur demande d'asile. Et déjà cela avait créé un tollé.
Cette fois, les gardes-frontière expliquent qu'ils ont du faire usage des "gaz chimiques non-létaux" car les migrants leur lançaient des pierres, et avançaient vers les barbelés avec des enfants en bas âge, qu'ils ont voulu "protéger". Mais la pratique en elle-même continue de questionner les médias américains qui, comme CNN en novembre, citent des médecins pour lister les effets, loin d'être négligeables et passagers, que les gaz lacrymogènes ont sur le corps humain... en partie celui des enfants qui hier encore ont été visés.
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Quant à l'industrie américaine du gaz lacrymogène, elle se porte à merveille, nous apprend l'hebdo The Week. Il consacre une enquête à cette arme chimique, née en France pendant la première guerre mondiale, et adaptée ensuite pour un usage civil en temps de paix. "Il est ridicule de dire que c'est une arme non-létale", insiste dans The Week l'auteure d'un livre sur le sujet : selon elle, "des morts, il y en a, à court ou plus long terme, c'est juste que les gouvernements ne cherchent pas à le savoir".