Mathilde Serrell, envoyée spéciale dans le passé, nous fait revivre en direct les grands chocs esthétiques de l’histoire des arts et de la culture comme si nous y étions. Un podcast natif hebdomadaire, à retrouver chaque vendredi, réalisé par Rafik Zénine.
Juste pour vous donner envie d'écouter ce podcast que j'ai découvert il y a peu. Court (8 minutes), toujours intéressant, et pas seulement du point de vue artistique : les grandes œuvres ont aussi (voire surtout ?) une portée politique.
Très impressionnant, et très beau.
Originaire de Lyon, Matthieu Robert-Ortis est un artiste-sculpteur qui réalise d’étonnantes œuvres qui changent de forme selon votre angle de vue. De manière tout à fait concrète, une sculpture de l’artiste peut ressembler à un éléphant, puis à un couple de girafes lorsque vous le regardez d’un autre angle.
via https://seenthis.net/messages/752215
Je ne résiste pas au plaisir d'intégrer une image :

Thomas Lévy-Lasne, peintre français en résidence à la Villa Médicis, s’agace : «Si j’étais Banksy, j’en profiterais énormément. Pour s’en prendre vraiment au marché de l’art, il suffirait de le détruire en l’inondant d’offres. 50 000 prints d’une de ses œuvres par exemple, authentifiées, ça ne vaudrait plus rien, et ça serait réglé. Mais ce n’est pas ce qu’il fait.» Très suspicieux sur l’innocence de la maison d’enchères («Cette histoire de cadre, c’est vraiment bizarre, j’en ai porté des cadres, et une broyeuse c’est lourd…»), il n’est guère admiratif du travail de Banksy, qu’il envisage plus comme un directeur artistique très talentueux qu’un artiste à part entière : «Banksy, j’ai rien contre, mais il faut avouer que ça ne va pas très loin. Je ne dis pas qu’il ne peut pas naître du street-art des choses formidables, mais là… Ce que je lui reproche, c’est de ne pas inventer de signes. Je ne vois pas ce qu’il ajoute. Au final, ça augmente le réchauffement climatique avec tous ces clics sur un truc qui sert à rien.»
Ah ah. Bien vu.
Assez génial, en-effet. Même si je ne peux m'empêcher de m'interroger : génie ou opportuniste ?
J'adore ce passage :
Il y a trois ans, il avait mené une grande résidence à New York pendant un mois. Il avait produit une vingtaine d'œuvres originales estimées à des centaines de milliers d'euros chacune. A la fin de cette résidence, il a confié les œuvres à un vieux monsieur qui tenait une petite échoppe à Central Park. Personne n'avait été mis au courant, c'était une opération totalement secrète. En une journée, le monsieur a péniblement vendu quatre œuvres.
La vidéo de cette performance est devenue virale. Son message, c'était de dire : "Regardez bande d'imbéciles. Quand ça vaut 200 000 euros, vous vous battez pour acheter et quand c'est à la portée de tous, ça n'intéresse plus personne." Qu'est-ce qu'on achète dans l'art finalement ?
via Seb
J'ai découvert hier, via un tweet de Boulet, le travail de Simon Stålenhag.
J'ai scrollé cette (très) longue page, littéralement happé par ses images. Elles ont un pouvoir d'évocation incroyable. C'est vraiment le genre de travail où, par-delà le talent (énorme) de l'auteur, chacun vient avec ce qu'il a dans sa tête.
La comparaison de son travail et de son compte Instagram est assez intéressante.
Je vous laisse découvrir.
Ci-dessous une liste d'images parmi celles qui m'ont le plus marqué.
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_warmachines1_2560.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_memorial_1920.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_nestingcliffs_2560.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_gathering3_2880.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_procession_1920.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_gathering2_2560.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_sculptures_1920.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_conception_1920.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_home3_2560.jpg
http://www.simonstalenhag.se/bilderbig/by_warmachines7_1920.jpg
C'est très joli et toujours très bien pensé.
Un exemple :

Le Conseil d’État estime que, compte tenu de la durée pendant laquelle la statuette litigieuse a été détenue par les requérantes sans initiative de l’État pour la récupérer, ces dernières peuvent effectivement se prévaloir du droit au respect de leurs biens. Il juge cependant que l’intérêt patrimonial de la statuette justifie qu’elle soit rendue à son propriétaire, c'est-à-dire à l’État, sans que soit méconnue l’exigence de respect d’un juste équilibre entre les intérêts privés de ses détenteurs et l’intérêt public majeur qui s’attache à la protection de cette œuvre d’art.
C'est particulier quand même :/
Je traduis pour les non juristes : la statue appartient à l'Etat, on reconnait quand même qu'il faut respecter la propriété privée, mais bon, rend cette fucking statue maintenant.
J'invite les malheureuses futures ex-ex-propriétaire (parce que la statuette, elles voulaient quand même la fourguer au plus offrant), et tous mes lecteur-ices, à venir fêter cette excellente décision du Conseil d'Etat au (très beau et gratuit) Musée des Beaux Arts de Dijon, où vous pourrez admirez ce que le Conseil a fait pour vous et pour la collectivité en empêchant que ce chef d'oeuvre inestimable quitte la France.

Bon. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a encore eu des gabegies administrativo-politiques derrière. Le Monde nous apprend en-effet que :
En décembre 2017, Marie-Claude Le Floc’h, membre de la famille propriétaire expliquait à l’Agence France-Presse : « Nous avons envisagé de la céder à un musée à la mort de ma mère, mais personne ne voulait l’acheter, ni le Louvre ni l’Etat. On a finalement décidé de la mettre en vente fin 2014 en demandant une autorisation de sortie du territoire [ce que le ministère de la culture a refusé]. »
Bizarre non ?
« Cette fameuse affaire de la tapisserie de Bayeux et je dois dire que c’est une sacré opportunité, c’est comme ça que les échanges s’entendent, c’est-à-dire que c’est pas simplement l’idée de prendre la pâti… La pâtisserie ! [elle rit] la tapisserie de Bayeux et de l’amener là bas, ce qui est d’ailleurs intéressant parce que ça dit quelque chose de notre histoire commune qui montre aussi l’éveil qu’ils ont par rapport à montrer quel est… c’est la première bande dessinée historique je dirais d’une certaine façon et donc qui montre leur intérêt à connaître l’histoire telle qu’elle est hein, c’est quand même intéressant en plus de ça en ne sachant pas si elle n’a pas été tissée là bas. Donc tout ça montre comment tout est étroitement tissé si je peux me permettre et c’est à la faveur de cet échange évidemment qu’est-ce que ça veut dire ; ça veut dire on va, une fois que les conditions seront, bien de préservation seront bien établies parce que la dernière fois où elle a été bougé c’était pendant la guerre pour la préserver justement et elle a été roulée donc il ne faut pas trop faire ce genre d’opération mais enfin elles sont possibles aussi puisque elle avait été faite. Mais à la faveur de cette réflexion sur l’échange et bien, la tapisserie va être consolidée, restaurée je ne sais pas si on peut dire c’est le bon terme, documentée aussi, on va utiliser tous les moyens du numérique pour raconter, voir quelle est vraiment son histoire, garder une trace numérique et à la faveur des travaux, heu, du… , c’est un musée, c’est un ? [elle cherche dans ses notes] oui c’est un musée hein. A la faveur du musée de Bayeux qui devrait réouvrir en 2023 si je ne me trompe et bien elle pourrait, une fois toutes les conditions réunies et avec la participation active à tous les niveaux et notamment financières des Anglais qui nous aideront à faire les travaux de restauration et de documentation nécessaires, elles seront un parfait symbole de cet échange. Je trouve que c’est, je vous remercie d’avoir commencer par ça car c’est très donnant-donnant, c’est un parfait exemple de coopération. »
Pour expliciter la hargne de mon shaare précédent. Il faut lire tout l'article bien sûr, j'ai choisis ce passage car c'est le plus "drôle". On va dire ça comme ça.
Selon une « simulation d’étude » réalisée par la direction du Louvre et adressée au ministère de la Culture, un prêt de la Joconde pour trois mois coûterait « entre 30 et 35 millions d’euros ». Une somme qui fait s’envoler la volonté de la ministre de permettre aux Lensois – qui ont, rappelons-le, leur propre Louvre – d’admirer le sourire mystérieux de l’œuvre de Léonard de Vinci. Car, même avec l’aide de mécènes, la somme est énorme pour aussi peu de temps.
Voilà qui me rassure. car c'était avant tout complétement con : l'oeuvre est bien trop fragile (une mince planche de peuplier, est-il nécessaire de le rappeler ?) pour être déplacée aux gré des caprices d'une incompétente, fut-elle ministre.
Art moderne : joli nom que le capitalisme donne à sa passion pour spéculer sur tout et n'importe quoi.
C'est complétement con d'arracher les oeuvres d'Invader de leur support, puisque c'est cela même qui les rend particulières : une fois enlevées, on n'a plus en main que quelques carreaux de mosaïques, cassés le plus souvent...
Cela me rappelle cet article de blog, que j'écrivis il y a presque 11 ans :O
Ce phénomène était tel qu’en 2014, Invader a décidé de lancer une application. A chaque fois que l’on déniche un alien, il suffit désormais de le photographier, et le smartphone se charge de vérifier que vous ne mentez pas, grâce à une base de données de toutes les oeuvres disponibles, un système de reconnaissance d'image pointu, et la géolocalisation. Si la découverte est validée, le joueur gagne entre 10 et 100 points.
De mon temps, il n'y avait pas d'appli. Je trouve ça plutôt cool.
Parce qu'elles sont évoquées dans Wasteland 2...
C'est un peu l'équivalent américain du Palais idéal du facteur Cheval.
Ce nom ne vous dit sans doute rien, mais vous le connaissez forcément un petit peu. C'est un artiste polymorphe, peinture numérique, concept-art, écriture...
Il a travaillé -entre autre- sur Wasteland 2, Star Wars : The Force awakens et Rogue One...
Illustrations en liens.
Sa page Deviant Art : http://andreewallin.deviantart.com/
Bonne initiative.
C'est plus sympa que les banals grafs à coup de bombe de peinture.
via LLM
Cet ensemble de dessins réalisés au marqueur sur un support de la SNCF, destiné à être recouvert
Pourquoi est-il qualifié de récidiviste ? Parce que => http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?iWxrog
Je ne retire pas une virgule de ce que j'écrivais en août 2015.
Oui, je sais, c'est BaltringueFM, mais bon, le fond reste. Et j'avions loupé cette perle. Comme quoi, travailler sans suivre les péripéties de la bêtise politique française est un vrai repos pour l'esprit.
"Marianne, le symbole de la République, elle a le sein nu parce qu'elle nourrit le peuple, elle n'est pas voilée parce qu'elle est libre. C'est ça, la République"
Je vous fais un shorter des propos de Valls : "Marianne a les seins nus. La femme sur le tableau de Delacroix, c'est la liberté, mais comme elle a les seins nus, c'est Marianne aussi. Donc la République préfère les femmes aux seins nus, parce que c'est pour nourrir le peuple".
Notez au passage le fétichisme latent, et la réduction de la femme à des seins nourriciers. (aucun sens ludique ce garçon)
Bref, la femme, qu'elle soit humaine ou allégorique, n'existe que pour nourrir la marmaille / le peuple.
Bel état d'esprit. Et ça s'auto-décerne des brevets de féminisme.
Voici le lien de la réponse de l'historienne @LarrereMathilde => https://twitter.com/LarrereMathilde/status/770355021921779713
Bon, c'est pas tous les jours la fête, je vous recopie la tweet story, pour en garder une trace, et parce que ça m'a bien intéressé :
(mais allez voir sur Twitter, c'est mieux avec les images)
Marianne a le sein nu parce que c'est une allégorie crétin!
La Marianne au sein nu, allégorie du 19e sc, siècle du Code civil qui réduisait les femmes au statut de mineurs et leur interdisait le vote
et pis... y a tout un conflit sur la poitrine dénudée de Marianne... allez, je vous fais une petite histoire du sein de Marianne...
1)La première allégorie féminine de la République date de 1792, quand il fallut faire des sceaux pour la république
2)Choisir une femme permettait de faire contre poids aux représentations masculines des rois, loi salique oblige
3)On prit le modèle de l’allégorie antique de la liberté, qui avait déjà été utilisée au début de la révolution (d'où le bonnet phrygien)
4)Cette 1ère république par ailleurs ne s’appelle pas Marianne, le prénom est postérieur
5)Son sein est dénudé sur le modèle des allégories antiques, sans que ça signifie quoi que ce soit… juste un code artistique
6)En 1830, Delacroix peint sa Liberté qui n’est pas une République, mais 1 liberté (Eugène n’étant pas républicain)
7)Il joue avec les codes allégoriques (vêtement, seins nus) et réalistes (musclée, pilosité sous les bras). (ça a grave choqué alors!)
8)En 1848, la république naissante lance un concours de représentation de la nouvelle allégorie du régime
9)Certaines ont les seins nus, comme celle de Daumier, d’autres non
10)En fait, progressivement, deux images de Marianne co-existent et sont concurrentes, car il y a deux conceptions de la république
11)Il y a la marianne « sage », cheveux attachés, seins couverts, pas d’arme, sagement assise
12)Et la Marianne révolutionnaire, cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte, combattante et armée
13)La première est la Marianne des républicains libéraux conservateurs, la seconde des radicaux révolutionnaires
15)Une circulaire du 3 mars 1849 interdit même les « emblème séditieux » sur les représentations de la république : le sein nu, le bonnet
16) La Marianne sera bien rangée, ainsi veut la IIe République (qui voulait remettre les femmes à leur place (interdites de club, de vote)
17)Avec la IIIe république, les deux Mariannes concurrentes refont leur apparition
18)Les opportunistes (libéraux) sont pour la sage, les radicaux pour l’autre, logique
19)La Marianne de la place de la République, en pleine répu opportuniste ( qui colonise le monde et ne fait rien pour les ouvriers) est sage
20)Après l’affaire Dreyfus et l’arrivée des radicaux au pouvoir, la Marianne de la place de la Nation est à nouveau la révolutionnaire
21)Les voici pour que vous voyez la différence
22)Evidemment, tout ce qui se joue là est l’image que l’on veut donner de la République, et pas du tout ce qu’on veut dire des femmes !!!!
23)Car aucun de ces messieurs n’a envisagé à l’époque de donner aux femmes une capacité civile, une liberté, ou le droit de vote
J'aime bien la "Marianne révolutionnaire",
cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte, combattante et armée
Elle n'est pas réduite à une vague fonction nourricière comme dans les fantasmes de Valls.
Il est également intéressant de constater à quel point les images de chacun des photographes qui ont couvert l’événement perchés sur le bus sont différentes. Nous étions tous là, à photographier la même scène depuis le même endroit, et pourtant la plupart de nos photos ne se ressemblent absolument pas. Cela illustre bien le côté artistique de la photographie, l’importance du regard.
Le travail de Spencer Tunick, si vous ne connaissiez pas encore : http://www.spencertunick.com/