Je n'ai pour ainsi dire rien lu de Doris Lessing, décédée il y a quelques jours, hormis ce bref ouvrage : http://sammyfisherjr.net/blog/spip.php?article91
Je viens d'entendre sur France Culture que son ouvrage le plus "représentatif" était "Le carnet d'or". Dont acte. Je me le marque pour ma culture...
Entendu également cette anecdote révélatrice du caractère ironique du personnage : alors qu'elle était au faîte de sa gloire littéraire, elle a envoyé sous pseudonyme deux ouvrages à son éditeur, lequel les a refusé tous les deux. Tous les autres éditeurs les ont refusés également, sauf un -français- qui a reconnu Lessing derrière l'imposture...
Un peu d'auto-promo, mais c'est aussi parce que ça correspond à ce que je viens de lire sur France Info : "Si voir Google rendre hommage à l'auteur de La Peste et de L'Etranger peut paraître surprenant, ce qui l'est plus, c'est le peu d'écho qu'a eu le centenaire de la naissance d'Albert Camus dans la sphère médiatique et politique." http://www.franceinfo.fr/culture-medias/google-rend-hommage-au-centenaire-de-la-naissance-d-albert-camus-1205525-2013-11-07 J'ai l'impression que le barouf créé à cause de Sarkozy il y a deux ans (qui voulait le faire entrer au Panthéon) a un peu coupé l'herbe sous le pied des célébrateurs de tous poils. Ca et l'expo ratée à Aix et Marseille http://passouline.blog.lemonde.fr/2012/06/30/pataquaix-pour-lexposition-albert-camus/ ; http://culturebox.francetvinfo.fr/marseille-provence-2013-annulation-de-la-grande-exposition-sur-camus-95433
C'est fou : chaque fois que je passe sur ce blog, j'apprends quelque chose. Edward Page Mitchell, "avec des années d’avance sur Herbert George Wells, [...] a proposé des histoires mettant en scène l’invisibilité ou le voyage dans le temps. En 1879, il a publié une étonnante nouvelle intitulée The ablest man in the world. On y rencontre des thèmes qui nous sont devenus familiers, tels que l’ordinateur conscient et le cyborg, et même l’ordinateur tout court"
Intéressant. Comment le fait de grandir avec une mère et un oncle sourds a influencé l'oeuvre d'Albert Camus.
Voilà qui me donnerait envie d'écouter Francce Culture... Il faudra que je cherche s'il est possible de podcaster une partie au moins de ces émissions. Voir aussi http://www.franceculture.fr/2013-10-03-marcel-proust-cote-paperolles-12 et http://www.franceculture.fr/2013-04-12-marcel-proust-cote-paperolles-22.
via http://larepubliquedeslivres.com/le-premier-demi-siecle-de-france-culture/
via https://tviblindi.legtux.org/shaarli/?UlXQYA
J'étais dubitatif au début de ma lecture, mais je dois dire que c'est cohérent. On peut interroger la saga Harry Potter sous un angle d'abord littéraire, ça peut paraître évident mais pas "en France, où il est dit que si un ouvrage se vend, c’est parce qu’il est mauvais: un préjugé qui ne repose, à mon sens, sur aucune réalité." Petit enfonçage de porte ouverte mais, comme le reste, il fallait que quelqu'un le dise : "Ce qui me frappe justement dans ce livre, c’est que l’auteur a essayé d’écrire un livre pour la jeunesse, qu’elle s’y est tenue pendant les 2-3 premiers volumes, et qu’ensuite elle n’y arrive plus ! L’écriture et l’intrigue se complexifient de plus en plus, et on ne me fera pas croire qu’un enfant de 13 ans a réellement lu le tome 5, «Harry Potter et l’Ordre du Phénix», qui est très long, poisseux, aride, on est pris dans une brume froide, grise, oppressante et les descriptions s’allongent sensiblement, de sorte qu’un enfant ne peut pas s’amuser à toutes les pages, il ne peut lire ce tome qu’en sautant des pages. Ce sont les grands adolescents et les adultes qui s’y sont intéressés." Je pense que tous ceux qui ont lu Harry Potter le savent, et c'est justement cette focalisation des mass medias sur "comment un roman pour enfants, pour enfants, pour enfants, je répète : pour enfants, peut-il rencontrer un tel succès auprès des adultes ?" qui m'a longtemps privé de le lire. Les deux premiers tomes sont mignons, et après ça devient de plus en plus noir.
On peut aussi aborder la sage sous l'angle psychanalytique, avec le statut orphelin/bâtard de Harry (d'où le titre à la con de l'article), Rogue en "père spirituel malgré lui" ; on peut aussi trouver des critiques de la presse, des questions sur la désobéissance civile, la discrimination raciale. Sur le côté "psy" et la filiation : "En effet, d’ailleurs remonter au mythe d’Œdipe permet de mieux comprendre l’évolution d’Harry : la pièce de Sophocle décrit un roi cherchant à débarrasser sa cité de la peste. Il sait qu’il doit pour cela trouver le meurtrier du précédent roi, Laïos, et découvre au terme de l’enquête que le meurtrier n’est autre que lui-même. Harry connaît une trajectoire sinon similaire, au moins parallèle : voulant débarrasser le monde de Voldemort, il réalise au terme de ses pérégrinations qu’il lui faut se sacrifier lui-même. Non seulement il finit par réaliser qu'il est le fils spirituel de Rogue, mais il découvre aussi qu'une très ancienne généalogie fait de Voldemort son cousin, de sorte qu’on est encore dans une histoire de famille"
Petite remarque - clin d’œil à propos du Quidditch : " elle, maîtresse-écrivain, réussit cette prouesse stylistique d’inventer un sport et d’y faire croire, si absurde soit-il, mais elle peine ensuite à en détourner ses personnages. Ils veulent jouer, et de plus en plus !"
Ça finit bien, mais tout de même : encore une mère de famille soucieuse de la "protection" de ses chères têtes blondes, scandalisée à l'idée qu'ils puissent lire un livre "sale" (début de l'histoire ici : http://www.actualitte.com/international/plus-invisible-que-jamais-l-homme-de-ralph-ellison-est-censure-45184.htm) ; pensez-donc : il est écrit à la première personne (shocking), le narrateur insiste sur ses expériences personnelles" (mais comment ose t-il ?) et puis, il est noir quoi. Faut pas déconner.
J'ai envie de le lire du coup.
Références : Homme invisible, pour qui chantes-tu ? / Ralph Ellison
Présentation de l'éditeur : "L'homme invisible, c'est l'homme noir dans la société américaine... Voilà trois siècles que, là-bas, il vit, travaille, mange, parle - et pour l'Amérique il arrive même au Noir de se faire tuer... En quelque sorte pour rien. Car aux yeux de l'Amérique le Noir est invisible. Ecrivain lui-même noir, Ralph Ellison a donné ce titre paradoxal, dérisoire et pathétique aux six cents pages qui racontent l'histoire d'un jeune Noir du Sud aux prises avec une société qui lui refuse sa place. Homme invisible, pour qui chantes-tu ? est peut-être le plus insupportable des cris de solitude et de révolte qui se soient exprimés par la littérature."
Ce qui n'est pas sans rappeler la "Banned books week" que j'évoquais hier... http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?GxDR5Q
Voir aussi : http://sammyfisherjr.net/Shaarli/?4LPZDg
Euh... c'est vrai ça ? Genre dans une petite ville du sud de l'Amérique ou bien ? J'aimerais bien en savoir plus.
Je viens de faire une recherche rapide avec le tag #BannedBooks. Voici le résultat de ma pêche :
http://www.ala.org/bbooks/frequentlychallengedbooks/top10
http://www.abffe.org/
http://www.bannedbooksweek.org/
http://www.pinterest.com/KoboBooks/banned-books/
http://www.pinterest.com/textbooks/banned-books-week/
A priori, la "Banned books week" existe depuis 30 ans...
Un livre à lire. J'aime bien le blog de Claro, je vous le conseille si vous ne connaissez pas.
EDIT : une autre critique positive : http://larepubliquedeslivres.com/richard-powers/
Allez, encore une couche sur le politiquement correct, et sur le "j'en parle donc je suis comme eux", que j'ai déjà abordé il y a quelques jours à propos des citations sur l'extrême droite. Comme si écrire une scène de viol était la même chose que cautionner le viol. Comme si écrire une scène de viol sur un enfant revenait à écrire, et partant cautionner, de la pornographie infantile. Non mais vraiment, vraiment, n'importe quoi.
Et toujours les mêmes arguments débiles, comme quoi il faut protéger les enfants de telle ou telle chose pas reluisante. Protéger d'accord, mais est-ce en n'en parlant pas qu'on les protège ? Protège t-on du viol en n'en parlant jamais ? Évite t-on le racisme en interdisant les livres qui en parlent ?
J'aime les articles qui me donnent envie de lire le livre dont ils traitent, ce n'est pas si souvent.
"Une chose est sûre : celui-là est bien un écrivain qui ne place rien au-dessus de la littérature. Sans ses outrances, pas de fulgurances. Il est bien la somme des violences de toutes natures qu’il a subies. Naissance, on peut en dire ce qu’on veut, mais consacrer l’essentiel de son jugement critique à son poids dans le sac de plage et son encombrement au lit, comme on a entendu certaines le faire au Masque et à la plume, est un signe de plus de la décadence de ce métier. La folie à l’œuvre dans ce livre magnifique et saoulant exige une lecture aussi déraisonnable qu’elle."
Par ailleurs, cet article aborde -pour le rejeter d'un revers de clavier- la question de la longueur du livre : un livre n'est pas bon ou mauvais parce qu'il est court ou long. Il est d'abord bon ou mauvais. La taille ne compte pas tellement, ou alors, elle fait partie des caractéristiques du livre, qui sera ainsi plus ou moins ramassé ou plus moins "fou" selon si l’auteur s'est "lâché" ou concentré.
Du rôle indispensable de "l'editor" en littérature.
"Guère de livres, d’auteurs, de maisons d’édition qui y échappent. Et quand « il » laisse passer, c’est d’autant plus regrettable que cela jette une ombre sur un bon livre. Si Proust avait eu un editor, aurait-il laissé passer les vertèbres sur le front de la tante Léonie, et la Recherche y aurait-elle perdu ? Enfin, quoi ! Un editor, cela sert à ça, justement ! Ce n’est pas de la censure : juste un conseil avisé mais fermement tenu jusqu’à ce que l’auteur soit convaincu. Souvent, cela va plus loin : réorganisation du plan, suppression d’un chapitre, restructuration, souci de cohérence du récit, correction d’une syntaxe fautive, toutes choses qui interviennent en amont du travail du correcteur et de celui du réviseur. C’est dire son rôle est décisif car il apporte le premier vrai regard critique sur le texte."
Lettre de Tolkien à son éditeur, où il explique la genèse de la création de son monde, son ambition, son projet. Intéressant.
TIL il existe un concours du plus mauvais incipit ! Il faut importer cette jolie initiative en France. Il faut adapter cette jolie initiative pour des livres publiés ! (le concours ne permet pas de faire participer des livres déjà publiés, les phrases sont mal écrites exprès)
Mon chef vient de me parler de Haruki Murakami et notamment de 1Q84, qu'il est en train -ou vient de finir- de lire.
Je ne connais pas, bien que le titre "Kafka sur le rivage" qui ressort lors del a recherche Google me dise quand même quelque chose.
https://en.wikipedia.org/wiki/Haruki_Murakami
Il parait que c'est un phénomène : http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/La-folie-Haruki-Murakami-au-Japon-2013-04-19-950240
J'aime bien les émissions qui parlent de livres à la radio, ça me donne systématiquement envie de lire les livres dont il est question.
Je viens d'entendre, dans l'émission "Je vous demande de sortir", sur France Inter, parler des deux livres suivants :
A propos du premier ; on dit toujours que les religions sont contre le sexe, le plaisir etc. Dans le premier, il y a une phrase qui aurait été prononcée par un rabbin : "Le plaisir rapproche de Dieu". C'est joli.
"Oubliez Proust", de la part du mec responsable de l'édition de ses œuvres complètes dans la Pléiade, voilà une injonction qui peut paraître paradoxale. Mais il s'en explique cependant : "En ce qui concerne la critique interne ou la biographie, il me semble qu’à peu près tout a été fait. Il y a eu de très bons livres, on est un peu obligé de répéter toujours la même chose."
L'injonction qui donne son titre à l'article vient du fait que tout nouveau lecteur de Proust a l'impression de découvrir quelque chose que les autres n'ont pas vu (mais ça tient à Proust, pas à ses lecteurs !) et qu'il vaut mieux, pour les jeunes écrivains et chercheurs, "oublier Proust" que courir le risque de redire (en moins bien) ce qui aurait déjà été dit.
Malgré tout, il reste toujours des choses à faire, mais il faut choisir des domaines pointus : "Un autre domaine qui me paraît fécond, c’est l’application de telle ou telle discipline à la «Recherche». Hiroya Sakamoto a récemment publié une étude sur les inventions techniques dans l’œuvre de Proust. C’était un très bon travail. Un Américain a répertorié les 260 plantes dont Proust a parlé. On croirait que Proust n’a parlé que de dix plantes. Eh bien non, il y en a 260. Quand on choisit une entrée, on trouve toujours des choses."
J'ai lu l'autre jour cet article de Chassegnouf (via son Shaarli, bien sûr http://www.chassegnouf.net/links/?SMESZw) sur L'art français de la guerre, un roman que j'ai bien aimé, et sur lequel je n'ai jamais eu le courage de faire une note de blog. Je vais peut-être pouvoir m'appuyer sur son article pour faire quelque chose... peut-être.