Dans cette même émission des Nouvelles vagues, l'anthropologue Anne Saouter, auteur de l'ouvrage Des femmes et du sport (Payot), soulignait qu'il existait une véritable histoire anthropologique du corps des femmes, de leur puissance, de leurs performances, que les hommes avaient toujours cherché à contrôler (la blague de Martin Solveig n'en est-elle pas la preuve ?) :
"L’anthropologie montre bien que dans toutes les sociétés, on retrouve une répartition traditionnelle des tâches entre masculin et féminin, on va féminiser certaines émotions et en masculiniser d’autres, et surtout on va hiérarchiser. Et dans toutes les sociétés le masculin vient au-dessus du féminin et il y a toujours eu cette recherche du contrôle du corps des femmes [...] à travers leur maternité mais aussi à travers d’autres types d’activités. Lorsque les femmes ont voulu s’approprier la pratique sportive, on a vu toute une série d’interdits par la science médicale. Le discours médical disait “Si vous pratiquez le sport vous allez perdre votre féminité”, mais c’était surtout perdre sa fonction procréatrice. Il y avait tout un discours sur les règles, la déformation du corps, la masculinisation du corps. On parlait de pousse de poils, le saut allait provoquer l’inversion de l’utérus… On a voulu faire peur aux femmes, dès qu’elles ont voulu intégrer le champ sportif. Ce qui dérangeait aussi, c’est qu’elles se rendaient plus visibles dans l’espace public, hors la répartition traditionnelle des espaces : les femmes sont dans l’espace privé, et les hommes dans l’espace public et politique."
La situation des droits des femmes a empiré en 2018, selon le dernier rapport d'Amnesty international. Mais à part ça, les féministes exagèrent.
D’ailleurs, Amnesty International pointe du doigt les politiques sexistes menées à travers le monde. « Un nombre croissant de politiques et de lois visent à soumettre et à contrôler les femmes, en particulier en ce qui concerne leur santé dans les domaines de la sexualité et de la procréation », lit-on.
Le rapport cite en exemples la Pologne et le Guatemala, où « les décideurs politiques défendent un durcissement des lois sur l’avortement », les Etats-Unis et la baisse des subventions aux centres de planning familial, ou encore le Brésil et l’assassinat de la militante Marielle Franco.
Parmi les grands prix littéraires, il n’y en a pas un qui récompense à égalité les femmes et les hommes. Le Goncourt a couronné 10% de femmes depuis sa création en 1904, l'Intérallié 9%, le Renaudot 13%... ; et ces chiffres, plus qu'inégalitaires, ne choquent pas grand monde. Comment l'expliquer ?
Pas mal tout ça. On commence quand ?
Depuis 3 jours, Total War : Rome II subit un raid de critiques négatives sur la plateforme Steam. Entre le 23 et le 26 septembre 2018, 1 642 joueurs ont publié une critique négative, soit 15 % du total reçu par le jeu, qui reste autour des 75 % de satisfaction . À l’origine de cette vague de plaintes se trouve la possibilité d’avoir des femmes générales… datée d’une mise à jour du 7 mars 2018.
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CA Ella, une développeuse de The Creative Assembly avait déjà répondu à des critiques sur le forum, le 13 août 2018 : « Je le dirai encore : les jeux Total War sont historiquement authentiques, et non historiquement exacts. Si avoir des unités féminines vous énerve à ce point, vous pouvez soit les enlever du jeu grâce à des mods, soit tout simplement ne pas jouer ».
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La discussion autour de l’exactitude historique des rôles féminins dans ces jeux vidéo ne justifie en rien les vagues de haine qu’elle suscite. La bonne nouvelle, c’est que les éditeurs restent inflexibles face à ces critiques. Total War : Rome II dispose même d’un mod Matriarchy pour que tous les personnages soient féminins.
Hallucinant.
Chiara Bordi, une jeune femme portant une prothèse, a réussi à figurer parmi les trois finalistes de Miss Italie, lundi 17 septembre, après une campagne d'insultes sur les réseaux sociaux.
après une campagne d'insultes sur les réseaux sociaux
Les cons, ça ose tout, etc. Non contents de s'attaquer aux femmes parce qu'elles ouvrent leur gueule / travaillent / ne font pas du 36 / défendent leurs intérêts... les cons ont maintenant décidé que les femmes porteuses d'un handicap devaient rester cloitrées chez elles.
Parce que si t'as des ovaires, ça ne marche pas ?
La société s’est toujours arrogé le droit de dire ce que devait être le corps des femmes et il y a une évidence: la société aime les femmes fragiles. Frêles. Vulnérables. Et qui ne s’en plaignent pas. Des femmes fragiles qui au contraire s’épanouissent en trouvant la protection d’un corps viril. Une femme qui peut gagner au bras de fer contre un homme perd aussitôt son diplôme de femme.
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En novembre dernier paraissait une étude d’une équipe d’anthropologues de Cambridge qui avait comparé les squelettes de femmes vivant au Néolithique, il y a environ 7.000 ans, à ceux de championnes actuelles d’aviron (qui rament en moyenne 120 kilomètres par semaine). Il en est ressorti que les femmes du Néolithique avaient des bras bien plus musclés que ceux des athlètes contemporaines. Mais dites donc, est-ce que ça voudrait dire que notre idée du corps féminin naturel serait… construite ?
Mais le fait de penser de façon aussi abstraite n’est pas une simple erreur. C’est un choix philosophique.
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Peut-on réellement penser hors de soi-même? Personnellement, j’ai un gros doute. Et c’est d’autant plus difficile quand on jouit de privilèges parce que le privilégié croit toujours que son regard sur le monde est universel, la preuve: c’est sa vision du monde qui domine partout. Il se voit donc légitimé en permanence. Il peut traverser la vie et penser sans réfléchir à sa position dominante parce qu'il ne la ressent pas.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un article de Titiou Lecoq. C'est un tort.
Ça fait un bail que j'avais envie de faire un petit thread sur l'incroyable misogynie et toxicité de toute une partie des fans de Star Wars. La haine envers la respo chez Disney, Kathleen Kennedy, la misogynie rampante, à peine camouflées derrière le "on lutte contre les corpo".
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Et au milieu, étonnamment, c'est les meufs qui trinquent. En premier lieu le personnage de Rey, mais surtout celui de Rose (gnagna elle ne sert à rien dans le film vs gnagna ils l'ont trop mise au centre), évidemment parce que c'est une femme racisée et que ça les enrage.
Je sais pas si on réalise bien que Kelly Marie Tran a subi du harcèlement avant même la sortie du film et avant même qu'on sache exactement qui serait son personnage. Et à quel point elle et Kathleen Kennedy cristallisent la colère de ces "fans" envers TLJ - plutôt que le réal.
Bref rien de nouveau sous le soleil mais c'est d'une violence incroyable et qui ne se cache pas. Et ça donne des échanges absurdes quand certains critiquent ce que le gars d'en face encense mais que tout le monde est d'accord pour dire que c'est la faute de Disney et des femmes.
Et ils sont tous très persuadés d'être des braves hommes qui luttent pour sauver leur héroïque franchise métaphysique de l'assaut des vilaines féministes corporatistes. Comme si Star Wars était un texte sacré (dont ils ont généralement oublié et déformé les détails).
Si j'avais envie de vous infliger des propos de ce genre je pourrais vous poster des tas de screens de commentaires YouTube (vous avez la version améliorée dans des tribunes sur medium et autres articles de blog audacieux) mais c'est vraiment débile et souvent très violent.
Des enfants. Des enfants pas contents qu'on leur prenne leur jouet. Y a ceux qui sont énervés que Disney fasse des séries SW pour enfants (alors que soyons honnêtes les ewoks c'était pour quel public à votre avis ?), ceux qui trouvent que TLJ a gâché SW en étant trop sombre...
Et du coup comme les enfants gâtés qu'ils sont, au lieu de se poser des questions, ils gueulent sur les meufs et sont très contents d'avoir réussi à les harceler, les effrayer, les faire taire. Une histoire vieille comme le monde. Tout ça pour des sabres laser.
Ecoeurant.
via Riff
(ancien, mais je tente de vider mes onglets ouverts...)
Un pays frappé par la pire crise de la natalité de tous les pays développés, dans lequel on trouve normal que :
via LLM
Tout est dans le titre.
Venue au lycée sans soutien-gorge, on l'oblige à mettre des... pansements sur ses tétons.
"Arrêtez de sexualiser mon corps", a écrit la jeune femme peu après l'incident (un tweet qui lui a valu d'être bloqué par le compte principal du lycée...)
Voilà, tout est dit.
D'accord, c'est le Figaro, mais ça n'excuse pas tout.
Ca n'excuse rien, en fait.
Née dans le giron du jeu vidéo, mi-femme fatale, mi-Indiana Jones, Lara Croft est devenue une star virtuelle dès 1996.
Ca commence bien, hein ? Il est au courant que l'hyper-sexualisation de Lara Croft est due aux médias, pas aux concepteurices du jeu ?
Et la fin, comme la mouche verte bourdonnate sur sur un caca bien frais :
le film a pour lui le charme de la belle Vikander. Mais il efface volontairement tout érotisme, pourtant constitutif du personnage de Lara Croft. Dommage pour les fans de la première heure.
Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser. Je revendique ma liberté à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi.
Je ne suis pas une petite chose fragile. Je ne réclame pas d’être protégée mais de faire valoir mes droits à la sécurité et au respect.
Addendum : je ne l'ai vu qu'a posteriori, c'est dire si les clichés sexistes sont profondément ancrés dans cette société patriarcale de merde : quand on veut discréditer quelqu'un, on le féminise...
Ici, les personnes qui ne sont pas contentes parce que certaines extensions disparaitront avec Firefox 57, sont des pleureuses. Pas des râleurs ou des chouineurs, ni même des personnes qui font de la résistance au changement, encore moins des "pleureurs" (sans doute parce qu'"un homme, ça ne pleure pas" ?) non, ce sont des pleureuses. Alors je sais que d'aucuns se retrancheront derrière l'argument historico-culturel de l'existence attestée de la pleureuse dans les cérémonies funéraires de civilisations passées ou présentes, mais y dit qu'il voit pas l'rapport.
Une fois encore, les mots créent les usages et façonnent la manière de voir le monde. Dire que toutes ces personnes qui ne sont pas contentes, quel que soit leur genre, sont des "pleureuses" contribue, même si ce n'est que de façon marginale, à perpétuer l'idée que les femmes :
1/pleurent tout le temps et/ou facilement (et les hommes pas, CQFD)
2/et surtout, pleurent pour rien, parce qu'elles sont faibles / manipulatrices / chiantes... placez ici la raison sexiste de votre choix.
Je regrette presque d'avoir shaarlié cet article du coup, moi qui ne l'ai fait que pour faire râler Liandri qui regrette amèrement certaines extensions, et à qui je disais en substance "OSEF, suffit juste de changer ses habitudes" (tant il est pour moi impensable d'abandonner Firefox). Mais ça m'aura au moins permis cette mise au point.
Quand une femme raconte publiquement et avec assurance avoir remis un pauvre type à sa place, c’est au fond inverser un certain rapport de force et perturber ce petit ordre établi dans les rapports H/F pour pas mal de monde.
[...]
il n’est plus possible de dominer de manière tranquille, nous pouvons “afficher” ce genre de comportements. Même sans montrer un visage, un nom de famille ou un numéro : le strict minimum semble déjà créer une onde de choc intéressante à analyser. Ce n’est pas l’humiliation qui doit disparaître comme par magie mais plutôt qui est ce qui la subit qui doit être réévalué.
Ce sont deux des mille exemples de symétrie que l’on rencontre partout dans les discours sociaux : toute opposition binaire entre deux éléments quels qu’ils soient (des gens, des genres, des peuples, des races, des classes, des religions, des belligérant.e.s, des mort.e.s, de simples opinions ou positions) est susceptible d’amener l’argument de la symétrisation, c’est-à-dire la mise en équivalence des éléments en cause.
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La dénonciation d’un « racisme antiblanc » est un excellent exemple, le meilleur peut-être, de symétrisation idéologique (la question se pose différemment selon les aires géographiques et culturelles et je parle ici plutôt de la situation française ; et je parle de l’opposition blanc/noir mais le « racisme antiblanc » concerne également les arabes et l’ensemble des non-blanc.he.s). L’affirmation de l’existence d’un racisme antiblanc repose sur une analogie : les attaques des noir.e.s fondées sur la couleur des blanc.he.s seraient équivalentes aux attaques des blanc.he.s fondées sur la couleur des noir.e.s, et relèveraient donc du racisme. Je n’ai pas fait de recherche étymologique sur l’origine de l’expression dont l’emploi courant semble daté des années 1980, émanant du Front national pour certains ; aux États-Unis, on parle de « reverse racism« , la notion d’inversion manifestant bien la dimension symétrique. Mais cette symétrie fondée sur l’analogie gomme l’essentiel, c’est-à-dire l’histoire, le point d’énonciation et le contexte.
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La misandrie est également, et surtout, un argument : elle est au cœur du discours masculiniste qui fait des hommes les victimes des féministes, comme si le combat féministe constituait une violence structurelle envers les hommes. Elle sert aussi d’arme courante contre le féminisme en soi (les revendications féministes seraient plus motivées par la haine des hommes que par un véritable désir de changement des rapports homme-femme), ou contre une forme de féminisme (la misandrie serait un des risques du féminisme, selon Élisabeth Badinter dans Fausse route par exemple).
J’avais 9 ans, et cette image m’a révoltée. Le jour de cette leçon, toutes les filles de la classe ont hué et les garçons ont applaudi. On comprenait parfaitement ce qui était en jeu –et l’illustration du livre nous le jetait à la gueule. Les filles perdaient la partie. Guillaume et Quentin ont claironné: «Vous êtes moins fortes! Vous êtes moins fortes!» Mme Péron a tenté de tempérer les choses en expliquant que c’était de la grammaire, qu’il n’était pas question de justice, que c’était la règle. Il fallait apprendre la règle et respecter la règle.
Mais nous, ce qu’on voyait, c’était que la règle nous disait que les garçons l’emportaient. Et les garçons comprenaient exactement la même chose.
Tiens, celleux sur (°m à qui on s'échigne à expliquer que "non, ce ne sont pas que des mots", ça vous cause ?
En fait, le vrai point de friction vient de mots auxquels on ajoute le point médian suivi d’un féminin voire d’un féminin pluriel. Franchement, on s’y habitue. Mais je peux comprendre que cela perturbe certaines personnes qui trouvent que c’est trop compliqué (mais alors, on est ok pour l’accord de proximité du coup, vu qu’il est plus simple?). Si on n’aime pas écrire «les électeur·trice·s» on peut se contenter d’un «les électeurs et les électrices» voire même «le corps électoral». De manière générale, de toute façon, on déconseille le point médian quand les formes au masculin et au féminin sont trop différentes. Et c’est évident qu’il ne faut pas en coller partout. Mon bémol personnel, c’est que ça a un petit côté écriture administrative –et pour le coup, je pense que toutes les administrations doivent l’adopter.
En même temps, pour les textes plus littéraires, c’est intéressant d’un point de vue stylistique de se forcer à chercher d’autres formulations, à équilibrer différemment ses phrases.